Société - A Visé, le théâtre facilite la cohabitation Les planches de l'intégration

DORZEE,HUGUES

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Jeudi 18 novembre 2004

Société - A Visé, le théâtre facilite la cohabitation

Les planches de l'intégration

* Visé, laboratoire du projet « Cultes et cohésion sociale ». En toile de fond : la mine et 40 ans d'immigration turque. Deux communautés mobilisées.

REPORTAGE

HUGUES DORZÉE

Il y a beaucoup trop de guerres à cause des religions (...) L'islam, on ne connaît pas bien (...) Chacun son Dieu, faut respecter. Mercredi matin, école communale Sarolay de Visé (Liège). Un cours de morale laïque pas comme les autres. Aujourd'hui : théâtre, action et mise en scène. Lâche-toi !, s'exclame Sylvain, le comédien animateur. Parle franchement de ce que tu vis ici et maintenant. Mi-fiers mi-gênés, Doriane et ses copains de sixième jouent sans filet.

Leur cadre : le projet « Cultes et cohésion sociale ». Un projet européen (Gand, Bruxelles, Rome, Lille et Grenade) à l'échelle locale sur le thème de la différence religieuse. Le manque de connaissances, le fantasme de l'« autre menaçant », les a priori galopants sont autant d'éléments qui jouent en défaveur de la cohésion sociale, relève Christophe Partoens, de l'AMO Reliance.

Visé (18.000 habitants, dont 10 % de musulmans d'origine turque pour l'essentiel) a donc pris les devants. En associant cinq écoles communales, trois cours philosophiques (morale laïque, religion islamique et religion catholique), les enseignants, les autorités locales... Objectif : amener les élèves de 10-12 ans à réfléchir, par le théâtre, sur leurs valeurs individuelles et collectives, à ouvrir le débat, à croiser les représentations...

Un projet pertinent, ancré dans la réalité de terrain. Visé est une ancienne cité minière. Il y a 40 ans, des centaines de travailleurs venus de Turquie débarquaient au charbonnage du Hasard. En 1977, la mine fermait ses portes. Au fil du temps, les immigrés turcs sont devenus des citoyens visétois. La communauté s'est structurée, s'est impliquée peu à peu dans la commune tout en conservant son identité propre. Un processus d'intégration lent, parsemé d'obstacles, mais extrêmement riche d'enseignements. C'est un projet négocié et progressif toujours en cours qui se construit de manière pragmatique, résume Christophe Partoens, coauteur avec Altay Manço, chercheur à l'Irfam, d'un livre à paraître chez l'Harmattan intitulé « De Zola à Atartürk : un « village musulman » en Wallonie ». En 40 ans de vie en commun, Visétois de souche et Belgo-Turcs ont appris à cohabiter : la mosquée Mimar Sina et le folklore local, les danses folkloriques et le foot, le pain pita et la cuisine du terroir...

Mais il reste encore un énorme travail de rapprochement, de connaissance mutuelle à réaliser, constatent les travailleurs sociaux. Pour combattre les stéréotypes (islam=terrorisme...), surmonter les barrages culturels (des imams venus de Turquie peu au fait de la réalité locale...), limiter les discriminations (des défunts inhumés au pays faute de cimetière adapté, le culte musulman 100 fois moins financé que les fabriques d'église locales...), permettre le rapprochement par-delà les différences. D'où le projet « Cultes et cohésion ». D'où la mobilisation de toutes les forces vives (commune, CPAS, tissu associatif...). D'où un important travail opéré sur la mémoire (l'histoire de cette immigration turque, le charbonnage d'antan...). Ce travail théâtral avec les enfants des écoles axé sur la différence religieuse est une piste parmi d'autres pour briser les clichés, permettre le dialogue et la rencontre, conclut Christophe Partoens. Pour ne plus que Doriane se dise : L'islam, on ne connaît pas bien.·