La circoncision protège à 76 %

DU BRULLE,CHRISTIAN

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Mercredi 27 juillet 2011

Sida L’ablation du prépuce permet de limiter la propagation du VIH

Une intervention « simple » d’une vingtaine de minutes, peu coûteuse (40 euros), qui ne doit être réalisée qu’une fois dans la vie et qui offre une protection accrue contre le risque d’une contamination par le VIH, le virus du sida : une utopie ?

Pas pour les chercheurs français de l’Association nationale de recherche contre le sida (ANRS). Voici quelques jours, à Rome, lors du 6e congrès de l’Association internationale contre le sida, ils sont venus présenter les résultats de leur étude de grande envergure menée dans un bidonville sud-africain. Et leurs chiffres donnent le tournis. Une simple circoncision masculine protège à 76 % contre une contamination par le VIH. Un chiffre qu’on attendait depuis 2007 !

Cette année-là en effet, suite à des études préliminaires menées au Kenya et en Angola notamment, les responsables du Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (Onusida) et l’OMS avaient recommandé la circoncision de l’adulte comme stratégie de prévention additionnelle contre le VIH.

Mais si l’effet protecteur semblait acquis, il restait encore à chiffrer le bénéfice réel de cette circoncision sur l’incidence (la réduction du nombre de nouveaux cas de VIH) et la prévalence (proportion des personnes infectées) de la maladie. C’est à présent chose faite avec l’étude menée en Afrique du Sud.

Ce projet consistait à proposer une circoncision gratuite et médicalisée à tous les hommes volontaires âgés d’au moins 15 ans. Plus de 20.000 circoncisions ont été effectuées. Le projet s’est appuyé sur une mobilisation des habitants ainsi que sur un large programme d’information sur la prévention, incluant le dépistage, la distribution de préservatifs, et la promotion de la santé sexuelle et reproductive.

Généralisation du programme

Entre 2007 et 2010, la proportion d’hommes circoncis est passée de 16 % à 50 % parmi les 15-49 ans, avec un pic à 59 % chez les 15-24 ans. Chez les hommes circoncis, la prévalence du VIH est 55 % plus basse et l’incidence du VIH est 76 % plus faible.

Enfin, les chercheurs montrent que si aucun homme n’avait été circoncis dans cette communauté pendant cette période, la prévalence du VIH aurait été de 25 % plus élevée qu’elle ne l’est maintenant et l’incidence du VIH aurait été de 58 % plus élevée.

« Réduire le nombre de nouvelles infections va réduire les décès dus au sida mais aussi les besoins en traitements antirétroviraux », estime le Pr Bertran Auvert, chercheur principal de ce programme.

La généralisation de la circoncision se poursuit à Orange Farm. Et de nombreux pays africains soutiennent désormais ce type de politique. Au Kenya, 290.000 hommes ont été circoncis ces trois dernières années. Des hommes qui n’ont pas adopté de comportement plus risqué pour autant. En Tanzanie, gouvernement a présenté des plans pour la circoncision d’au moins 2,8 millions d’hommes et de jeunes garçons âgés de 10 à 34 ans sur une période de cinq ans. Enfin, au Swaziland, le pays qui présente le plus fort taux de prévalence du VIH au monde, estimé à 26 % des adultes âgés de 15 à 49 ans, un plan visant à organiser la circoncision médicalisée volontaire pour les 152.800 hommes âgés de 15 à 49 ans vivant dans le pays est en passe de démarrer.

« La mesure n’est efficace qu’en Afrique »

ENTRETIEN

Le Professeur Bertran Auvert a dirigé l’étude menée en Afrique du Sud sur la circoncision. Il est professeur de santé publique à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines et praticien hospitalier à l’hôpital Ambroise-Paré, à Paris.

Par quel mécanisme la circoncision permet-elle de limiter la transmission du virus du sida ?

Deux hypothèses sont actuellement avancées pour tenter d’expliquer la protection partielle apportée par la circoncision. Tout d’abord, il y a la question de la surface interne du prépuce. Elle contient énormément de cellules cibles du VIH. En supprimant cet appendice, on limite dès lors la porte d’entrée du virus dans l’organisme. La seconde hypothèse porte sur les cellules infectées d’origine vaginale. Elles survivent plus longtemps si le pénis est muni du prépuce. Elle trouve dans ce milieu chaud et humide de bonnes conditions de survie. En cas de circoncision, on limite leur durée de vie. Elles se déshydratent rapidement. On réduit donc la durée d’exposition et donc le risque de transmission de la maladie.

Ce type de mesure pourrait-elle être appliquée en France ou en Belgique ?

Non, cela n’a aucun sens. La situation est très différente sous nos latitudes. En ce qui concerne les communautés homosexuelles dans nos pays, il n’existe à l’heure actuelle aucune étude sur l’effet protecteur d’une telle intervention. Et en ce qui concerne les couples hétérosexuels, le bénéfice d’une telle mesure par rapport au coût qu’elle engendre (il faudrait circoncire quasi l’ensemble de la population masculine du pays pour réduire quelque peu le risque de transmission du virus) est inimaginable. Ce ne peut donc être en aucun cas une mesure de santé publique chez nous. Les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et d’Onusida en ce qui concerne cette intervention sont claires. Elles se limitent aux régions du monde où la prévalence de la maladie véhiculée par voie hétérosexuelle est importante. En gros, il s’agit de l’Afrique subsaharienne.