Sous les frimas paisibles de l'Eifel, de Montjoie à Cologne BALADE - Paysages sereins et routes en lacets pour découvrir le patrimoine germanique. De petites cités pittoresques émaillent un circuit à travers l'Eifel allemand et conduisent le visiteur vers Cologne et Aix-la-Chapelle. POUR Y ALLER Cologne, il y a deux mille ans

JENNOTTE,ALAIN

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Vendredi 9 janvier 2004

Sous les frimas paisibles de l'Eifel, de Montjoie à Cologne

BALADE - Paysages sereins et routes en lacets pour découvrir le patrimoine germanique. De petites cités pittoresques émaillent un circuit à travers l'Eifel allemand et conduisent le visiteur vers Cologne et Aix-la-Chapelle. ALAIN JENNOTTEOn pourrait suivre des heures durant, sans se lasser, les somptueux virages qui serpentent à travers les paysages calmes et superbes de l'Eifel allemand. À quelques encablures des Hautes-Fagnes belges s'ouvre un univers tout proche mais cependant méconnu, fait de forêts, de petites rivières et de villes qui, au coeur de l'hiver, ressemblent à ces petites boules de verre que l'on retourne et que l'on secoue pour y faire tomber la neige.

Dès que l'on arrive à Montjoie, sitôt passée la frontière, le décor est planté. La Rur s'engouffre à gros bouillons dans cette ville miniature, célèbre pour son marché de Noël et ses superbes façades, comme celle de la « Maison rouge », ayant appartenu à un riche drapier du XVIIIe siècle, et dont les rouges légèrement rosés rappellent les badigeons mosans.

On prend alors la route à travers l'Eifel pour s'élever lentement, de virage en virage, vers son point culminant, le Hohe Acht, dont le panorama révèle une sérénité froide et boisée.

Avant de rejoindre Cologne, un détour s'impose par Bad Münstereifel. Passé le porche de pierre de cette petite bourgade à deux heures et demie à peine de Bruxelles, on a l'impression d'entrer de plain-pied dans un chromo délavé décorant une vieille boîte de biscuits. Une impression que renforcent la petite église au clocher rouge et les carillons qui plongent le visiteur dans un vieux conte d'Hoffmann ou d'Achim d'Arnim.

La plus ancienne des grandes villes germaniques, Cologne (Colonia Agrippina), doit son nom à Agrippine, la femme de Claude, née sur les bords du Rhin aux premières années de notre ère. Cette colonie romaine devenue rapidement chrétienne a pesé sur l'histoire mouvementée du Saint-Empire, grâce à l'influence de ses puissants archevêques.

La ville est dominée par la masse presque écrasante de sa gigantesque cathédrale, dont les tours culminent à 157 mètres et qui, lorsqu'elle apparaît pour la première fois au visiteur qui s'approche de la ville, semble être toute d'acier et cadenassée d'énormes rivets.

Mais cet imposant édifice gothique, dont la construction aura duré pas moins de six siècles et dont les 509 marches ont épuisé maints autocars de touristes, est loin d'épuiser l'intérêt de la cité rhénane. Un détour par les musées Wallraf-Ritcharz et Ludwig s'impose, pour leurs riches collections où l'on pointera notamment des oeuvres du Moyen Age allemand mais également des périodes Pop'art et Dada.

Sur la route du retour, Aix-la-Chapelle, toute proche de Liège, boucle le circuit. La ville carolingienne fut celle du sacre des rois germaniques. On ne manquera pas le trésor de la cathédrale, classée comme premier bâtiment allemand dans le patrimoine culturel de l'Unesco. La Belgique n'est plus qu'à une dizaine de minutes.

POUR Y ALLER

Au départ de Bruxelles, il faut compter environ 150 kilomètres pour rallier Montjoie, point de départ du périple à travers l'Eifel allemand. Un trajet qui ne demandera guère plus de 1 h 50 mn.

Emprunter l'autoroute E40 jusqu'à Eupen (sortie 38). À partir du centre d'Eupen, suivre la direction Montjoie (en allemand : Monschau). Des parkings (souvent payants) permettent de laisser son véhicule à l'extérieur de cette petite ville largement piétonnière.

En quittant Montjoie, prendre la N258 en direction de Schleiden puis suivre les plaques « Nürburgring » à travers les paysages magnifiques de l'Eifel allemand. A proximité du petit village d'Adenau, prendre une route en lacets sur quelques kilomètres pour atteindre le superbe point de vue du Hohe Acht. D'où l'on redescendra pour reprendre la route B257 puis la B51 en direction de Bad Münstereifel. Là également laisser moto ou voiture en dehors du périmètre de la vieille ville.

Pour pousser jusqu'à Cologne, l'autoroute est ensuite le chemin le plus commode. Un bon plan est de se garer à proximité de la gare, pour déboucher directement au coeur historique de la vieille cité rhénane.

De Cologne, le visiteur se transportera en une quarantaine de minutes jusqu'à Aix-la-Chapelle (Aachen) en suivant les panneaux Köln West pour retrouver l'E40.

A.Je.

À lire. Le guide vert de l'Allemagne (Michelin, 2002, 13,02 euros). Le guide du routard de l'Allemagne (2003, 13,26 euros).

A goûter. Dans les bonnes boulangeries de l'Eifel, le pain traditionnel aux oignons, les couques au gingembre et les « printen », biscuits au chocolat.

Le Musée romano-germanique. Ouvert du mardi au dimanche de 10 à 17 heures. Entrée : 4,30 euros. 4, Roncalliplatz, Cologne.

Le trésor de la cathédrale d'Aix-la-Chapelle. Ouvert le lundi de 10 à 13 heures et du mardi au dimanche de 10 à 18 heures. Nocturne le jeudi jusqu'à 21 heures. Entrée : 2,50 euros. Klostergasse, Aix-la-Chapelle.

Hôtels. A Cologne, l'hôtel Buchholz, Kunibertsgasse 5. Chambres doubles à partir de 109 euros. À Montjoie, l'hôtel Graf Rolshausen, Kirchstrasse, 33. Chambres doubles à partir de 64 euros ; + 49-(0)2472 2038).

Restaurant. A Bad Münstereifel, Landgasthaus Steinsmühle, 122 Kölnerstrasse. Tél : + 49-(0)2253 950611 dans un vieux moulin à eau du XVe siècle.

Cologne, il y a deux mille ans

C'est au cours de travaux de terrassements entrepris en 1941 et destinés à la construction d'un abri antiaérien que l'on découvrit, à l'ombre de la cathédrale, les ruines d'une importante villa romaine sur laquelle le musée romano-germanique fut bâti juste après la seconde guerre mondiale, alors que le centre historique de Cologne était aux trois quarts détruit.

Au coeur de ce musée passionnant, on trouve de magnifiques mosaïques, comme celle de « Dyonisos », et celle des « philosophes », qui datent du troisième siècle. On y voit aussi la reconstitution du mausolée d'un légionnaire vétéran, Lucius Publicius, datant des environs de l'an 40 de notre ère.

Le musée renferme également une des collections de verrerie de l'époque romaine parmi les plus réputées au monde. De nombreux objets laissent supposer une vie quotidienne qui ne devait pas manquer de confort et de sophistication pour les familles les plus aisées de la florissante colonie.

Et il est difficile de ne pas se sentir touché par une très émouvante stèle funéraire antique, d'une simplicité presque fruste, gravée à la mémoire d'un enfant, mort à l'âge de neuf jours.

A.Je.