Serdar a-t-il braqué l'agence?

DELEPIERRE,FREDERIC

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Mardi 24 octobre 2006

Justice Le jury des assises du Hainaut est entré en délibération

Ekrem Serdar nie avoir participé au braquage de l'agence de Farciennes. Le jury doit trancher.

Ekrem Serdar est-il le chef d'une association de malfaiteurs et, en tant que tel, a-t-il participé au tiger-kidnapping (prise d'otages pour faciliter un hold-up) de l'agence ING de Farciennes, le 6 mai 2004 ? Tels ont été les points essentiels autour desquels les débats ont tourné ce lundi à la cour d'assises du Hainaut avant que le jury ne se retire pour délibérer sur la culpabilité des accusés, peu avant 19 heures. Il avait à répondre à 54 questions. A minuit, les jurés étaient toujours en délibération.

Mardi dernier, les trois accusés - Serdar et les frères Dogan et Hasan Sahin - ont avoué leur participation au tiger-kidnapping de l'agence Dexia de Wanfercée-Baulet, commis le 18 décembre 2004. L'avocat général Fiasse et les avocats des parties civiles et de la défense s'y sont dès lors très peu attardés, ce lundi. A peine Mes De Quévy et Krywin, les conseils de Serdar, se sont-ils attachés à démontrer que leur client, s'il y a bien pris part, n'en est en rien l'un des meneurs.

Anne Krywin est même allée plus loin en sortant un relevé téléphonique prouvant qu'à 00 h 44, son client se trouvait encore à son domicile où il a utilisé son GSM. Mais ses complices, eux, avaient déjà investi la maison de la famille du gérant dès 20 h 30. Ce à quoi Me Marc Preumont, avocat de la famille Monfrans, rétorque que Serdar a bel et bien reconnu publiquement avoir menacé verbalement son client lors de la prise d'otages.

Pour le reste, les joutes verbales se sont concentrées autour des comparaisons entre les deux tiger-kidnappings. Les avocats des parties civiles y voyant des « copiés-collés », ceux d'Ekrem Serdar préférant y trouver un jeu des sept erreurs afin de démontrer que leur client n'a pas pris part à celui d'ING. Pour leur part, les conseils des frères Sahin, Mes Olivier Martins et Michel Bouchat, en ont été réduits à jouer les observateurs, leurs clients n'étant poursuivis que pour les faits relatifs à Dexia.

« Dans le dossier ING, je n'ai pas d'éléments contre Hasan et Dogan Sahin, dit l'avocat général d'entrée de jeu. J'ai des soupçons, mais il me faut des preuves. Je dois oeuvrer dans la rigueur et l'objectivité et je ne pouvais pas les poursuivre. » S'arrêtant au cas d'Ekrem Serdar, le ministère public met en avant le fait que dans les deux dossiers, il est fait mention d'un homme « costaud, qui a de grosses cuisses et qui est bien musclé ». Un homme qui « a accompli à chaque fois un rôle similaire ». En restant avec les otages et en les menaçant avec une arme pendant que deux complices allaient braquer la banque.

Et Me Krywin d'embrayer en dénonçant la façon dont son client a été confondu. « Il est ici suite à une dénonciation anonyme. Un PV datant du 20 décembre 2004 mentionnant 2 sources policières qui prétendent qu'il a participé à la prise d'otages de mai 2004 », s'étonne l'avocate.

« Pourquoi Serdar ? Parce que son frère a travaillé chez Fortis et qu'il aurait donc pu avoir accès à tous les systèmes de sécurité. Allons... Je n'aime pas les témoins anonymes ! La loi prévoit le recours aux indicateurs anonymes, mais elle prévoit aussi qu'on peut les amener devant la cour d'assises afin qu'ils témoignent avec une cagoule ou via vidéoconférence, ajoute Anne Krywin. Serdar est suspect dans l'affaire ING parce qu'il fait de la gonflette et qu'il a des grosses cuisses. Et ses copains de club ? On ne les a même pas entendus. » Et le conseil de Serdar de provoquer la colère de l'avocat général. « Le profil du quatrième auteur a été prélevé et n'a même pas été envoyé à l'INCC (Institut national de criminalistique et de criminologie). (...) Ce ne serait pas lui le dénonciateur anonyme ? » Le magistrat se lève. « Je suis outré », lance-t-il tout en justifiant que l'échantillon n'était que partiel et ne pouvait légalement pas être comparé.

Pour l'instant. Sans exclure que cette affaire puisse éventuellement faire l'objet de nouvelles investigations si de nouveaux éléments devaient apparaître.