Sécurité - Une ordonnance contre la délinquance à Thuin Mineurs et bistrots sous couvre-feu A Seneffe, la « police éducative » A Aywaille, on parie sur le « café futé »

DUBOIS,FREDERIC; RENETTE,ERIC

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Vendredi 4 mars 2005

Sécurité - Une ordonnance contre la délinquance à Thuin

Mineurs et bistrots sous couvre-feu

* Thuin ne veut pas devenir une zone de non-droit. Après 23 heures, les jeunes ne peuvent plus être dehors. Pareille décision a déjà porté ses fruits ailleurs.

FRÉDÉRIC DUBOIS

Depuis quelques mois, Thuin n'est plus aussi calme et bucolique qu'autrefois. Ce n'est pas que la grande criminalité s'y est installée, les statistiques prouvent d'ailleurs le contraire, mais la petite délinquance, elle, est en augmentation. La Ville Haute, notamment, est régulièrement le théâtre de bagarres entre deux bandes rivales, issues du cru, qui s'adonnent également à divers « sports » comme le tag, la crevaison de pneus ou l'incendie de voitures. Il y a quelques jours, des équipes de police ont même dû intervenir pour calmer une expédition punitive montée par une famille après l'agression d'un des leurs à la sortie de l'école. Sans oublier le trafic de drogue.

Pour le bourgmestre Paul Furlan, il faut que cela cesse avant que Thuin ne devienne une zone de non-droit. Mercredi soir, il a réuni un conseil communal extraordinaire afin de proposer l'adoption d'une ordonnance de police de sécurité publique. Une mesure qui avait été préalablement discutée avec le Parquet et la police locale. Ce texte précise que, dorénavant, les mineurs de moins de 16 ans ne pourront plus circuler seuls sur la voie publique après 23 heures. Dans le cas contraire, les forces de l'ordre seront chargées de les ramener à leur domicile. Les débits de boissons et autres « night-shops » tombent également sous le coup d'un couvre-feu, à minuit en semaine et à 2 heures du matin le week-end. Des horaires négociés avec les cabaretiers. Enfin, les policiers reçoivent le droit de contrôler tout rassemblement d'individus. Bref, toute incivilité sera sanctionnée et poursuivie avec, à la clé, des peines alternatives.

Majorité et opposition ont approuvé le texte à l'unanimité. Reste à savoir maintenant si, dans cette zone rurale étendue, la police locale disposera de moyens suffisants. Enfin, il est également impossible de faire face à la déresponsabilisation parentale, pourtant primordiale.

Conscient que cette ordonnance pouvait être qualifiée de « sécuritaire », Paul Furlan a d'ores et déjà annoncé que la réflexion sur la prévention s'intensifierait. Des initiatives telles que la « semaine de la non-violence » ou la rencontre des jeunes meneurs sont programmées.·

A Seneffe, la « police éducative » ENTRETIEN

L'an dernier, après une vague de délinquance, le bourgmestre de Seneffe, Philippe Bouchez (PS), a fait adopter une ordonnance instaurant un couvre-feu après minuit, pour les mineurs de moins de 14 ans non accompagnés. Le commissaire Michel Tricot, chef de zone de la police locale de Mariemont, dresse le bilan.

A quel type de criminalité avez-vous été confrontés à Seneffe ?

Des jeunes se réunissaient et se rendaient coupables d'actes de vandalisme (tags et jets de pavés). Une délinquance urbaine proche de celle qui touche Thuin.

Sur le terrain, comment s'est appliqué le couvre-feu ?

Au début, notre police locale a effectué des patrouilles systématiques. La mesure a fait l'effet d'un coup de semonce. Mais après un ou deux mois, elle a déjà porté ses fruits. Au fil du temps, les interventions se sont espacées. A présent, nous en enregistrons environ une par mois et les faits de petite délinquance sont également en baisse.

Comment cela a-t-il été perçu par la population ?

Nous n'avons eu que des échos positifs. Jamais nous n'avons rencontré d'animosité, ni chez les jeunes ni chez leurs parents. Il faut dire que le suivi a été parfaitement assuré par les services sociaux. Au lieu d'une police répressive, nous avons plutôt joué le rôle de police éducative.

Le phénomène est jugulé, le couvre-feu reste-il utile ?

C'est un atout que nous pouvons ressortir de notre manche en cas de résurgence du problème. Pour l'instant, l'hiver fait que les jeunes restent chez eux. Mais qu'en sera-t-il, l'été ? Grâce à cette mesure, nous disposons d'un outil qui nous permet d'agir efficacement. Pour les policiers, c'est motivant.·

F.Ds.

A Aywaille, on parie sur le « café futé »

ÉRIC RENETTE

Dans la région liégeoise, une seule commune (Bassenge) a appliqué un couvre-feu pour régler un problème ponctuel. Ailleurs, la question revient régulièrement sur le tapis mais sans plus. A Aywaille, commune semi-rurale de la périphérie, on a parié sur l'alternative et la prévention.

L'objectif était de mettre quelque chose en place avant que les inconvénients atteignent des dimensions graves, résume Ariste Wouters, responsable de La Teignouse, intercommunale sociale active dans les communes de l'Ourthe-Amblève. Mais il faut bien admettre que le bruit nocturne dérange beaucoup plus les gens que de savoir qu'un gosse de 13 ans passe une soirée au café à boire des bières...

Avec l'opération « Café futé », La Teignouse assure une présence amicale (il s'agit de responsabiliser, pas de faire la morale) auprès des (plus) jeunes dans quinze cafés partenaires dont les exploitants se sont engagés à respecter une charte (bruit, surconsommation d'alcool), notamment envers les plus jeunes. La présence d'éducateurs dans les cafés « jeunes » se manifeste généralement en fin de semaine et, en particulier, à la fin des examens.

C'est une opération sur le long terme, explique Philipe Dodrimont, le bourgmestre aqualien. On sait qu'on ne disposera pas de résultats concrets après quelques mois. Jusqu'ici, on peut dire que les engagements pris par les tenanciers sont bien suivis dans les cafés et aussi dans les bals. Dans notre type de commune en effet, ces derniers restent des manifestations importantes. Le dernier, il y a peu, a rassemblé plus de 2.000 personnes. Par ailleurs, deux écoles secondaires concentrent ici plus de 1.800 élèves. Une évaluation du système « café futé » sera faite d'ici la fin de l'année scolaire.

Ce type de problème en souligne d'autres, poursuit le bourgmestre, les jeunes expliquent par exemple qu'ils ne savent que faire entre des sorties d'écoles qui débutent parfois à 15 h et des bus qui passent à 17h30. Et ça fait quatre ans qu'on a introduit à la Région un dossier d'extension des infrastructures sportives qui puisse apporter une réponse d'activités à certains d'entre eux. Sans réponse, la commune va faire tout elle-même...·