Six têtes d’affiche s’arrachent Liège

MATRICHE,JOEL; BODEUX,PHILIPPE; DELVAUX,BEATRICE

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Lundi 8 octobre 2012

Depuis la reprise de la dette par la Région, Liège retrouve des ambitions, incarnées dans la candidature Liège 2017. Si elle est retenue – décision le 22 novembre – cela va coûter 228 millions d’euros pour l’organisation et 408 millions d’euros pour la construction des infrastructures. Les Liégeois doivent-ils craindre un retour de l’endettement si le succès (6 millions de visiteurs attendus) n’est pas au rendez-vous ?

Michel Firket. C’est le pari du business plan : rapporter à la Ville et ne pas plomber ses finances. Ce projet fait plonger Liège dans la modernité, conforte sa dimension internationale, permet de développer un éco-quartier et donne à tous les Liégeois la possibilité de s’exprimer car il y aura 1.001 choses à faire pour cette organisation.

Bénédicte Heindrichs. Ce n’est pas l’expo pour l’expo qui est intéressante, c’est la politique de développement qui l’accompagne. Cette exposition nous fait travailler ensemble et nous donne des objectifs communs, comme cet éco-quartier.

Willy Demeyer. Ceux qui, comme Bouli Lanners, critiquent le projet d’expo sont des mauvais perdants : Liège 2017, c’est la candidature de tout un pays.

Raoul Hedebouw. Je suis étonné du consensus des quatre partis. On est en train de jouer au poker menteur. L’exposition universelle de Hanovre a laissé une ardoise de plus d’un milliard d’euros. Pour Liège 2017, les chiffres annoncés de fréquentation (6 millions de visiteurs en trois mois) sont basés sur du sable. C’est du bling-bling. Liège n’a pas besoin de ça, en période de crise. Nous, on préfère construire des logements publics, comme l’a fait Vienne dans les années 30 pour sortir de la crise.

Christine Defraigne. Raoul Hedebouw est toujours dans sa révolution marxiste et bolchevique ! Nous sommes dans une région économiquement sinistrée, il faut être créatifs. L’expo n’est pas une fin en soi, c’est un moyen. Un moyen pour rendre à Liège son statut de métropole, pour revitaliser Droixhe et Bressoux… C’est un levier : quand on investit un euro, c’est pour que ça nous en rapporte trois. Mais attention, il faut un monitoring budgétaire et financier pour éviter le retour à l’endettement.

François Schreuer. Nous reconnaissons la nécessité de positionner Liège sur des événements internationaux, de réfléchir à l’échelle d’un ensemble de 500.000 habitants mais pour ce qui est de Liège 2017, on nous promet du logement, de l’emploi alors que ce projet semble bâti sur du vide. On promet des choses aux gens, on les fait rêver sans leur dire qu’il est peu probable qu’on obtienne cette expo. On risque une forte gueule de bois fin novembre, lorsque le choix du BIE sera arrêté. D’autant que le risque financier de cette expo est réel, les informations que nous avons ne sont pas pour donner confiance. Ce projet 2017 n’est pas acceptable tel quel, il est urbanistiquement très pauvre, il est concentré sur la rive gauche et il n’est pas participatif comme l’était Liège 2015 que vous, la majorité, avez choisi de ne pas faire.

WD. Liège 2017 est un projet à dimension citoyenne et qui ne fera pas replonger la Ville dans l’endettement. Et n’oublions pas que c’est grâce à l’expo que nous avons obtenu le tram.

Raoul Hedebouw

Le fils de sidérurgiste est tête de liste du PTB+ qui comprend les candidats du PC. Porte-parole national du parti, il espère obtenir un siège au Conseil communal.

Bénédicte Heindrichs

Cheffe de file des Verts, elle est conseillère au cabinet Nollet. En 2006, Ecolo est passé de 8 à 6 sièges au Conseil. Redressera-t-elle la barre ?

Willy demeyer

Le bourgmestre sortant va-t-il asseoir son hégémonie, haussant son score (18.999 voix) et le nombre de conseillers (21) ? Sauf grosse surprise, il sera maïeur.

Michel firket

L’échevin de l’Urbanisme emmène les humanistes avec Anne Delvaux en soutien. Parviendra-t-il à regagner les 3 sièges perdus en 2006 (7 sièges au total) ? Sans Jean-Pierre Grafé, dur !

Christine defraigne

Elle succède à Didier Reynders à la tête des Bleus. Pas une mince affaire ! Si elle maintient le score de 2006 (14 sièges), ce serait déjà une victoire. Reste à entrer dans la majorité !

François Schreuer

Instigateur du mouvement citoyen Liège 2015, il s’est fait un nom en lançant Urbagora, association de réflexion sur la ville. Il se lance en politique à la tête de Vega (Verts à gauche). Et espère au moins un siège !

« A cause d’André Antoine, on a un mini-tram »

Le tram va soulager la rive gauche de la Meuse entre Sclessin et Coronmeuse. Mais va-t-il réduire la pression automobile au centre-ville et améliorer le cadre de vie en général ? Et si, comme mesure forte, on transformait le centre-ville en vaste piétonnier ?

FS. Oui, il faut étendre le piétonnier mais en évitant la gentrification (NDLR : phénomène urbain d’embourgeoisement). La piétonnisation ne doit pas être une fin en soi mais la résultante d’une politique globale de mobilité où le pouvoir public fournit des alternatives au tout à la voiture. Et là, le débat est mal posé. Exemple : aucun parti au pouvoir ne soutient le REL (NDLR : Réseau express liégeois). Quant au projet de tram, il ne fait que relier des parkings en périphérie au centre-ville en oubliant la rive droite de la Meuse qui reste une autoroute urbaine.

CD. C’est vous qui ne voulez pas de CHB !

FS. CHB (NDLR : achèvement du ring nord entre Cerexhe et Beaufays) n’est pas une solution, les études le montrent. Enfin, il faut des bus de nuit et, concernant le plan cyclable, on est très loin des standards qui permettent à en enfant de 10 ans de se rendre à vélo à l’école.

MF. Oui à la piétonnisation mais pas comme une pieuvre. Plutôt des espaces pacifiés dans plusieurs quartiers de la ville comme à la Médiacité ou en Outremeuse avec le départ du théâtre, place de l’Yser : 2 hectares à transformer en piétonnier même s’il y a des réticences parce que la voiture est mise en cause. Nous devons également accorder plus d’attention au stationnement riverains et redistribuer les lignes de bus.

WD. Je suis un adepte mais pas un fanatique des piétonniers. Le tram, on aurait voulu mieux, on va obtenir mieux. On commence par un premier tronçon, nous sommes dans le concret, monsieur Schreuer. Le REL, je l’ai demandé à la SNCB. J’ai reçu une lettre de convenance. Mais je continuerai. On va se battre pour l’avoir.

CD. La piétonnisation comme une tache d’huile, je ne suis pas chaude. Ce qui structure la mobilité c’est le tram. Or, à cause d’André Antoine qui a fait du chantage avec le centre sportif de haut niveau, on a un mini-tram. Oui aux poches de piétonnier mais on ne gommera pas l’usage de la voiture au centre-ville. Et là, on n’est pas mûrs.

BH. Oui à un piétonnier progressif. Premier écueil : la majorité avait promis un affichage dynamique de la disponibilité dans les parkings du centre-ville, on attend toujours… Deux, manque de concertation avec les commerçants. Trois, il faut développer la culture du déplacement doux. Un piétonnier, c’est un bras de levier puissant pour le développement économique. Regardons le succès de villes voisines comme Maastricht.

WD. Avec de l’habitat au-dessus des commerces !

RH. Je m’étonne qu’Écolo se réjouisse du succès des piétonniers commerciaux. Je ne suis pas du tout adepte du City Marketing qui consiste à mettre les villes en concurrence : tous les centres-villes deviennent identiques. Non au piétonnier centralisé : les gens ont besoin de proximité. Or, je constate qu’on a supprimé les bureaux de Poste. Quant au tram, c’est un tram touristique qui oublie les quartiers !

WD. Non, c’est faux !

BH. Le tram est conçu pour les Liégeois, pas pour les touristes !

« La requalification de Droixhe est un vrai fiasco »

On estime à 40.000 le nombre de personnes vivant à Liège sous le seuil de risque de pauvreté. L’accès au logement est pointé du doigt. Avec 3.000 logements inoccupés... et de grosses listes d’attentel. La requalification de Droixhe patine. Que faire ?

RH. La situation actuelle est le fruit d’une anarchie au niveau de l’offre et de la demande, sans régulation. Avec 9 % du parc total, l’offre en logements sociaux est insuffisante. Et c’est un accélérateur de pauvreté. Nous avons une proposition concrète : créer une société publique de construction de logements sociaux financée grâce à l’épargne des citoyens déposée dans une banque – publique : on a vu ce que ça donne de jouer en Bourse...

WD. Démagogie ! Liège n’a pas pour vocation d’accueillir tout le monde. Les solutions sont à rechercher au niveau de l’arrondissement. Pour Droixhe: vu que l’appel à partenaires privés a échoué, revenons à un opérateur public et allons plus loin dans la déconstruction.

CD. Je constate que 17 % des Liégeois vivent sous le seuil de pauvreté, 3.000 sont en attente d’un logement social et nous allons faire face à un boom démographique. On aura besoin de 14.000 nouveaux logements à l’avenir dont beaucoup pour des familles monoparentales. La loi sur la réquisition d’immeubles inoccupés a montré ses limites. Je préfère la carotte au bâton. Créons des incitants à la propriété, des primes à la réhabilitation des logements au-dessus des commerces. Faisons revenir la classe moyenne à Liège.

BH. J’ai envie de faire un aveu : ce bilan de la majorité est un mensonge. Sur une législature, on a plus démoli de logements sociaux qu’on en a construits. Le problème à Liège, c’est qu’on ne transforme pas le fric de la Région en briques (NDLR : 15 millions d’euros pour démolir les tours de Droixhe). Et à Droixhe, c’est la cata : Liège s’est entêtée à faire la requalification seule, à sa mode. C’est raté. Quant à l’AIS (NDLR : Agence Immobilière sociale), elle ne fonctionne pas depuis trois ans. Résultat : 400 candidats en attente. Côté logements inoccupés, la taxe ne fonctionne pas. Encore un échec ! Notre proposition consiste à accorder une prime aux propriétaires qui recréent un accès indépendant à leur immeuble pour que les étages redeviennent logements.

MF. Le secteur privé se porte bien dans l’agglomération – 1.000 demandes de permis par an – mais il est vrai que nous sommes victimes d’un exode urbain : nos commerçants, nos bourgeois partent habiter en périphérie et transforment leurs biens, à Liège, en immeubles de rapport, comme on dit pudiquement. La taxe sur les immeubles inoccupés doit être augmentée pour favoriser l’habitat aux étages des maisons commerciales.

FS. Je me réjouis que le PTB reprenne notre proposition de créer une société publique de construction de logements. Il faut mobiliser l’épargne citoyenne au service de projets publics, notamment en faveur du logement afin d’anticiper l’évolution démographique. En cela nous sommes d’accord avec Ecolo. Concernant les logements inoccupés, pourquoi avoir réduit la taxe ? Enfin, monsieur Demeyer, il est un peu facile de mettre Droixhe sur le côté alors que ce projet est un vrai fiasco et que les immeubles détruits n’ont même pas été amortis. J’aimerais aussi qu’on fasse un sort à la formule du PPP : il se généralise mais pour nous, ce n’est pas une solution car c’est une privatisation larvée.

Unanimité sur le déficit de police de proximité

Liège a 54 agents pour 10.000 habitants pour 48 à Bruxelles. Le budget de la police augmente de 5 % par an. Malgré cela Liège est lanterne rouge en matière de criminalité en Wallonie ? Faut-il encore augmenter le budget ? Ou est-ce la police qui doit travailler autrement ?

CD. Effectivement : entre 2010 et 2011, à part les vols dans les véhicules, toutes les atteintes aux biens et aux personnes sont en hausse. Il faut absolument optimiser les moyens : ceux-ci sont d’environ 60 millions par an, il faut en affecter une plus grande partie sur la police de proximité, les agents de quartier, les caméras de surveillance aussi même si tout le monde n’est pas d’accord là-dessus. Il faut aussi mieux sanctionner les incivilités au quotidien. Là où le bât blesse, c’est dans l’articulation entre police et justice. Quand la police arrête quelqu’un et que l’on retrouve cette personne dans la rue quelques heures plus tard, ça ne peut qu’accroître le sentiment d’insécurité.

BH. La police de proximité n’est visible qu’au centre-ville, il faut aussi la voir dans les quartiers. Écolo ne veut pas plus de bleu mais mieux de bleu. Nous plaidons aussi pour l’organisation de tables de concertation dans les quartiers, qui réuniraient la police et les forces vives. C’est un système qui donne de bons résultats au Québec. Enfin, il faudrait arrêter d’envoyer les policiers régler les problèmes sociaux, comme la toxicomanie et la mendicité, afin qu’ils puissent mieux chasser les voleurs.

RH. L’ensemble des études sociologiques démontre un lien entre l’insécurité et les problèmes de société. Pour paraphraser Victor Hugo, ouvrir une école, c’est fermer une prison. Il faut donc plus de prévention et quand on voit l’état des écoles à Liège, on n’est pas sur la bonne voie. Nous sommes aussi pour un renforcement de la police de proximité, on ne la voit pas assez dans les quartiers. Le PAB intervient quand le feu brûle déjà mais il faudrait plus de travail en amont. Nous ne sommes pas pour une hausse ou une diminution du budget de la police liégeoise mais pour une réorientation des moyens.

FS. Pour Vega, le débat est d’abord judiciaire car on voit que la hausse des moyens affectés à la police ne produit visiblement pas ses effets. Il faut être davantage dans la prévention. Pourquoi, par exemple, ne pas mettre plus de policiers à pied ou en vélo dans la rue ? Cette proximité, ce dialogue, permettrait que tout le monde, y compris les personnes âgées, trouve sa place dans l’espace public. De manière générale, il faudrait plus s’attaquer aux causes de la délinquance. Et pas seulement à ses conséquences. Nous voulons aussi que justice et police s’attaquent à la violence organisée, à la violence sur les lieux du travail, aux violences intrafamiliales – même si, dans ce domaine, beaucoup de progrès a été fait. Nous serions favorables à une diminution du budget de 4 à 5 millions par an.

MF. Comme dans toutes les grandes villes, les problèmes sociaux, d’éducation, d’enseignement sont à l’origine d’un grand nombre de faits d’insécurité. Il faut dire qu’on demande toujours plus de choses à la police, elle est parfois utilisée à tort et à travers par les citoyens, ce qui provoque un certain nombre d’interventions inutiles.

Pour le CDH, il ne faut pas plus de policiers, ceux-ci sont en nombre suffisant et leur équipement est de qualité. Mais ils doivent être davantage sur le terrain, plus proactifs. Concrètement, nous plaidons notamment pour une meilleure adaptation de leurs horaires de travail avec ceux des citoyens. Et en matière de toxicomanie, il faudrait que les agents soient plus mobiles, qu’ils puissent plus rapidement arriver sur les lieux. Il faut aussi que la justice et le parquet prennent leurs responsabilités en apportant une réponse plus rapide aux faits de délinquance. Mais cet aspect des choses relève du fédéral.

WD. Pourvu qu’on en assure l’évolution, le budget actuel de la police est suffisant. Je suis d’accord avec Raoul Hedebouw et Michel Firket sur l’origine sociale d’un grand nombre de problèmes en matière de sécurité. Mais n’oublions pas que Liège n’est pas fréquentée que par ceux qui y habitent : toute cette activité, tout ce passage entraînent des délits qui nous sont comptabilisés. Il faut tenir compte de cet état de fait lorsqu’on lit les statistiques de criminalité.

La police de proximité est active mais, c’est vrai, elle pourrait mieux faire. Nous pouvons la renforcer et la réformer mais il faut en rediscuter au conseil communal afin de nous mettre d’accord sur ce qu’il faut supprimer en contrepartie car choisir, c’est toujours renoncer.

CD. La police de proximité devrait mieux travailler avec les services sociaux. J’ai fait plusieurs propositions de textes et décrets allant en ce sens mais ils ont chaque fois été calés par les partis de gauche et par Écolo.

BH. C’est un aveu d’impuissance du PS, n’oublions pas qu’il est à tous les étages de la maison Justice. Et de toute façon arrêtons de dire que si les choses ne changent pas, c’est à cause de contraintes extérieures et du manque de moyens…

RH. Il faut arrêter avec les caméras de surveillance : si on les multiplie ainsi dans l’hypercentre, le résultat qu’on obtiendra, c’est de refouler la délinquance dans les quartiers. Il faut au contraire, je le répète, que les agents de quartier soient plus présents sur le terrain, que leur rôle social soit renforcé.

FS. Des dizaines d’études démontrent que la multiplication des caméras n’est pas productive, il faut cesser d’en mettre partout et les réserver à des usages bien précis.

MF. N’oublions pas que plus la police travaille et contrôle, plus les statistiques s’envolent. Il faut être conscient de ça. Pour résoudre les problèmes de sécurité, il faut tirer la ville vers le haut, la développer qualitativement, créer de la richesse pour pouvoir la partager. Une de mes propositions est de créer une sorte d’abri de jour pluridisciplinaire, un bâtiment d’accueil qui regrouperait des services aujourd’hui dispersés : police, assistants sociaux, distribution de méthadone, etc.

WD. Il y a effectivement un malaise en ce sens que nous avons un problème de toxicomanie et de paupérisation. Ce problème, il va falloir le résoudre mais je ne crois pas en la création d’une cour des miracles comme le propose Michel Firket. Nous sommes tous d’accord sur l’importance de la police de proximité mais pour le reste, ne forçons pas le trait et faisant croire que tout va mal. Enfin, pour ce qui est des caméras, je rappelle que leur usage est strictement encadré par une commission à laquelle participent tous les chefs de groupe. Ces caméras ne violent pas la vie privée et les quartiers en demandent, alors ils en auront.