SCHAERBEEK MISE AUSSI SUR LA PREVENTION MIDRASH ENCADRE ET SOIGNE LES DROGUES

ROBERT,FRANCOIS

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Jeudi 10 juin 1993

Schaerbeek mise aussi sur la prévention

Midrash encadre et soigne les drogués

Cette fois, il n'y a rien à redire. L'initiative communale de Schaerbeek ne souffre d'aucun défaut. Hier, le bourgmestre et docteur Francis Duriau a inauguré le centre «Midrash», infrastructure sociale et médicale destinée à venir en aide aux consommateurs de drogue. Empoisonnée quotidiennement par ce fléau, Schaerbeek tente d'y répondre avec sang-froid et réalisme.

- Il y a dix ans, confesse le bourgmestre, je ne voulais pas entendre parler de méthadone. Maintenant, j'inaugure un centre où on la prescrit. C'est dire comme on peut évoluer. C'est l'ampleur du problème qui m'a ouvert les yeux.

L'antenne schaerbeekoise de Midrash (mot hébreu qui désigne un ensemble de commentaires et d'interprétations des textes sacrés) est située avenue Albert Giraud, dans les locaux d'une ancienne épicerie, appartenant au Foyer schaerbeekois. C'est un centre d'accueil et de soins spécialisés pour usagers de drogue, adolescents, futurs ou jeunes parents.

Cette antenne est bienvenue. L'insécurité et la criminalité sont le triste lot des nuisances de la toxicomanie. On estime dans l'agglomération le nombre de drogués entre 8 et 15.000 (chiffres de la gendarmerie). Chaque jour, ils se mettent en quête des 2.000 F qui leur seront nécessaires pour acheter leur pacson de drogue. Les arrachages de sacs sont légion. On chiffre à 2,3 le nombre de délits commis annuellement par chaque toxicomane.

Le (beau) quartier où s'implante le centre Midrash est très sensible à la drogue. Bien qu'inauguré hier, l'implantation fonctionne depuis le début avril et plusieurs jeunes du quartier s'y sont déjà rendus.

Midrash est né d'un constat: l'absence de structure pour futurs parents usagers de drogues. Cette carence avait pour conséquence l'admission en urgence pour accouchement dans des maternités publiques de femmes enceintes qui n'avaient pas fait suivre leur grossesse, par crainte du rejet du corps médical. Depuis, son champ d'action s'est étendu.

Aujourd'hui, Midrash possède plusieurs antennes à Bruxelles. Il bénéficie de subsides de la Communauté et de l'ONE et collabore étroitement avec l'hôpital Brugmann. Il offre enfin une formation spécifique aux médecins qui soignent les drogués.

- Les consultations qui s'y déroulent respectent pleinement la déontologie médicale, explique le pédopsychiatre Éric Picard, qui dirige le centre. Nous n'accueillons pas seulement l'usager de drogue mais aussi sa famille et les enfants en bas âge. Il faut privilégier les relations parentales. Les femmes enceintes doivent avoir accès aux soins médicaux et recevoir une aide sociale et un soutien psychologique. En moins de deux années d'activités, Midrash a été le centre de référence pour moins de 10 % des grossesses de mères toxicomanes de Bruxelles. Nous n'imposons pas de traitement. Nous respectons pleinement les individualités. Libre au toxicomane de venir nous voir.

FRANÇOIS ROBERT

Centre Midrash, 121, avenue Albert Giraud. Tél: 02/245.49.08.