Si le chef a dit que c’était comme ça, c’est comme ça…

BOUILLON,PIERRE

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Samedi 3 mai 2008

Les entreprises sont conçues comme ça : les sans-grade sont logés aux premiers étages et les chefs occupent le haut de la tour. On ignore pourquoi c’est comme ça (sans doute s’agit-il de vivre physiquement la verticalité de l’organigramme). Mais c’est comme ça. Et c’est tellement comme ça que le vocabulaire a produit une série d’expressions comme « monter dans la hiérarchie », « échelle barémique », « le chef est remonté (contre toi) » ou « parachute doré » (accessoire utile à la hiérarchie car, quand la boîte flambe, seuls les sans-grade ont le temps matériel de filer par l’escalier de secours). Et dans la boîte Belgique ? En poids électoral, le CD&V est le premier parti du pays. Il est le premier parti de Flandre. Le CD&V préside l’exécutif flamand. Il est au gouvernement fédéral. Le Premier ministre est CD&V. Et ce n’est pas le CD&V qui dirige le pays. Le CD&V prend ses consignes à l’étage supérieur qu’occupe la N-VA. Ce n’est pas logique. Mais c’est comme ça. Et c’est comme ça parce que le CD&V a peur de fâcher la N-VA (elle romprait le cartel pour s’associer avec Dedecker). Et au-dessus de la N-VA : personne ? Si. Au-dessus des indépendantistes, il y a les indépendantistes exposant deux. C’est-à-dire le Vlaams Belang et quelques flamingants caractériels (TAK & Cie). Ces gens-là devraient être à la

cave. Négatif : c’est eux qui donnent le ton. Ils exigent la scission illico et sans conditions de BHV ? L’ordre dégringole de deux étages. Et le CD&V exige le vote illico de la loi BHV à la Chambre. La semaine dernière, il avait plaidé le report. On s’était dit : « Ha, bien, le cave se rebiffe… » Il a vite flanché. Mardi, il a expliqué que ne pas exiger le vote BHV « était suicidaire ». Entendez : suicidaire… pour lui (ça l’est aussi pour le pays mais ça le tracasse moins). Et tout est dit là-dedans : le CD&V a peur, aux télés du dimanche, de se faire publiquement enguirlander par ses patrons et passer pour un « mauvais Flamand ». L’argument du Belang (repris en cascade par les étages du dessous) est connu : ça suffit que la minorité (les francophones) brime la majorité (les Flamands). Là, le CD&V pourrait objecter qu’il vaut mieux, sur BHV, une solution négociée qu’un coup de force. Il pourrait dire qu’y aller mollo sur BHV donnerait à Leterme le temps de réformer l’État. Il pourrait invoquer aussi la nécessité de gouverner. Et là, comme Michel Daerden le 1er Mai, faire valoir à son électorat que « l’essence a augmenté de 12 % en un an, le pain de 13 %, les œufs de 25 %, les spaghetti de 27 % ». Ou, comme Di Rupo, au même 1er

Mai, signaler que le « bifteck est à 12 euros et le cabillaud à 21 » (le PS est décidément un parti alimentaire). Nada : le politique flamand, sous la pression de sa hiérarchie, pense que son électorat se nourrit d’air pur et se chauffe à nos brûlots institutionnels.

Le plus piquant ? Disant vouloir préserver le navire, le VLD a signalé qu’il ne demande pas, lui, le vote de la loi BHV (bravo !)… tout en précisant, que si, des fois, par hasard, la loi venait à figurer à l’ordre du jour de la Chambre le 8 mai, il sera « évidemment » (sic) forcé de la voter. Dans la boîte België, on sait désormais qui mérite d’aller travailler à la cave.