Rouler à l’électricité à Andenne

SCHARES,LUC; BODEUX,JEAN-LUC

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Mercredi 27 octobre 2010

Energie Une inauguration officielle sous l’œil de Sabine Laruelle

A l’heure où les constructeurs automobiles commencent à investir sérieusement le marché des véhicules hybrides, une première se tenait hier à Coutisse, sur les hauteurs d’Andenne, à un jet de pierre d’Ohey. Une borne pour véhicule électrique était inaugurée dans une station-service. Le monde politique local avait fait le déplacement, de même que la ministre Sabine Laruelle (MR). Preuve du soutien que, tous partis confondus, les élus veulent apporter à cette initiative. En province de Namur, l’apparition d’une telle borne est une première dans une station-service. Mais pas une première tout court. Nos lecteurs se souviendront que, en juillet dernier, nous annoncions l’arrivée d’une borne à Han-sur-Lesse devant l’auberge de Faulne. Une situation un peu différente puisque, à Han, l’usage était plutôt réservé à la clientèle de l’hôtel. Par contre, dans les deux cas, il s’agit d’un matériel conçu et commercialisé par la société AP Plugs, basée en terre rochefortoise.

Mais revenons à Coutisse. La station-service est gérée par une PME oheytoise de 12 personnes, Piragri, qui d’ailleurs possède une seconde station en propre et est en contact avec de nombreux pompistes indépendants. Pas étonnant. Le premier métier de Piragri est la distribution de produits pétroliers. La borne, comme déjà annoncé, est un produit rochefortois. « Il s’agit d’un matériel de charge 12, de 230 volts et 16 ampères », explique Michel Piraprez, le patron de Piragri. Pour faire nettement plus simple, cette machine propose la puissance maximale actuellement disponible sur le marché. « Ce n’est pas une charge rapide car, de ce côté, nous attendons que l’Europe légifère en la matière, ce qui est prévu en 2011. »

Là est, sans conteste, une des faiblesses du système. Un véhicule totalement électrique doit charger entre 4 et 8 heures – 25 minutes en charge rapide – pour une autonomie très faible en comparaison d’un plein classique. Et il reste onéreux à l’achat. Par contre, le coût de la consommation au kilomètre a de quoi faire des envieux : c’est trois fois moins cher que rouler au diesel.

Qui, dans ce joli coin du Condroz, se déplace via l’énergie électrique ? Actuellement, pas grand monde. Le premier client de Piragri sera sans doute la commune d’Ohey. Michel Piraprez espère dès l’an prochain installer une borne rapide. L’investissement total, pour les deux bornes et les aménagements, avoisinera alors 20.000 euros.

Une démarche privée qui recueille un large soutien des pouvoirs publics

Michel Piraprez

Patron de

Piragri

« Ma société a été fondée en 1992 par mes parents et, depuis 1993, nous sommes distributeurs de produits pétroliers. Nous distribuons du gazole routier ou de chauffage, des lubrifiants ou des substances plus spécifiques. J’ai des enfants et des petits-enfants, nous devons défendre le principe d’un environnement plus vert. Je suis convaincu, et c’est le retour que je peux avoir par nos contacts quotidiens avec la clientèle, que les gens sont de plus en plus favorables à une énergie plus verte. Beaucoup suivent de près notre initiative. »

Daniel de Laveleye

Daniel de Laveleye

Bourgmestre CDH d’Ohey

« Je trouve remarquable qu’une société spécialisée dans la distribution de produits pétroliers se décide à miser sur l’énergie électrique. Nous serons probablement son premier client. Nous venons tout juste de recevoir notre véhicule électrique communal qui sera affecté au service environnement, principalement pour la collecte des poubelles publiques et celles des écoles. Nous avons aussi acquis un scooter et un vélo électrique, à la demande d’une partie de notre personnel pour certaines missions. Nous sommes décidés à poursuivre dans cette voie. »

Francis Verborg

Francis Verborg

Échevin PS d’Andenne et président de l’AIEG

« Au sein de l’AIEG (NDLR, Association intercommunale d’études et d’exploitation d’électricité et de gaz), nous avons déjà entamé des débats, se disant qu’il y a là un terrain à exploiter. Reste à voir si un gestionnaire de réseau de distribution peut prendre l’initiative. Nous aurons à l’avenir un rôle à jouer dans des partenariats entre communes et intercommunales. Inévitablement, voulant économiser les énergies fossiles, on viendra aux véhicules électriques. Le grand frein actuel est le temps de chargement par rapport à l’autonomie. »

Didier Hellin

Didier Hellin

Échevin MR d’Ohey

« C’est aujourd’hui une belle journée ! Nous viendrons à cette borne pour notre véhicule électrique, du moins dans un premier temps car il est probable que nous acquerrons notre propre borne. Notre véhicule a une autonomie de 70 kilomètres. Il sera rechargé la nuit, durant 4 ou 5 heures. Sur le coût au kilomètre, l’électricité revient trois fois moins cher qu’un carburant fossile et l’impact en termes d’émission de CO2 est réel. L’achat du véhicule, il est vrai, était très largement subsidié. Mais je pense que nous en aurions de toute façon fait l’acquisition. Sans doute pas si vite… »

Bientôt Beckerich Beckerich, commune grand-ducale jouxtant Arlon, poursuit dans sa logique de réflexion

Bientôt Beckerich

Beckerich, commune grand-ducale jouxtant Arlon, poursuit dans sa logique de réflexion et d’action autour de l’utilisation et du développement d’énergies durables.

Elle produit déjà depuis des années de l’électricité et de la chaleur via une grosse unité de biométhanisation, doublée d’une chaudière collective à bois, lorsque l’hiver est là. Le système alimente les bâtiments publics et de nombreuses maisons.

D’ici quelques semaines, trois bornes pour voitures électriques seront fonctionnelles et utiliseront exclusivement de l’énergie verte, via la société Eida, installée à Beckerich, qui commercialise cette énergie. « Car le gaz ou le charbon utilisés pour produire de l’électricité ne donnent pas un bilan CO2 meilleur que la voiture traditionnelle, note Camille Gira, le député-bourgmestre. Une des voitures sera celle d’Eida, l’autre, un pick up pour les ouvriers communaux. Cela correspond tout à fait au type de déplacement de ce genre de véhicule, qui s’arrête régulièrement. » Et une borne sera installée au Pall Center, un peu comme une vitrine pour les nombreux clients.

« Le projet a aussi une philosophie, poursuit le bourgmestre. Il faut changer de comportement et pas seulement de technologie. C’est pour cela que nous réfléchissons à une mobilité partagée, via un modèle de car-sharing dans lequel on intégrerait une voiture électrique. »