Cancer du col : vaccination à risque ?

GUTIERREZ,RICARDO

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Mardi 3 janvier 2012

Santé Une étude canadienne conteste le vaccin HPV

La vaccination des jeunes filles contre certaines formes du cancer du col de l’utérus reste controversée... Après les polémiques politiques de la rentrée sur les campagnes scolaires, c’est une étude canadienne qui vient semer le doute. Elle conteste l’efficacité des vaccins. Et pointe le risque d’effets secondaires graves (y compris des cas de décès), appelant les médecins à « fournir à leurs patientes une évaluation plus objective et plus nuancées du rapport bénéfices/risques de la vaccination ».

Peu après la rentrée, la députée MR Florence Reuter s’interrogeait, dans Le Soir, sur l’opportunité de la campagne de vaccination scolaire lancée par la Fédération Wallonie-Bruxelles (lire ci-contre). Des doutes partagés par les parlementaires Ecolo Jacques Morel et Patrick Dupriez.

Désormais, c’est sur le front scientifique que se déplace la controverse... Voici six mois, une étude gouvernementale publiée par la revue médicale britannique The Lancet confirmait l’efficacité des campagnes de vaccination massives menées en Australie : en trois ans, les lésions à haute densité qui peuvent être la cause de certains cancers du col avaient diminué de moitié...

Un constat qui n’émeut guère deux chercheurs canadiens de l’Université de Colombie britannique, à Vancouver, Lucija Tomljenovic et Christopher Shaw... Ils rappellent qu’« à ce jour, l’efficacité des vaccins dans la prévention du col de l’utérus n’a pas été démontrée, tandis que les risques restent à évaluer plus complètement ».

De fait, les cancers du col de l’utérus se développent au terme d’un processus long de 20 à 40 ans, alors que les vaccins n’existent que depuis une dizaine d’années... Impossible, dès lors, d’en établir l’efficacité.

Les chercheurs canadiens s’étonnent davantage du postulat d’innocuité des vaccins délivré par les agences gouvernementales. Ils constatent, s’appuyant sur une centaines d’études, que « la liste des effets secondaires graves liés à la vaccination anti-HPV, dans le monde, inclut des décès, des convulsions, des paresthésies, des paralysies, des syndromes de Guillain-barré, des myélites transverses, des paralysies faciales, des syndromes de fatigue chronique, des anaphylaxies, des maladies auto-immunes, des thromboses veineuses profondes, des embolies pulmonaires et des cancers du col de l’utérus ».

Pour Tomljenovic et Shaw, « la santé à long terme de beaucoup de femmes pourrait être compromise en contrepartie de bénéfices vaccinaux qui restent incertains ».

Les chercheurs insistent : « Les pratiques actuelles de vaccination avec l’un ou l’autre des vaccins disponibles n’apparaissent ni justifiées par des bénéfices sanitaires à long terme, ni économiquement rentables ; et il n’est pas prouvé que cette vaccination (même si elle se révélait en fin de compte efficace dans la prévention du cancer du col) puisse réduire le taux de cancers du col en deçà du niveau déjà atteint actuellement par le dépistage par frottis ».

Plutôt qu’une vaccination de masse, ils suggèrent de cibler les femmes exposées aux facteurs de risque de ce type de cancer (le tabagisme, l’usage de contraceptifs oraux, les inflammations chroniques) et d’intensifier le dépistage par frottis.

Quelque 26.000 élèves concernées Les 26.000 jeunes filles inscrites en 2e année du secondaire, dans

Quelque 26.000 élèves concernées

Les 26.000 jeunes filles inscrites en 2e année du secondaire, dans les écoles wallonnes et bruxelloises, se voient proposer, cette année, la vaccination contre certaines souches du virus HPV (papillomavirus humain), responsables de 70 % des cancers du col de l’utérus. C’est le vaccin Cervarix, produit par GSK, qui a été retenu pour la campagne. Le contrat de fourniture passé par la Fédération Wallonie-Bruxelles porte sur quatre ans.

En Flandre, le programme est déjà opérationnel depuis l’année académique 2010-2011. Sur la population cible de 35.887 élèves inscrites en première année du secondaire, 30.393 (soit près de 85 %) se sont vu administrer le vaccin HPV.