Saint-Josse La première échevine subsaharienne de Bruxelles est PS Dorah Ilunga élue

ROBERT,FRANCOIS

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Mercredi 5 novembre 2003

Saint-JosseLa première échevine subsaharienne de Bruxelles est PS

Dorah Ilunga élue

* La communauté noire cogestionnaire du pouvoir. Saint-Josse possède le collège le plus bigarré de la capitale. Dorah Ilunga entrera en fonction en janvier.

FRANÇOIS ROBERT

A 35 ans, Dorah Ilunga devient la première échevine d'origine subsaharienne de Bruxelles. Elle a été élue au second tour par la locale PS de Saint-Josse, lundi soir.

Cette élection a un fort retentissement dans la communauté noire, qui connaît un rapide développement démographique. En Belgique francophone, les conseillers communaux noirs ne sont qu'une poignée. A notre connaissance, seule la commune d'Auvelais (région de Charleroi) possède un échevin d'origine congolaise.

Selon l'accord de majorité PS-MR signé lors des élections communales d'octobre 2000, les libéraux se sont engagés à céder à mi-mandat un échevinat qui revient aux socialistes. C'est donc au sein de la locale du PS qu'a été désigné hier le futur échevin. Une élection à deux tours (il y avait trois candidats). Dorah Ilunga l'a emporté finalement par 39 voix contre 25. Un scrutin dont chacun a loué le caractère démocratique. Elle prêtera serment au premier conseil communal de janvier 2004.

Dorah Ilunga est née à Kinshasa le 28 juin 1968. Son père était un haut fonctionnaire du régime mobutiste et sa mère enseignante à l'Ecole américaine de Kinshasa. Un milieu manifestement favorisé. Durant toute son enfance et sa jeunesse, elle reste au Congo. A 17 ans, son père la presse de faire des études d'agronomie à Gembloux. Elle obtempère, prend l'avion mais arrête son cursus au bout de deux ans. Elle se rattrape par un graduat en agronomie à Fleurus.

Elle se fixe à Saint-Josse, terre d'accueil des immigrés par excellence. Là, lors d'un stage dans une ASBL, elle travaille comme animatrice. Le job lui plaît. Un peu plus tard, on la retrouve travaillant au Crioc (organisme de défense des consommateurs).

J'ai pris goût à la défense des plus faibles, dit-elle. J'ai su que j'étais faite pour le social et j'ai décidé de travailler dans le tissu associatif.

Dorah s'inscrit au PS et milite. J'ai vite compris que mon engagement ne devait pas se limiter aux discours. J'ai voulu m'investir dans la vie locale. J'ai commencé à travailler à la Mission locale comme évaluatrice de projet. Je participais aux prises de décision. Cela me plaisait.

Parallèlement, elle entreprend de nouvelles études à l'ULB (licence en science du travail) et se marie. Mère de deux enfants, elle se fait élire conseillère communale à Saint-Josse sur la liste PS. Elle entre au cabinet de Laurette Onkelinx.

Dorha Ilunga ne cache pas avoir bénéficié d'un très large soutien de la communauté noire et est assez fière d'en être la représentante : Notre communauté prend de l'importance à Bruxelles. Elle manifeste aujourd'hui une volonté d'ouverture. Elle s'installe durablement, achète des maisons, cherche des boulots plus stables... Et elle désire s'associer à la gestion des affaires politiques. C'est l'aboutissement d'un processus.

Dans la mosaïque du collège ten-noodois, de loin le plus bigarré de la capitale (quatre échevins sur 7 sont désormais d'origine étrangère), Dorah Ilunga va aisément trouver sa place. Ses compétences ? Elles ne sont pas encore fixées, mais il est clair qu'elles répondront à sa sensibilité, c'est-à-dire le social. ·