La fin des bonbons « sûrs »

MARECHAL,GISELE

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Mardi 29 novembre 2011

Social Astra Sweet a fermé sa filiale Jacser à Dour

Usine fermée. Jacser (pour Jacques Servais), fabricant de cachets rafraîchissants, les « sûrs » comme on les surnomme dans le Borinage, a fermé ses portes, quasi sans sommation, le 18 novembre dernier. Dix-sept des 18 membres du personnel ont reçu leur feuille de préavis, avec les modalités pratiques, signée de la main de Filip Vanherpe, le patron de Astra Sweets, le concurrent flamand de Turnhout qui avait repris Jacser à la mi-2008 au couple Servais.

« Je suis très triste pour le personnel », soupire Thérèse Servais, qui avait créé cette entreprise voilà tout juste 60 ans avec son mari Jacques Servais. Octogénaires, ils avaient vendu l’usine à Astra Sweet.

Cette fermeture met 14 ouvriers, et 3 des 4 employés (un délégué commercial est sauvegardé) sur le carreau. « Jacser SCRL n’avait pas la taille requise pour avoir une délégation syndicale. Les travailleurs, syndiqués, ne veulent pas que leur usine meure en silence », confie François Homerin, secrétaire de la CSC – alimentation et services. Patrick Salvi (secrétaire régional SETCA) est là aussi, avec une poignée de travailleurs. « Nous formions une bonne équipe. Travailleuse ici depuis 40 ans, je me préparais à la prépension pour avril 2012. Je n’ai qu’un préavis légal », soupire Chantal Capouillez, qui a commencé à travailler ici à l’âge de 15 ans.

Maintenir l’outil

En front commun syndical, Setca, FGTB, et CSC vont interpeller les politiques locaux. « Dès aujourd’hui, nous avons informé Rudy Demotte de la situation. Nous devons mobiliser les députés de la région. Déjà, Carlo Di Antonio, le bourgmestre (CDH) a organisé une réunion entre syndicats et travailleurs. Il pourrait faire fonctionner ses relais à la Région wallonne. Il faut mettre les actionnaires (les Vanherpe) autour de la table, leur dire que la Wallonie sait les aider à conserver l’outil. » Michaël Herbots, (FGTB) croit savoir que les responsables de Astra Sweet comptent rapatrier les machines à Turnhout. Vont-ils enchaîner les portes de l’usine pour empêcher cela ? « C’est peine perdue, enchérit Chantal. C’est moi qui écolais les nouveaux arrivants sur la découpeuse. Ces machines sont exclusives. » Déjà, note Thérèse Servais, « depuis que nous avons remis l’usine de Dour, notre savoir-faire unique s’est détérioré. La recette de certains bonbons, arrangée par Astra Sweets, ne présente plus notre savoir-faire. »

Un bonbon exclusif, créé voilà 60 ans, est-il en train de se mourir sur l’autel de la mondialisation ? Syndicats, personnel, et créateurs ne veulent pas encore y croire.

En attendant, Astra Sweet a fermé l’usine en payant le personnel. « C’est légal. Auparavant, ses responsables ont repris les brevets des machines et des recettes des composants des bonbons, le carnet de commandes… C’est du vol ! », s’indigne François Homerin.