Ryanair : cinq ans à BSCA

LORENT,PASCAL

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Jeudi 27 avril 2006

Charleroi En 2001, la compagnie low-cost s'implantait à l'aéroport

L'aéroport reste encore trop dépendant de Ryanair. Les projets en cours visent à diversifier ses collaborations.

D'un 26 avril à un autre, voici 5 ans que Ryanair s'est posée, avec avions et bagages, sur le tarmac de Gosselies. Un atterrissage qui a permis à l'aéroport carolo de décoller. Depuis 2001, la compagnie à bas prix (low-cost) irlandaise et le BSCA convolent. Cinq années résumées en cinq questions.

1Comment se porte l'aéroport en 2006 ? En 2005, BSCA a enregistré pour la première fois une diminution de sa fréquentation : 1.873.349 de passagers. « Mais nous tablons sur 2,3 millions de passagers à la fin de cette année », annonce Laurent Jossart, son directeur. Depuis 2004, l'emploi est stable : 232 salariés sont occupés par la société d'exploitation. Pour l'heure, on recense dix-huit destinations au départ de Charleroi, dont Ljubljana (dès le 1er mai), via trois compagnies (Ryanair, Wizz Air et Air Service Plus). Soit 15 millions de passagers potentiels dans un rayon de 2 heures de route. « Et 4,5 millions de passagers potentiels pour Ryanair », estime David Gering, directeur commercial de la compagnie pour le Benelux.

2L'aéroport est-il viable sans la compagnie irlandaise ? Actuellement, non. « Ryanair représente environ 90 % de notre trafic, reconnaît Laurent Jossart. C'est un chiffre constant depuis le début 2005. » Celle-ci propose quatorze des dix-huit destinations au départ de Charleroi-Bruxelles-Sud, où elle a basé quatre avions. Un cinquième n'est pas à l'ordre du jour, tant que la nouvelle aérogare n'est pas opérationnelle. « Le nouveau terminal sera une belle vitrine pour l'aéroport et lui permettra d'accentuer sa diversification », poursuit le directeur de BSCA qui dit entretenir des contacts sérieux avec quatre ou cinq compagnies.

3Quels sont les projets à court terme ? Sauf retard du chantier, le nouveau terminal sera achevé en juin 2007. L'allongement de la piste, lui, est remis à plus tard. D'autant que le besoin ne s'en fait plus sentir. Il en ira autrement le jour où Charleroi voudra relier le sud du Maroc. Idem pour les heures d'ouverture (6h30 - 23h) : Laurent Jossart se dit conscient de l'équilibre à trouver entre intérêt économique et de la population. Toutefois, si Ryanair poursuit son expansion vers le sud de l'Europe (Sardaigne, Sicile, Andalousie), elle pourrait se sentir à l'étroit dans le carcan horaire fixé par la Région wallonne. Enfin, le parking constitue un frein au développement de BSCA. Les aires de stationnement de l'aéroport sont souvent saturées. La direction étudie la possibilité de réaliser une extension de 400 places d'ici la fin de l'année (coût : 150.000 euros).

4Où en sont les dossiers gênants pour BSCA ? Le contentieux fiscal a été réglé l'an dernier à l'avantage du gestionnaire de l'aéroport. Par contre, l'instruction judiciaire concernant Promocy (société mixte de promotion de l'aéroport associant BSCA et Ryanair) est en cours : Laurent Jossart et Pierre Fernemont (administrateurs représentant BSCA) ont été entendus par les enquêteurs à l'automne ; Michaël O'Leary (Ryanair), en décembre. Après clôture des comptes au 31 mars dernier, la société a été mise en liquidation. Enfin, la décision de la Commission européenne imposait à la compagnie low-cost de payer le coût réel du handling (enregistrement des passagers et bagages) plus des marges bénéficiaires, au-delà des 2 millions de passagers. Actuellement, BSCA intervient pour un euro sur les cinq à payer par la compagnie. Ce point est prévu lors de la négociation du nouveau contrat avec la compagnie low-cost, répond le patron de l'aéroport.

5Où en sont les rapports avec les riverains ? Au BSCA, on cite une étude réalisée en 2004 auprès de 500 riverains et 500 autres personnes. « 81 % des personnes interrogées se déclaraient favorables au développement de l'aéroport et cette proportion était bien répartie entre riverains et autres », précise Pierre Fernemont, porte-parole de la société d'exploitation. « Mais il y aura toujours des irréductibles qui déposeront des recours, estime Laurent Jossart. Il y en a déjà un déposé contre le permis unique de la nouvelle aérogare. »

Bref, si BSCA est encore loin de voler sans les ailes de Ryanair, le ciel paraît un peu plus dégagé qu'il y a deux ans pour l'aéroport carolo. Et on évoque désormais les années à venir, sans redouter de croiser quelque oiseau de mauvais augure.

Rétroactes

Rétroactes

28 février 2001. BSCA devient la première base continentale de Ryanair.

26 avril 2001. L'aéroport accueille les deux nouveaux avions et passe de trois à quinze vols quotidiens.

31 décembre 2001.Pour le premier exercice complet, l'aéroport a enregistré 773.431 passagers.

22 janvier 2002.Laurent Jossart prend ses fonctions d'administrateur délégué à la tête de BSCA.

11 décembre 2002.La Commission européenne ouvre une enquête sur les conditions accordées à Ryanair pour l'installation de sa base à Charleroi.

Le 12 février 2004. La Commission européenne déclare illégales les interventions de la Région wallonne (réduction sur les redevances d'atterrissage, garanties d'indemnisation de la compagnie irlandaise en cas de modification de la réglementation wallonne). Ryanair est condamnée à rembourser le montant de ces aides (entre 3 et 5 millions d'euros) à la Région.

20 décembre 2004.François Magnée est le 2.000.000e passager enregistré à Charleroi Bruxelles Sud depuis le 1er janvier. L'aéroport connaît cette année-là son meilleur résultat à ce jour : 2.034.797 passagers.

31 décembre 2005.Pour la première fois en cinq ans, le trafic passagers enregistre une baisse de 8 % par rapport à 2004, soit 1.873.349 voyageurs enregistrés en 2005.