Harcèlement chez MacTac : une bien étrange affaire

DEFFET,ERIC; MARECHAL,GISELE

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Samedi 20 novembre 2010

Soignies La victime confrontée à la prescription, un « bourreau » gagnant

Vues et revues à la télévision, les images diffusées mercredi soir par RTL-TVI, en illustration d’une information de Paris-Match, ont de quoi heurter : dans un décor de hall industriel, on y voit un ouvrier se faire malmener par plusieurs collègues. Scandale chez MacTac, qui a pignon sur rue à Soignies. Mauvaise plaisanterie ? Harcèlement ? Le mot « tortures » est même lâché. Qu’en est-il ?

1Les faits. Les images diffusées à la télévision datent de 2002. Pourquoi ne sortent-elles qu’aujourd’hui ? Daniel M. y est raillé, bousculé puis ficelé sur des palettes à l’aide de ruban adhésif (la spécialité de MacTac). Selon la victime, les agissements violents à son égard ont duré une dizaine d’années, jusqu’à la fin de 2007. Daniel est ensuite tombé en congé de maladie. Les commentaires d’un des tourmenteurs ont été publiés par la DH. Extraits : « Tout ceci était un jeu (…) A aucun moment, on ne voit Daniel qui crie à l’aide ou qui se plaint. Il rit au contraire (…) Daniel était quelqu’un qui n’arrêtait pas d’embêter son monde (…) Il fallait bien que la situation éclate (…) C’est un peu lui qui a créé la situation. »

2Les réactions. Daniel M. en a sans doute bavé. Mais il ne s’est pas tout à fait laissé faire. En 2002 déjà, il se confie à un responsable de l’entreprise : la machine dont il a la charge a été sabotée. L’année suivante, il parle au même du film qui fait aujourd’hui scandale et il dénonce la situation, dit-il, auprès de la médecine du travail. « Cela n’a débouché sur aucune sanction », déplore-t-il aujourd’hui. En 2008, à son domicile, il reçoit la visite du responsable de la sécurité de MacTac et lui montre les images. Daniel M. dépose plainte en justice, enfin.

Poussée à réagir publiquement par la diffusion de la vidéo, MacTac dit aujourd’hui « avoir pris l’affaire très au sérieux et mis la victime au centre de ses préoccupations », tout au long des années litigieuses. Mais « la victime a refusé pendant plusieurs années de laisser visionner l’enregistrement ». Quand ce fut enfin fait, en janvier 2008, « nous avons immédiatement pris des mesures fortes, à savoir le licenciement immédiat des personnes concernées, dont un travailleur protégé ».

3Les développements judiciaires. « Les faits subis par la victime sont graves mais nous ne comprenons pas pourquoi elle a attendu 2008 avant de déposer sa plainte alors que les faits les plus récents remontent à 2002 et que la prescription est de cinq ans », a déploré mercredi la justice montoise. L’avocat de Daniel M. dénonce ce point de vue : les faits se sont poursuivis jusqu’en 2007, note-t-il. Vingt-cinq personnes sont inculpées dans cette affaire. En janvier, la chambre de conseil devra décider de les renvoyer ou non devant le tribunal.

Mais il y a une affaire dans l’affaire. Vendredi, Het Laatste Nieuws révélait que Lucien J., le « travailleur protégé » licencié (en fait un délégué CSC, syndicat qui qualifie les faits d’« odieux ») a obtenu gain de cause devant les juridictions du travail pour licenciement abusif.

Information confirmée vendredi à Mons par l’auditorat du travail : « Le tribunal du travail a relevé une faute de procédure lors du licenciement et imposé à MacTac la réintégration du délégué. L’entreprise a fait appel. Dans un arrêt du 5 septembre 2008, la cour du travail a confirmé ce jugement et condamné MacTac à verser 250.000 euros à Lucien J. en contrepartie de son refus de le réintégrer. »

Ce qui fut fait.