SPECULATIONS AUTOUR DE LA DATE DU PREMIER ESSAI FRANCAIS MURUROA ET LE SILENCE DE LA MER

ASSOCIATED PRESS; AFP

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Mardi 5 septembre 1995

Spéculations autour de la date du premier essai français

Mururoa et le silence de la mer...

Privée de ses deux principaux navires, Greenpeace garde la volonté d'empêcher le premier tir nucléaire français, dont la date fait l'objet de toutes les spéculations. L'armée se refuse à tout commentaire. Mais elle prépare son plan de bataille pour conserver l'avantage sur le terrain médiatique.

Après avoir montré son efficacité lors de l'arraisonnement du «Rainbow Warrior II» et du «MV Greenpeace », vendredi dernier, elle devrait de nouveau fournir très rapidement des images du tir. Le premier d'une série de huit - sept, si tout va bien -, programmés «à partir du 1er septembre» et jusque mai de l'année prochaine, au plus tard.

Aucun journaliste n'est présent à Mururoa, site des essais français. Mais le service de presse des armées (Sirpa) à Papeete fonctionne en continu et une vidéo-conférence pourrait être organisée avec le site des essais juste après l'essai.

PREMIER TIR IMMINENT

En attendant, le temps des rumeurs a commencé. Dimanche, le « Tui», navire océanographique de la Marine néo-zélandaise présent au large de l'atoll polynésien, a annoncé dimanche avoir dans la nuit enregistré des «bruits suspects», au nombre de huit, qui auraient pu selon lui résulter d'une explosion nucléaire et de ses ondes de choc. L'armée française a aussitôt démenti. Et hier, la Défense néo-zélandaise a admis qu'il pourrait s'être agi d'une baleine nageant trop près des micros...

L'hypothèse la plus répandue à Papeete est que le tir aura lieu en début de cette semaine. C'est aussi ce que pense Greenpeace. L'organisation écologiste a d'ailleurs annoncé son intention de tenter avec les moyens qui lui restent une nouvelle action dans la zone interdite des 12 milles nautiques pour essayer d'empêcher la reprise des essais. Les Français peuvent arrêter nos militants, pas notre protestation, a déclaré l'un de ses représentants. Greenpeace dispose encore de deux bateaux aux abords de Mururoa: le «Vega» et le « Manutea», arrivé samedi avec une quinzaine de personnes à son bord.

Sans attendre, le «Kidu», un petit voilier français participant à la «flottille de la paix» a franchi dimanche matin la limite de la zone interdite autour de Mururoa. Il s'agissait, selon l'armée, de la quatrième fois en quelques jours. La Marine française a pris le contrôle du bateau et l'a remorqué vers Mururoa où il a été saisi. Les deux passagers du «Kidu», un homme et une femme, ont été placés en garde à vue à la gendarmerie de la base. De source militaire, on indique que six autres bateaux de la «flottille de la paix» se trouvent entre 15 et 20 milles nautiques (30-40 kilomètres) au nord-ouest de Mururoa.

Malgré l'incident du «Kidu», le dispositif de surveillance a été allégé, comme l'avait annoncé Paris. La frégate «Vendémiaire» a été chargée du remorquage du «MV Greenpeace» vers Hao, une opération qui a débuté dimanche matin. Le «Rainbow Warrior» l'avait précédé samedi soir. Les deux bateaux doivent mettre environ deux jours pour rallier l'atoll. La décision de les laisser repartir ou de les confisquer pour la durée de la procédure sera prise après leur arrivée à Hao. (AFP, AP.)