Son Q.G. investi, Kadhafi s’est volatilisé

LOOS,BAUDOUIN; ASSOCIATED PRESS; AFP; MOUNIER-KUHN,ANGELIQUE

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Mercredi 24 août 2011

Tripoli est-elle tombée aux mains de rebelles ? Si, lundi soir, la réponse à cette question semblait évidente, dans le sens que l’arrivée des insurgés la veille, accueillis par des youyous par des foules en liesse, donnait à penser qu’il ne s’agissait plus que d’une question d’heure, on sait maintenant qu’il convient de lire les bulletins de victoire du CNT (Conseil national de transition, organe dirigeant des rebelles à Benghazi) avec beaucoup de circonspection. En effet, alors que le CNT, par la voix tout de même de son président avait annoncé l’arrestation du remuant fils préféré de Kadhafi, Seif al-Islam, ce dernier faisait son apparition, libre comme l’air et plus déterminé que jamais, dans l’hôtel où résident – ou sont retenus prisonniers, comme ils disent le craindre – les journalistes occidentaux (lire par ailleurs). « Je suis là pour démentir les mensonges », avait déclaré un Seif al-Islam, presque goguenard

Ce mardi en fin début de soirée, pourtant, un journaliste de l’Agence France Presse annonçait que le vaste quartier général de Kadhafi, le fameux « compound » connu sous les nom de Bab el-Aziziya, était tombé aux mains des rebelles après de durs combats qui ont duré plusieurs heures et coûtèrent la vie à un nombre inconnu de combattants dans les deux camps (plusieurs corps jonchaient le sol dans l’enceinte de la résidence du leader libyen, précisait l’agence française). « Bab al-Aziziya est entièrement sous notre contrôle, le colonel Kadhafi et ses fils n’étaient pas sur place », indiquait le colonel Ahmed Omar Bani, qui s’exprimait toutefois non depuis Tripoli mais à Benghazi, la capitale rebelle dans l’est du pays. Kadhafi volatilisé ? A l’heure où nous mettions cette édition sous presse, le « guide de la révolution libyenne » restait en tout cas toujours introuvable…

Mû par un réflexe de prudence, le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, accueillait les informations disponibles avec des commentaires pesés : « Ils vivent leurs derniers jours mais ce n’est pas encore la fin, déclarait-il sur la BBC et Sky News. Je pense qu’il s’agit d’une victoire historique, qu’ils aient pu pénétrer dans le quartier général. Mais, de la même manière, nous avons tous appris ces derniers mois à ne pas nous laisser emporter par l’actualité, d’autant que des problèmes gigantesques pourraient encore surgir ».

L’AFP rapportait cependant qu’à Tripoli des rafales de tirs d’armes automatiques, de sourdes détonations étaient entendues à travers toute la ville, pour saluer de manière enthousiaste et bien libyenne la chute de Bab el-Aziziya. « Nous avons remporté la bataille militaire. Ils ont fui comme des rats ! », déclarait alors Abdelhakim Belhaj, le commandant militaire des rebelles à Tripoli en direct sur la chaîne arabe Al-Jazira. « Les rebelles ont pris des stocks de munitions, des fusils mitrailleurs des pistolets », précisait le correspondant de l’AFP.

L’américaine AP, de son côté, confirmait l’irruption des rebelles dans ce secteur sans confirmer qu’il était entièrement tombé. Elle citait Abdel-Aziz Shafiya, 19 ans, un jeune homme originaire de Misrata : « Je ressens une explosion de joie à l’intérieur. J’ai perdu des amis et des proches, et je peux maintenant marcher dans la résidence de Kadhafi. Beaucoup de mes amis sont morts et tout ça maintenant veut dire quelque chose »…

Pour autant, une certaine confusion continuait de régner dans la capitale libyenne hier soir où personne n’était en mesure d’indiquer avec certitude l’état de la situation d’un point de vue militaire.

Par ailleurs et si l’on en croit les informations du CNT, les rebelles avançaient également en dehors de Tripoli. « Nos combattants ont avancé de plus de 40 kilomètres au-delà de Brega (la grande cité pétrolière, NDLR). Nous avons dépassé la localité de Bishr, nous serons ce soir à Ras Lanouf », disait un communiqué ce mardi.

Si cette localité tombait, il ne resterait plus que Syrte comme ville importante sous contrôle du régime chancelant de Mouammar Kadhafi. Et Syrte, c’est le berceau du clan Kadhafi, la région de sa naissance… Le dictateur libyen aurait-il réussi à gagner cette ville pour organiser l’ultime résistance ? « Nous sommes désormais convaincus que Kadhafi a quitté Tripoli, déclarait pour sa part Fathi Terbel, un membre influent du CNT à Benghazi. Mais sa capture n’est plus qu’une question de temps. »

Pagaille oU mensonge ?

Saïf al-Islam était libre

Confusion monstre ou mensonge délibéré de la part des rebelles ? Donné pour arrêté dans la nuit de dimanche à lundi, Saïf al-Islam, le deuxième fils de Kadhafi, est réapparu 24 heures plus tard à l’hôtel Rixos de Tripoli… libre comme l’air. La barbe épaisse, les traits tirés, mais le sourire étincelant, le « glaive de l’Islam », en T-shirt kaki et pantalons de treillis, s’est offert le luxe provocateur de parader en voiture en divers points de Tripoli, et même celui de quelques poignées de mains avec des sympathisants. « Je suis là pour réfuter toutes les rumeurs et les mensonges », a-t-il notamment déclaré à la BBC, assurant que « la situation en Libye est excellente » et que les « rebelles, les rats et les gangs » avaient été brisés. Pour aussi peu plausibles qu’aient été ses déclarations hardies, démenties par la prise par les combattants rebelles mardi dans l’après-midi de Bab al-Azizyia, le QG de Kadhafi, sa mise en scène nocturne a réveillé la défiance à l’égard du Conseil national de transition (CNT). Dimanche, ni les circonstances de sa supposée capture, ni son lieu de détention n’avaient été communiqués. Mais son arrestation, éminemment symbolique à l’heure où la rébellion opérait une percée décisive,

avait été confirmée – par Moustapha Abdlejalil, le président de l’organe politique des rebelles. Le président du CNT a ensuite refusé de répondre aux questions des journalistes lors d’une conférence de presse à Benghazi. Pas plus qu’il n’a commenté le cas de Mohamed Kadhafi, le fils aîné du colonel, qui avait lui aussi été arrêté dans la nuit de dimanche. D’après des sources rebelles anonymes citées par les médias étrangers, ce dernier s’est évadé lundi de la résidence où il était gardé.