SAINT-GILLES ENTEND SE RECONCILIER AVEC LE TRES SULFUREUX JEF LAMBEAUX

WALHAIN,JEAN-FRANCOIS

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Lundi 2 avril 1990

Saint-Gilles entend se réconcilier

avec le très sulfureux Jef Lambeaux

L'exposition Jef Lambeaux à l'hôtel de ville de Saint-Gilles sera incontestablement l'événement majeur d'une manifestation dont nous aurons l'occasion de reparler prochainement: Parcours d'artistes. Elle devrait en être le point de convergence.

Aux journalistes et aux personnalités- invités à la conférence de presse, il a même été permis de jeter un oeil sur ces fameuses «Passions humaines», toujours cloîtrées dans leur pavillon au Cinquantenaire: Claude François s'en est fait ouvrir les portes, le temps d'y réaliser un court métrage où il s'offusque poliment de la «censure» qui pèse depuis des années sur le chef-d'oeuvre de Lambeaux.

Jef Lambeaux vécut longtemps à Saint-Gilles. A la fin du siècle dernier, il installe son atelier à la Hollestraat, puis rue du Tyrol (actuelle rue Antoine Bréart).

Cette exposition, dans le chef de son responsable Albert Heylenbosch, entend célébrer les «retrouvailles et la réconciliation entre Saint-Gilles et le sculpteur. Il y a un litige à régler entre la commune et l'artiste. Enfant terrible connu pour ses démêlés avec certains critiques contemporains et avec les représentants bien pensants, il nous appartient en 1990 de rendre à Lambeaux ce qui lui revient. Le Parcours d'artistes II nous a semblé un moment privilégié pour faire appel à la raison.

L'exposition présentée à l'hôtel de ville rassemble une cinquantaine d'oeuvres provenant de collections tant publiques (le musée des Beaux-Arts d'Anvers, la bibliothèque Albert Ier, la commune de Saint-Gilles) que privées. Le vernissage aura lieu le 4 mai à 18 h 30, avec le groupe de jazz Combo belge.

Le temps était venu de rendre ce grand hommage à Jef Lambeaux, dit M. Heylenbosch.

Mais il serait grand temps aussi de pouvoir rendre hommage à son oeuvre majeure: «Les Passions humaines», au relief monumental aujourd'hui soustrait aux regards.

Réalisé en 1890 sur commande de Léopold II, l'oeuvre est abritée dans un pavillon du parc du Cinquantenaire, conçu par Victor Horta, et dont les portes restent closes, pour d'obscures raisons d'ordre religieux (depuis qu'en 1978, à l'occasion de l'inauguration de la mosquée, installée à 50 mètres de là, l'Etat belge à offert la concession de l'ensemble Horta-Lambeaux au roi Khaled d'Arabie Saoudite).

Le petit film de Claude François passe sous silence ces circonstances pour s'attarder sur l'oeuvre elle-même et les réactions qu'elle suscita en son temps. Si certains de ces contemporains reconnurent d'emblée «la force, la puissance d'interprétation» de Lambeaux, la plupart le fustigèrent de belle manière. «Sculpture génitale», dit Jean Delville, peintre symboliste de l'époque, «calvaire de la honte», renchérit le comte de Lamanderie. «Lambeaux est un Michel-Ange de ruisseau», dira un autre, tandis que Victor Horta le qualifie de «gringalet entre le singe et l'homme».

Si la petite commune de Saint-Gilles n'a évidemment pas les moyens de faire en sorte que les «Passions humaines» soient à nouveau visibles, elle contribuera peut-être, par son exposition, non à réconcilier l'artiste avec qui que ce soit, mais à rappeler son importance et son originalité aux souvenirs de ceux qui auraient le pouvoir de rouvrir les portes du pavillon du Cinquantenaire...-

J.-F. WALHAIN.

Du 4 au 20 mai à l'hôtel de ville de Saint-Gilles. Les samedi et dimanche de 10 à 19 heures, le vendredi de 15 à 19 heures, les autres jours de 14 à 18 heures.