Se nourrir coûtera plus cher

AFP

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Vendredi 30 mai 2008

Agriculture Un rapport alarmiste de l’OCDE et de la FAO

L’envolée des prix agricoles va faire des gagnants et… des perdants. Et surtout des millions de miséreux.

Les prix agricoles vont demeurer à des niveaux très élevés au cours de la prochaine décennie, même s’ils devraient progressivement redescendre des sommets atteints ces derniers mois, qui ont provoqué des émeutes en Afrique, dans les Caraïbes et en Asie.

Riz, maïs, blé : les prix des denrées alimentaires de base ont récemment battu des records, mais « cette situation ne durera pas », selon une étude conjointe de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et de l’Organisation des Nations unies pour l’Agriculture (FAO). La hausse des prix observée depuis 2005/2006 tient à une météo peu propice dans les grandes régions de production céréalière, à des stocks mondiaux « peu abondants » ou à la vogue des biocarburants, analysent les deux organisations.

Certains de ces facteurs ayant un caractère ponctuel, les prix sont « appelés à descendre progressivement », même s’ils « resteront en moyenne plus élevés à moyen terme que pendant la décennie écoulée », ajoute l’étude.

Par rapport à la moyenne des prix de la période 1998/2007, l’OCDE et la FAO prévoient pour la décennie 2008-2017 « une augmentation de 20 % environ pour la viande bovine et porcine, de 30 % pour le sucre brut et le sucre blanc, de 40 % à 60 % pour le blé, le maïs et le lait écrémé en poudre ». Sur la même période, la hausse serait « de plus de 60 % pour le beurre et les graines oléagineuses et de plus de 80 % pour les huiles végétales ». Car si l’offre devrait être accrue par « l’augmentation ininterrompue des rendements », la demande restera dynamisée par « la modification des pratiques alimentaires, l’urbanisation, l’essor économique et la croissance démographique » dans les pays en développement et la soif de biocarburants.

De ce fait, « les marchés céréaliers devraient rester tendus jusqu’en 2017 », selon le rapport.

« Les prix élevés se traduisent par des gagnants et des perdants », pointe l’étude. S’ils profitent à « beaucoup de producteurs agricoles dans les pays développés comme dans les pays en développement, bon nombre d’agriculteurs des pays en voie de développement ne sont pas reliés aux marchés et ne tireront guère d’avantages, voire aucun, de la montée actuelle des prix ». Et « pour les pauvres, en particulier dans les zones urbaines des pays en développement importateurs nets de produits alimentaires, la situation va s’aggraver ».

Selon la Banque mondiale, qui va dégager une enveloppe de 1,2 milliard de dollars pour lutter contre la crise alimentaire, cette envolée des prix de l’alimentation et du pétrole a plongé 100 millions de personnes dans la misère. Les deux organisations estiment qu’une « augmentation de l’aide humanitaire s’impose pour réduire les incidences négatives des hauts niveaux de prix sur les plus démunis ».

A long terme, selon l’OCDE et la FAO, « l’offre agricole est confrontée à des incertitudes et des obstacles quant à la superficie des nouvelles terres susceptibles d’être mises en culture ». Le changement climatique pourrait « entraîner des baisses de rendements, et l’amenuisement de l’approvisionnement en eau conduit à prévoir que des régions entières seront abandonnées ».

La FAO a recensé 22 pays en développement « particulièrement vulnérables en raison de hauts niveaux de sous-alimentation chronique (plus de 30 %) conjugués à une forte dépendance vis-à-vis des importations de produits pétroliers (100 % dans la plupart des pays) ainsi que, dans de nombreux pays, des importations de céréales pour leur consommation ». L’Érythrée, le Niger, les Comores, le Botswana, Haïti et le Liberia sont « particulièrement vulnérables » car ils cumulent ces trois facteurs de risque dans des proportions très élevées, souligne la FAO. Les autres pays sont le Burundi, le Tadjikistan, la Sierra Leone, le Zimbabwe, l’Ethiopie, la Zambie, la République centrafricaine, le Mozambique, la Tanzanie, la Guinée-Bissau, Madagascar, le Malawi, le Cambodge, la Corée du Nord, le Rwanda et le Kenya.

La FAO réunit un sommet de chefs d’Etat et de gouvernement de mardi à jeudi prochain à Rome. L’objet : l’impact de l’envolée des prix alimentaires. (afp)