« Pas d’austérité à court terme »

CONDIJTS,JOAN

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Jeudi 6 août 2009

Série (4/5) Comment retrouver l’équilibre budgétaire ? Avis d’experts

ENTRETIEN

Austérité ou rigueur ? Le débat fait rage. Le Soir sonde cette semaine cinq économistes. Rafael Lamas, directeur du service « entreprises » de la FGTB, se livre à l’exercice ce jeudi.

Quelles sont les causes de la crise actuelle ?

C’est évidemment l’absence totale de régulation sur le marché bancaire qui a entraîné une bulle spéculative. Le château de cartes s’est écroulé à cause de ce manque de règles précises et finalement le feu s’est propagé à l’économie réelle.

De nombreuses initiatives ont été prises pour introduire davantage de régulation dans le secteur bancaire. Suffiront-elles ?

Un certain nombre de choses sont annoncées, mais nous ne voyons pas encore de réels aboutissements. En somme, beaucoup de travaux, beaucoup de rapports, mais rien de concret. C’est pourquoi nous craignons d’assister au retour du « business as usual ». Nombre de ces acteurs qui faisaient jusqu’à présent profil bas, parce qu’ils avaient été au cœur du système qui a montré ses limites, ne changent pas, réconfortés par les frémissements de reprise. Je ne dis pas que rien n’a été fait, mais c’est insuffisant. Et le risque est là : certains entrevoient la reprise et ne tireront peut-être pas les leçons car la tempête est passée.

Sur le plan budgétaire, plusieurs membres du gouvernement dont son chef de file, Herman Van Rompuy, jouent les Cassandre, prédisant une décennie difficile…

Comme je l’ai dit, il y a des signes de reprise mais, ce que nous voyons, nous, c’est surtout un chômage qui va continuer à grimper dans les prochains mois. Nous allons donc entrer dans une période particulièrement difficile.

Quels remèdes préconisez-vous ?

Nous ne sommes pas pour un retour immédiat à l’équilibre budgétaire. Je ne crois pas qu’on soit parti pour dix années d’austérité. La crise bancaire a engendré un coût très important supporté par le citoyen. Nous, à la FGTB, nous demandons la clarté sur le montant dépensé par l’Etat dans la crise bancaire en injection en capitaux, en garanties, etc. Des efforts budgétaires ont été faits, c’est utile d’avoir une transparence pour le citoyen.

Il ne s’agit pas, par ailleurs, de laisser filer la dette publique mais une politique d’austérité à court terme n’est pas la solution.

Difficile exercice…

Il ne faut pas tuer la reprise.

Pas d’austérité, des finances publiques assainies. Quelle est la recette ?

Primo, le monde du travail a suffisamment payé à travers la crise bancaire. Il serait opportun de discuter de fiscalité, et là, nous pensons que l’Europe a un rôle à jouer dans les discussions budgétaires et sur l’endettement public.

A savoir…

L’Europe devrait par exemple être en mesure de s’endetter. Il faudrait permettre des obligations européennes. Cela consoliderait la reprise avec un impact au niveau européen et non sur les finances publiques des Etats. Aux Etats-Unis, les Etats s’endettent, ce qui n’empêche pas l’Etat fédéral d’avoir son propre endettement.

Par ailleurs, le timing sera primordial : on sait qu’il faut assainir mais ce serait assassin pour la reprise ou plutôt, ses prémices, de venir à l’austérité. Il faut donner du temps au temps, agir progressivement.

Quelles échéances voyez-vous ?

Je ne crois pas qu’il faille fixer de dates. Ça doit se faire progressivement mais il faut surtout éviter l’austérité à court terme.

Mardi dernier, se livrant à ce même exercice, Peter Vanden Houte, économiste en chef chez ING Belgique, préconisait notamment de réduire la norme de croissance du budget des soins de santé (4,5 % par an actuellement). Qu’en pensez-vous ?

Cette norme est-elle respectée ? Comment les dépenses des soins de santé ont-elles évolué ? C’est un secteur particulier : l’offre et la demande sont régulées. Nous ne sommes pas fétichistes : plus que les chiffres, ce qui importe, c’est un système efficace. Nous tirons surtout la sonnette d’alarme concernant l’équilibre du budget de la sécurité sociale. Mais les 4,5 %, ce n’est pas un tabou.

Rigueur ou austérité ? « Il faut investir et tenter de modifier les paradigmes économiques. Investir

Rigueur ou austérité ?

« Il faut investir et tenter de modifier les paradigmes économiques. Investir dans l’économie durable, mais avec intelligence, et en respectant des critères précis, sous peine de créer une nouvelle bulle, verte cette fois. Et je pense que l’Europe, via une capacité d’endettement à instaurer, a un grand rôle à jouer dans ce schéma. »

Ce qu’il ne faut surtout pas faire « Laisser aller les choses et en revenir au “business as usual“.

Ce qu’il ne faut surtout pas faire

« Laisser aller les choses et en revenir au “business as usual“. Il faut à tout prix éviter le “on l’a échappé belle, on peut reprendre comme avant“. Nombre d’acteurs ont eu très peur voici quelques mois et, avec la reprise qui se profile, se disent que cela ne s’est pas trop mal passé. L’illustration en est le retour des primes dans le secteur bancaire alors que nombre d’institutions ont dû faire appel à l’aide des autorités publiques. »