« Nous ne sommes pas en pétard »

DEMONTY,BERNARD

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Lundi 11 avril 2011

Social Nous avons réuni les responsables de la CSC et de la FGTB

Juste avant la manifestation de Budapest, samedi, ils se trouvaient à quelques mètres l’un de l’autre. Nous leur avons demandé de se rapprocher pour évoquer « la » question : les deux plus grands syndicats du pays sont-ils toujours en pétard ? Moment d’hésitation. Puis Rudy De Leeuw, président de la FGTB et Claude Rolin, secrétaire général de la CSC se rapprochent. La réponse est : « Non ». Mais un petit non.

On sait que la question est délicate. Depuis quelques mois, il y a de l’eau dans le gaz entre les rouges et les verts. Précisément depuis qu’au début de l’année, la CSC a approuvé l’accord interprofessionnel, alors que la FGTB l’a massivement rejeté, tout comme d’ailleurs le syndicat libéral. Les deux grandes organisations auraient dû se rabibocher le 24 mars dernier, à l’occasion d’une grande manifestation contre l’austérité. Mais patatras : quelques jours avant le défilé, le syndicat socialiste décide de s’écarter du programme prévu de la manifestation, qui consistait à bloquer la rue de la Loi, et organise des cortèges aux quatre coins de la ville. Furibarde, la CSC, qui trouve cette démarche cavalière et dangereuse pour la sécurité, s’en va manifester seule au Heysel. Et le syndicat libéral décide de ne pas manifester du tout.

Depuis, les noms d’oiseau ont volé. La sortie la plus saillante est partie des métallos flamands, qui ont qualifié la manifestation de la CSC au Heysel d’« excursion scolaire à Mini-Europe. Ils ont même reçu les félicitations du patronat. »

Ces sorties dans la presse, et plus globalement, les divergences de ces derniers mois ont provoqué des tensions très fortes entre les deux organisations, y compris au sein des entreprises.

« On va tout remettre à plat »

Du passé ? Les deux responsables nationaux des syndicats ne se sont pas jetés dans les bras l’un de l’autre, samedi, mais on sent que la tension a baissé. « Nous avons eu une réunion la semaine passée. Le but était de se reparler après les incidents, après ces déclarations des uns et des autres, dit Rudy De Leeuw. Nous avons convenu du fait que les responsables et militants des deux syndicats devaient se comporter correctement, tant sur le plan syndical que déontologique. » Le responsable de la FGTB a également indiqué qu’il comprenait qu’il restait des cicatrices, mais que le front commun avait été créé dans l’intérêt des travailleurs. « Mais nous osons également prendre nos responsabilités seuls », ne peut-il s’empêcher d’ajouter.

Puis Rudy De Leeuw s’est éloigné, laissant le soin à Claude Rolin (CSC) de donner sa vision des choses, mais sans dialoguer avec lui devant nous, comme s’il subsistait une gêne, sinon une tension.

« Nous nous revoyons cette semaine pour arriver à avoir un comportement harmonieux. On va tout remettre à plat, dit Claude Rolin. Nous allons passer tous les dossiers de ces prochains mois en revue. Sur les enjeux, nous sommes d’accord, mais pas sur la manière de manifester. »

Le troisième syndicat du pays, la CGSLB tient également à ce que la concorde revienne. « Nous sommes d’accord sur les objectifs, dit Bernard Noël, responsable des « bleus ». Et il est impératif que les syndicats reviennent sur la même longueur d’onde. C’est crucial, vu les enjeux qui nous attendent, notamment sur l’indexation automatique des salaires. »

Officiellement, donc, les dissensions sont du passé. Pourtant, sur le terrain, la tension reste vive. « Ce n’est pas une petite rupture, dit un militant de la CSC. Dans les entreprises, notamment de la métallurgie, les oppositions entre syndicats ont été très vives, avec des conflits très durs, des insultes, parfois. Je ne pense pas avoir connu cela dans le passé. »

Samedi, vers 14h00, à Budapest, on s’attendait donc à voir les Belges manifester ensemble, contre les projets d’austérité. Hasard ou signe d’une tension qui subsiste : les trois organisations ont manifesté séparément. Une au début du cortège, l’autre au milieu, et la troisième vers la fin…