Rops se dévoile sous l'oeil de Zéno Thozée, lieu éternel de création Une casquette peut parfois en cacher une autre

BODART,CORINNE

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Mercredi 13 septembre 2000

Rops se dévoile sous l'oeil de Zéno

Thierry Zéno, réalisateur namurois, plonge à nouveau sa caméra dans l'univers étrange et fascinant de Félicien Rops.

Rien ne prédestinait Thierry Zéno, réalisateur, à se passionner pour l'artiste Félicien Rops. Et pourtant. En 1983, année du 150 e anniversaire de la naissance du peintre namurois, il tourne un film sur lui(«Les Muses sataniques»).

Aujourd'hui, l'administrateur délégué de la Fondation Rops se penche à nouveau sur la destinée du peintre «maudit» avec «Ce tant bizarre Monsieur Rops». Un film dont la première aura lieu à Namur, à l'occasion du Festival international du film francophone.

*Est-ce vos origines namuroises qui vous ont poussé à vous intéresser à Félicien Rops?

*Je ne pense pas. Je connaissais l'artiste comme tout le monde et j'ai dû visiter son musée lorsque j'avais 17 ans, mais je ne m'intéressais pas à lui, ni à la peinture du XIX e siècle en général. Moi, j'aimais l'avant- garde, l'art brut.

*Comment s'est déroulée cette «rencontre»?

*Lorsque je tournais mon premier film sur l'art, «Les tribulations de saint Antoine», je suis tombé en panne d'inspiration. J'étais dans une impasse artistique. Nous étions en 1983, année où l'on fêtait le 150e anniversaire de la naissance de Rops. Je venais de filmer son célèbre tableau «La tentation de saint Antoine». Autant d'éléments qui m'ont poussé à faire un film sur ce personnage.

*Entre faire un film et devenir administrateur délégué de la Fondation Rops, il y a un monde.

*Peut-être. Mais le hasard fait bien les choses. Durant le tournage de mon film, je me suis énormément documenté sur Rops et j'ai découvert un artiste passionnant. Passionné. J'ai également eu l'occasion de rencontrer les deux derniers petits-enfants de Félicien Rops, Pierre et Elisabeth, avec lesquels je suis resté en contact. A la mort de Pierre, Elisabeth - qui approchait des 80 ans - est restée seule dans la demeure familiale, le château de Thozée. Elle souhaitait créer une fondation pour restaurer le château. A son décès, nous avons suivi ses instructions (voir par ailleurs).

*Pourquoi avoir à nouveau choisi de filmer Rops?

*Dans le cadre de la fondation, j'ai entamé un inventaire précis des objets et des souvenirs restés à Thozée. Outre les documents que j'ai pu retrouver, ou les objets - comme le masque mortuaire de la fille de Rops, Juliette, décédée à l'âge de 6 ans des suites d'une méningite -, de nombreuses autres traces étaient appelées à disparaître lors de la restauration. Comme des toiles d'araignée, une poussière parfois vieille d'un siècle... Sans parler du papier peint jauni ou des portes grinçantes. Je voulais que l'on puisse conserver ces traces. Mais pas seulement.

*Quelles sont les autres raisons?

*En plus de vouloir conserver des traces du château tel qu'il était au temps de Rops, je voulais également montrer un autre Rops. Félicien Rops dans toute son ambiguïté et celle de son époque. Aujourd'hui, il est devenu une sorte d'artiste officiel dont on escamote souvent une partie de l'oeuvre. Je voulais un Rops impudique. De plus, mon premier film sur lui avait été fait dans l'urgence et il méritait mieux.

*Qu'est-ce qui vous fascine tant chez Rops?

*Au niveau de sa vie, j'ai été très sensible aux drames qu'il a vécus. Aussi bien familiaux - la perte de deux enfants - que ceux liés à l'incompréhension de son oeuvre par les gens de son époque. Une incompréhension qui a duré plus d'un siècle!

Propos recueillis par

CORINNE BODART

Thozée, lieu éternel de création

Il faisait chaud. Etonnament chaud pour la saison lorsque Elisabeth Rops, la petite-fille du célèbre peintre namurois, est décédée, en juin 1996. Avant de quitter le château de Thozée, elle a préparé son «après». Grapillant des souvenirs par-ci, inventoriant des objets par-là. Les notes qu'elle laissa derrière elle ont été à l'origine de la fondation Rops.

Lorsque nous discutions de créer une fondation Rops ayant pour tâche de restaurer le château de Thozée, explique Thierry Zéno, administrateur délégué de la fondation, Elisabeth et son frère pensaient non seulement à créer un centre de documentation sur leur grand-père mais aussi une sorte de résidence pour artistes. Des ateliers-résidences, plus exactement.

Créée en 1994, la fondation a déjà obtenu le classement du château et réalisé des travaux de maintenance d'urgence. Elisabeth était une femme âgée et seule. Sa volonté était bien de restaurer ce château. Mais après sa mort. Les travaux étaient trop lourds et trop coûteux pour qu'elle puisse les assumer.

Aujourd'hui, la fondation vient d'obtenir les subsides pour la restauration de la toiture. Avec le soutien de l'Institut du Patrimoine Wallon, l'étude de la faisabilité des travaux est en cours. Une étude qui devrait permettre de connaître le budget à investir.

Normalement, d'ici 4 ou 5 ans, les premiers ateliers ouvriront. Afin de préparer cette nouvelle phase de notre programme, nous organiserons, dans le courant de l'année prochaine, un colloque sur le thème des ateliers-résidences pour artistes namurois.

C. Bt.

Une casquette peut parfois en cacher une autre

Comment présenter un homme aux multiples casquettes? Thierry Zéno est cinéaste. Namurois d'origine, il a suivi des études de réalisation à l'IAD et a eu, entre autres, Henri Storck comme professeur. Mais sur sa carte d'identité, qu'a-t-il mis comme profession?

Cinéaste, artisan de l'image. Réalisateur de documentaires ou de films de fiction, il refuse les cloisonnements. Je ne veux pas être classé comme le réalisateur d'un seul genre de films. J'aime mélanger les styles.

Depuis un an et demi, il est également le directeur de l'académie de dessin et des arts visuels de Molenbeek-Saint-Jean. Cela faisait 15 ans que j'étais professeur de cinéma au sein de l'académie. Lorsque la place de directeur a été vacante, j'ai hésité avant d'accepter. Mais j'aime les challenges et ce poste en est un.

Alors, Thierry Zéno, qu'avez-vous déclaré comme profession?

C. Bt.