Saint-Josse Travaux de restauration en panne Le salon chinois s'en va en lambeaux au Musée Charlier

ROBERT,FRANCOIS

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Jeudi 18 juillet 2002

Saint-Josse Travaux de restauration en panne

Le salon chinois s'en va en lambeaux au Musée Charlier

FRANÇOIS ROBERT

Le Musée Charlier, fleuron du patrimoine architectural de Saint-Josse, vit difficilement les outrages du temps. Son « salon chinois » doit faire l'objet d'urgence d'une restauration : son papier peint s'en va en lambeaux.

Le musée Charlier (16, avenue des Arts) ne se visite pas au pas de charge. Peu d'hôtels de maître offrent d'ailleurs un décor aussi intimiste. Il se dégage des salles du musée un délicieux parfum suranné et l'on ne serait guère surpris de se retrouver nez à nez avec le maître de céans, Henri Van Cutsem, qui acquit la bâtisse vers 1890 pour en faire un lieu de rencontre des principaux artistes bruxellois, au tournant du XXe siècle.

Si la façade des lieux n'est pas exceptionnelle, l'intérieur envoûte. Henri Van Cutsem fit même appel à Victor Horta pour réaménager les galeries intérieures. Il s'entoura d'illustres artistes et écrivains : Boulanger, Courtens, De Brackeleer, Ensor, Léon Frédéric, Oleffe, Van Stydonck, Van Zevenberghen... Le sculpteur Guillaume Charlier, successeur de Van Cutsem, maintint la tradition artistique des lieux. A sa mort en 1925, il légua la demeure et ses précieuses collections (un mobilier extraordinaire, des porcelaines, des faïences, de l'argenterie, des cristaux)... Le bâtiment est aujourd'hui classé et il accueille des expositions ponctuelles prestigieuses.

Depuis quinze ans, il fait l'objet de travaux de restauration. Heureusement d'ailleurs, car la mérule a dévoré partiellement son plancher. Son conservateur Francine Delépine bute cependant régulièrement sur de sérieux problèmes administratifs qui ralentissent dangereusement la restauration. C'est le cas du « salon chinois ».

Bijou des lieux, ce salon chinois présente un mobilier exceptionnel (des meubles conçus en Chine à la fin du XIXe siècle) et des paravents en laque de Coromandel. Hélas, le décor est dans un piteux état. Le papier peint, originaire de Chine mais de fabrication japonaise, est unique en Belgique. Imitant le cuir, il est d'une étonnante facture technique. Pour sa restauration, la commune a fait appel à Claude Laroque, maître de conférence à l'université de Paris. Celle-ci a proposé un traitement spécial, entériné par la commune et les Monuments et sites... en 1996. Nous sommes en 2002 et le papier peint s'en va en lambeaux. Côté cheminée, la chaleur a déformé le plâtre qui a déchiré le papier.

Pour qui visite les lieux, l'urgence de la rénovation saute aux yeux. D'invraisemblables lenteurs administratives ont sans cesse retardé le chantier dont les montants ne sont pourtant pas excessifs (50.000 euros environ). Si rien n'est fait rapidement, il sera trop tard. Une nouvelle procédure a été entreprise par Francine Delépine en 2001 qui auraient dû déboucher sur des travaux cette année. Mais une fois de plus, les délais n'ont pas été respectés. A la commune, on promet que le sauvetage est programmé... pour 2003 !·