Sea, sun and «Soir» DOSSIER Itinéraire d'un «Soir» en villégiature A Charleroi, le «Times» c'est de l'argent «Het Laastste Nieuws» passe l'été à la playa

DE HESSELLE,LAURE; TARDY,MARTIAL; MILUTIN,ROGER

Page 1;4

Vendredi 30 juillet 1999

Sea, sun and «Soir»

DOSSIER Itinéraire d'un «Soir» en villégiature On a beau être en congé à l'étranger, on a parfois le mal du pays. Avant de vous apporter les dernières nouvelles sur la crise de la dioxine, votre «Soir» a fait un long voyage. Nous l'avons suivi à la trace sur la route des vacances

Le soleil est au rendez-vous, la plage et les petites balades dans l'arrière-pays aussi. Les vacances se passent bien, en toute tranquillité. Mais même loin de la terre natale, avoir quelques informations sur notre nouveau gouvernement, la dioxine ou ce qui se passe près de chez vous, cela fait toujours plaisir. Les quotidiens belges - dont le nôtre - s'attachent donc à vous suivre en villégiature, jusque dans ce petit village du Sud de la France où vous vous dorez au soleil.

Jeudi, 22 heures, rédaction du «Soir» à Bruxelles. Tous les articles destinés à l'édition des régions sont «bouclés»et envoyés électroniquement à l'imprimerie, située à Evere, dans la banlieue bruxelloise. Les presses sont mises en route. Les premiers journaux sortis sont destinés à l'étranger: plus tôt ils partiront, plus tôt ils arriveront à destination. La course contre la montre commence.

Jeudi, 22 heures 30, imprimerie Rossel à Evere. Dans le courant de l'année, 2.500 exemplaires en moyennequittent la Belgique chaque matin. L'été, ce nombre est multiplié par 2,5 dans les pays où «Le Soir» est présent tout au long de l'année. Leurs destinations sont multiples: ils se retrouvent dans les avions, à disposition des voyageurs, ou chez les libraires en France, Espagne, Pays-Bas, Suisse francophone et à Londres. L'Italie et la Grèce s'ajoutent à la liste pendant les périodes de vacances. Pour les trois pays du sud et la capitale britannique, un camion les emmène directement à l'aéroport de Bruxelles-National. Les journaux s'envolent au petit matin vers Madrid, Milan, Athènes ou Londres.

Les «Soir» que nous allons suivre jusqu'à la Côte d'Azur sont eux enfournés dans le camion de la société de transport privée Paris-Express. Le chauffeur fait le tour de plusieurs imprimeries de quotidiens belges puis,à minuit, un autre chauffeur prend sa place et file en direction de Paris. Même quand il y a des barrages sur les routes, lors de grèves de camionneurs, on passe, jure Cédric Lorent, l'administrateur délégué de Paris-Express. Un petit véhicule précède le camion, et l'appelle quand il rencontre un barrage, pour que le camion change de route. Parce qu'un journal, c'est une denrée hautement périssable. Il faut donc absolument arriver à l'heure. Ce soir-là, pas le moindre problème, la route est dégagée.

Vendredi, 4 heures, d épôt des NMPP (Nouvelles Messageries de la Presse parisienne) à Stains, en banlieue parisienne. Un bâtiment énorme, violemment éclairé se détache dans la nuit. Camionnettes et camions arrivent et repartent, dans un ballet incessant. C'est ici que transitent tous les quotidiens, français et étrangers, destinés aux milliers de librairies de province. Notre camion se gare à l'arrière du dépôt,les paquets de journaux sont directement déposés sur le tapis roulant. Normalement, les journaux ressortent du bâtiment au bout de dix minutes, affirme Patrick Wibaut, le chef d'exploitation. Entre-temps, ils auront été triés, étiquetés, et emballés suivant leur destination finale. Mais à cette heure-ci, les quotidiens français ont déjà été expédiés. L'heure ultime de sortie des paquets de journaux étrangers est fixée à 5 heures 30.

Ici, vous entrez dans le royaume du code-barre, s'exclame Patrick Wibaut. Dès l'entrée sur le tapis roulant, une étiquette est collée sur chacun des paquets. Le code identifie les journaux comme étant ceux du «Soir de Bruxelles», comme on l'appelle ici, et son heure d'entrée. Les paquets poursuivent leur chemin, par groupe de douze. Ils ressemblent à de grosses chenilles ventrues sans queue ni tête qui grimpent lentement la rampe. Ils passent devant le poste de distribution. Ici, un employé, assis devant son ordinateur, vérifie si tous les paquets ont bien une destination: Ils vont soit «sur zone» - où ils partiront en paquet -, soit «à l'appoint» - après un tri manuel, ce ne sont que quelques exemplaires qui rejoindront les camionnettes.

Les paquets de «Soir» passent sur un tapis plus rapide, mélangés à des journaux hollandais, et glissent vers la trieuse électronique, qui imprime et colle une étiquette précise: l'adresse du dépositaire en province, le numéro de la tournée, le vol prévu, etc. Parfois, la première étiquette d'identification s'est décollée, emportée par la vitesse du tapis roulant. Tout s'arrête. On sort le paquet non identifié de la chaîne, et on remet une étiquette . Un être humain est donc quand même nécessaire...

Suite en page 4.

Voir début en page 2.

Puis le journaux reprennent leur route, la chaîne continue. Certains paquets descendent du tapis: ils sont réceptionnés par les trieurs pour l'appoint. Face à un mur de casiers, ils répartissent les journaux. Autant dans le casier de Cannes, autant dans celui de Nice... A Stains, les exemplaires du «Soir» auront croisé en tout et pour tout quatre personnes...

Vendredi, 5 heures, en route vers l'aéroport d'Orly-Ouest. Ça y est, les paquets arrivent aux «goulottes»: ce sont les cinq cents «sabords» où de petites camionnettes viennent chercher leur colis et les emmènent à l'aéroport. Les NMPP utilisent les vols réguliers: les journaux voyagent dans la soute à bagages.

Vendredi, 9 heures, aéroport de Nice-Côte-d'Azur . L'avion de Paris vient de se poser. Il faut patienter un peu, que les bagages des passagers soient débarquéset que les paquets de journaux soient dédouanés. Les employés de la société d'agence et de distribution de Cannes les embarquent. A 10 heures 15, la camionnette arrive à La Bocca, petit village tout à côté de Cannes. Les cinq employés, shorts et lunettes de soleil au cou, séparent les paquets titres par titres. En été, ils en reçoivent de tous les pays: Russie, pays arabes, européens, Etats-Unis... Mais on n'a vraiment pas le temps de jeter le moindre coup d'oeil dessus, commente Philippe, un employé.

Chacun se choisit sa rangée de casiers et place 5 Soirs pour monsieur Forneris, 2 chez Brugniaux, 5 chez Paillard... En tout, 136 libraires vendront aujourd'hui notre journal. A 11 heures, la mise en cases est terminée, les journaux reprennent à nouveau la route, pour leur destination finale: le libraire.

Vendredi, 12 heures 15, librairie du Pré du Lac, Châteauneuf de Grasse. Jean-Paul Paillard reçoit enfin ses journaux étrangers. Le Soir? C'est le seul journal étranger que j'arrive à lire, dit-il en souriant. Ici, il voit en moyenne trois acheteurs par jour. Dont peut-être un employé de la maison du Roi: c'est dans ce village qu'Albert II possède sa résidence d'été... Souvent, les vacanciers me demandent de leur garder leur exemplaire. Ils vivent au rythme d'été, et ne viennent parfois pas le chercher avant le lendemain. Un vieux monsieur, en résidence toute l'année, ne le prend que le dimanche. Certains clients ne comprennent pas que leur quotidien ne soit pas là dès le matin. Mais les Belges, ça va. Avec un peu d'humour, tout passe.

Jean-Paul Paillard propose vingt-deux titres étrangers. Ils ne rapportent guère, mais ce sont des locomotives. C'est en achetant le journal que mon client va prendre une carte postale, une babiole...

LAURE DE HESSELLE

Pourquoi le libraire du village où je suis en vacances a-t-il si peu d'exemplaires du «Soir»? Quand je passe à 17h00, je ne le trouve plus...

Le calcul du nombre de journaux nécessaire dans votre librairie est particulièrement ardu. On cherche à éviter au maximum les invendus: un numéro qui reste chez le dépositaire a coûté de l'argent (impression, envoi...) mais ne rapporte rien! Les libraires sont chargés de prévoir leurs besoins, mais comment être certain que le Belge passé ce matin-là n'est pas de passage pour un jour? Et le lecteur en vacances est particulièrement inconstant: plage le mardi, on achète le journal. Balade le mercredi, on ne l'achète pas, etc.

Dans les centres de tri régionaux (Cannes dans notre exemple), une personne est chargée de faire des statistiques: on prend les chiffres des derniers jours et d'un jour de l'année précédente puis on «règle», libraire par libraire. Là, il a vendu tous ses exemplaires, on va donc lui en ajouter deux, etc. C'est loin d'être une science exacte... Une solution, si vous restez un certain temps au même endroit: demandez à votre libraire de mettre votre journal favori de côté.

Je suis Bruxellois, comment se fait-il que, à l'étranger, je ne trouve que l'édition «régionale»?

Dans l'espoir que les journaux arrivent le plus tôt possibleà bon port, ce sont les premiers exemplaires sortis de l'imprimerie que vous trouvez en vacances. Or, pour la Belgique, l'édition la plus urgente est celle des régions. Elle a un plus long chemin à faire pour trouver son lecteur que les nouvelles bruxelloises.Elle est donc «bouclée» plus tôt à la rédaction (vers 22 h), tandis que l'édition Bruxelles-Brabant wallon ne sera terminée qu'aux environs de minuit.

En séjour à Ténériffe, je ne trouve «Le Soir» que le lendemain de sa parution. Pourquoi?

La faute aux avions! Les vols Bruxelles-Iles Canaries ne sont pas quotidiens. Le journal s'envole donc jusque Madrid pour y prendre un avion régulier. Mais la manoeuvre est bien entendu plus longue. Prendre certains jours un vol direct Bruxelles - Ténériffe (lorsqu'il y en a un) et passer par Madrid les autres jours est un mauvais calcul: mieux vaut être présent tous jours à la même heure, pour instaurer une habitude. Et puis un lecteur en vacances est parfois moins pressé...

Est-il intéressant de faire suivre mon abonnement lorsque je pars en vacances?

Dans le cas des abonnements à l'étranger, c'est la poste qui se charge du transport et de la distributionde votre journal. Vous risquez de le recevoir plus tard que votre libraire, qui lui l'obtient via les sociétés de distribution de la presse. L'acheter alors que vous le recevez chez vous peut sembler ridicule, mais il existe une solution: faites suspendre votre abonnement pendant vos vacances, et réservez un «Soir» auprès du libraire local.

Pourquoi ne trouve-t-on pas «Le Soir» partout, comme les quotidiens français?

La France subsidie les journaux nationaux: les trouver un peu partout sur le globe sert l'image du pays. Chez nous, les quotidiens financent eux-mêmes l'opération (qui coûte souvent plus qu'elle ne rapporte). On cible donc les endroits où les Belges sont les plus nombreux. Mais il faut éviter d'installer d'habitude de non-lecture: si vous ne le trouvez pas pendant trois semaines, vous pourriez vous dire que, finalement, ce n'est pas si grave de ne pas lire le journal... Ce qui, évidemment, est un tort.

A Charleroi, le «Times» c'est de l'argent

Le «Times», le «Corriere della Sera», «El Mundo»... Ces noms fleurent bon les nouvelles lointaines, les langues étrangères. Pourtant, les exemplaires de ces journaux que les libraires belges disposent dans leurs rayons ne viennent pas de très loin: tous sont imprimés à Charleroi.

Europrinter a installé ses trois presses en 1994 sur l'Aéropole, parc industriel proche de l'aéroport de Gosselies. Joint-venture entre capitaux français et espagnols, c'est pour sa situation géographique stratégique que la société a choisi la Belgique. Au départ, leur choix s'était porté sur Nivelles, après simple consultation d'une carte, explique Régine Mastin, directrice admistratif et financier. Mais l'Aéropole était en zone Objectif Un, plus intéressant financièrement.

Les différents journaux imprimés ici, le «Times», le «Corriere» et «El Mundo», mais aussi la «Gazzetta dello Sport» et «ABC», transmettent le contenu de leurs pages par lignes satellites à partir de 19 heures, Europrinter possédant sa propre parabole. Les fichiers informatiques sont décodés puis on lance les machines.En deux heures et demie, tout est terminé.

Le nombre d'exemplaires change chaque jour, reprend Régine Mastin. En moyenne, le «Times» en tire 15 ou 20.000, les deux titres italiens 25 ou 30.000, et les Espagnols de 5 à 6.000. Mais ce n'est pas le nombre d'exemplaires qui peut faire varier énormément le temps. Notre plus gros problème survient lorsque le bouclage de l'un ou l'autre journal est retardé. Le papier est en effet fourni par les clients eux-mêmes. Europrinter ne peut donc pas inverser l'ordre d'impression des différents quotidiens, les presses étant préparées à l'avance...

Même si l'entreprise est tout à fait rentable (avec un chiffre d'affaires de 178 millions en 98), elle n'est certainement pas au maximum de ses capacités: les rotatives ne tournent que 3heures sur 24! Mais nous nous sommes engagés dès notre installation ici à ne pas prendre le travail des imprimeries régionales, commente la directrice. Et les quotidiens veulent tous être imprimés en même temps... Il nous faudrait donc des suppléments à sortir dans la journée.

Europrinter n'est pas la seule imprimerie à fonctionner avec des journaux étrangers. Les presses Rossel sortent chaque nuit le «Wall Street Journal». L'intérêt? Le gain de temps et d'argent, bien entendu. Tous ces quotidiens peuvent, grâce à ce système, être à destination dans la matinée. Le «Wall Street» bruxellois est distribué principalement dans les ex-pays de l'Est, alors que les journaux d'Europrinter se dirigent plutôt vers le nord. Les coûts de transport sont évidemment réduits très fortement.Seul «El Mundo» possède une édition internationale. Pour les autres, ce sont les mêmes journaux que trouvent Suédois, Tchèques ou Américains.L'internationale du quotidien...

L. d. H.

«Het Laastste Nieuws» passe l'été à la playa

Le quotidien «Het Laatste Nieuws» se targue d'être le journal flamand le plus matinal d'Espagne. Et pour cause: il est le seul titre de la presse belge qui fait imprimer sur place une édition destinée aux touristes en villégiature sur les plages et dans les grandes villes espagnoles. Nous suivons le lecteur et nous essayons de lui donner un service aussi bon que possible, c'est-à-dire être sur le marché aussitôt que possible , explique Etienne Clement, le responsable de la filière. «Het Laatste Nieuws» est livré dans les kiosques tôt le matin, en même temps que la presse espagnole , soit plusieurs heures avant les concurrents belges, qui arrivent par avion.

«Het Laatste Nieuws» mène son expérience espagnole depuis deux ans, dans le sillage d'autres journaux européens - britanniques, allemands et italiens - qui impriment également dans la péninsule ibérique.

Aux mois de juillet et d'août, les journalistes et la mise en page du quotidien flamand sont contraints à une plus grande discipline: les fichiers informatiques comprenant toutes les données des pages du journal du lendemain doivent être envoyées à Madrid à intervalles réguliers, par liaison satellitaire ou par ligne ISDN à haut débit. Pas question de rendre toute sa copie à la dernière minute. Dans la capitale espgnole, les fichiers informatiques sont réceptionnées par l'imprimerie du quotidien sportif «Marca», qui fabrique le «Laatste Nieuws» avant d'imprimer son propre titre (les rotatives de «Marca» produisent aussi une édition «locale» du «Daily Mirror» britannique).

GOEDEMORGEN SPANJE!

L'édition espagnole du «Laatste Nieuws» est identique à la belge, hormis la présence d'un petit message - Goedemorgen Spanje! - et d'un bulletin météo spécifique... Le quotidien flamand ne ressent pas le besoin d'hispaniser ses pages, ni de donner des nouvelles locales aux vacanciers. Ils nous achètent parce qu'ils veulent savoir ce qui se passe ici, en Belgique, tranche Etienne Clement.

Le «Laatste Nieuws» se refuse catégoriquement à dévoiler le volume de ses ventes en Espagne. Tout au plus le quotidien flamand indique-t-il que dix mille exemplaires doivent être vendus quotidiennement pour que l'opération soit rentable, sans préciser s'il franchit ce seuil.

Le prix de vente est de 300 pesetas (1,80€ , 73 F) en semaine et de 325 pesetas (1,95€ ou 79 F) pour l'édition du samedi. Cela n'a pas changé lorsque «Het Laatste Nieuws» a décidé d'imprimer en Espagne. Le tarifs des quotidiens flamands à l'étranger se détermine, dans la mesure du possible, sur la base d'un consensus entre journaux.

Lorsque l'on a recours au système de distribution traditionnel - par avion -, les frais d'envoi vers l'Espagne oscillent entre 45 francs et 65 francs le kilo. Le samedi, un kilo, cela fait deux journaux , indique Etienne Clement. En imprimant à Madrid, «Het Laatste Nieuws» n'a pourtant pas réduit ses frais. Les envois par liaison satellite, cela coûte très cher. Et une fois terminé à Madrid, le journal doit encore être acheminé vers les «costas», les Baléares, les Canaries... par avion. L'un dans l'autre, cela coûte à peu près la même chose. Pour «Het Laatste Nieuws», l'impression en Espagne est surtout une très bonne opération promotionnelle .

MARTIAL TARDY