Rogner l’index des fortunés

DEMONTY,BERNARD

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Mardi 30 août 2011

Social Didier Reynders propose de limiter l’indexation automatique

Le ministre des Finances, Didier Reynders a mis, ce lundi, son grain de sel dans le débat sur la contribution des grandes fortunes pour résoudre les difficultés économiques du moment.

Interrogé par un auditeur de la RTBF, il a laissé entendre qu’il était favorable à la fin de l’indexation pour les salaires le plus élevés, ou, à tout le moins qu’on pouvait explorer une piste. « Pourquoi ne pas réserver l’indexation aux salaires les plus bas et à toute la classe moyenne ?, a indiqué le ministre des Finances. Prenons un exemple : l’année dernière, le Comité de direction de Belgacom s’est octroyé une augmentation de 35 %. Est-ce qu’il y a vraiment besoin d’une indexation des salaires dans ce cas-là ? »

Cette petite idée avait déjà été émise « à titre personnel » par le précédent gouverneur de la Banque nationale, Guy Quaden, en 2008, alors que la Belgique connaissait une poussée d’inflation. A cette époque, toute la classe politique s’opposait à cette initiative. Même le ministre des Finances, Didier Reynders, n’était pas très chaud : « Je crois qu’il y a énormément de personnes en Belgique qui éprouvent des difficultés à nouer les deux bouts et pas seulement dans les revenus les plus faibles. C’est d’ailleurs pour cela que la meilleure réponse, au-delà de l’index, c’est l’augmentation du revenu, du revenu de poche, du revenu net. C’est-à-dire une baisse d’impôt sur le revenu. » Il faut dire qu’à cette époque, il était surtout question d’exclure les moyens et les hauts salaires de l’indexation. Dans sa proposition actuelle, Didier Reynders n’exclurait que les grosses rémunérations.

« On ne touche pas à l’index »

Cette idée pourrait désormais faire son chemin. Les économistes sont de plus en plus nombreux à s’y rallier, sur base d’un constat : en deçà d’un certain revenu, les citoyens dépensent tout leur salaire. L’indexation les aide donc effectivement à faire face à la hausse du coup de la vie. « Mais à partir d’un certain niveau de revenu, les gens épargnent. L’indexation vient donc nourrir leur épargne et non plus les aider à faire face au coût de la vie. Est-il scandaleux de mettre fin à cette indexation ? Je ne le pense pas », dit un économiste.

Côté syndical pourtant, l’idée ne passe pas. Le mot d’ordre reste : « On ne touche pas à l’index. » Pour une raison, essentiellement : si l’on cesse d’indexer les gros salaires, cela signifie que les patrons et les personnes jouissant de confortables revenus du travail payeront moins de cotisations sociales. « Et là, on touche à un mécanisme essentiel de solidarité », dit-on au syndicat socialiste. Au moment où le gouverneur de la Banque nationale avait émis sa proposition, le syndicat libéral et la CSC avaient émis la même objection.

Une réforme de l’indexation automatique des salaires pourrait toutefois intervenir. La Banque nationale réalise actuellement une étude sur ce mécanisme, aux fins notamment d’en identifier les effets pervers. La Commission européenne, notamment, lui reproche de tirer anormalement les salaires et donc les prix vers le haut, ce qui minerait la compétitivité européenne et créerait des tensions sur la zone euro. Le fait de supprimer l’indexation pour les hauts revenus pourrait soulager un peu la pression mise ces derniers mois sur la Belgique.