Stephenne (GSK) : « Un bouclier pour l’emploi »

DE VOGELAERE, JEAN-PHILIPPE; MUNSTER,JEAN-FRANCOIS

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Samedi 7 février 2009

Jean Stephenne est serein au lendemain de l’annonce par GlaxoSmithKline de l’extension de son plan d’économies (Le Soir de vendredi).

Le grand patron mondial de la division « vaccins » au niveau mondial ne nourrit pas d’inquiétude pour les implantations belges du géant pharmaceutique : « Nous ne sommes pas touchés parce que nous avons de nouveaux produits en préparation. C’est aussi simple que cela », a-t-il expliqué au Soir. Il insiste : « En Belgique, le meilleur bouclier pour l’emploi, c’est une recherche performante. »

Jean Stephenne se dit également confiant sur la capacité de la Wallonie à faire face à la crise : « Elle va résister beaucoup mieux qu’elle ne l’aurait fait par le passé, dit-il. A l’exception de la sidérurgie, nous n’avons pas d’activités fort exposées. »

P.50 entretien

GSK Bio vacciné contre la restructuration

Pharma Jean Stephenne confiant pour les sites belges : « Le meilleur bouclier pour l’emploi, c’est une recherche performante »

Au lendemain de l’annonce par GSK d’une lourde restructuration, Jean Stephenne, patron de la division « vaccins » au niveau mondial (Biologicals) et architecte du développement considérable de cette entreprise en Wallonie, nous a reçu afin d’évoquer l’avenir des implantations belges et la crise. L’homme s’affiche d’emblée décontracté et serein. Comme si l’ouragan qui soufflait au sein de son groupe et de toute l’industrie pharmaceutique ne le concernait pas vraiment.

« Nous ne sommes pas touchés par cette restructuration parce que nous avons des nouveaux produits en préparation. C’est aussi simple que cela. » Une recherche efficace et un « pipeline » (nombre de médicaments en développement) bien fourni, voilà le meilleur bouclier qu’on puisse imaginer pour les emplois belges de GSK Bio (6.000 personnes). Jean Stéphenne ne cache pas son optimisme. « Nous avons trois nouveaux vaccins qui doivent assurer notre croissance immédiate. Le Rotarix (diarrhée du nourrisson), le Cervarix (cancer du col de l’utérus), lancé en Europe l’année dernière et dont nous espérons l’enregistrement aux Etats-Unis cette année, et enfin le Synflorix (antipneumocoque) que nous lancerons en mars. Des dossiers d’enregistrement vont aussi être introduits cette année pour un vaccin anti-méningite et pour la grippe prépandémique. » A plus long terme, la relève est déjà assurée. « Nous sommes en phase 3 ( NDLR : dernière phase d’essais cliniques avant la commercialisation) pour un vaccin contre la malaria. Il va être testé auprès de 16.000 enfants dans sept pays africains. Phase 3 également pour un vaccin thérapeutique contre le cancer du poumon. Nos études

démontrent qu’il augmente le taux de survie de 50 %. » Le défi est maintenant de faire aboutir ces programmes de recherche et de réussir la commercialisation. Objectif ? Une croissance à deux chiffres chaque année, comme ce fut le cas en 2008. « Vu la forte demande, le marché des vaccins devrait progresser de 12 à 15 % par an ces dix prochaines années, ce qui est plus rapide que le marché pharmaceutique traditionnel. Nous voulons croître plus vite que le marché. »

La chance de la filiale belge, c’est d’être spécialisée dans un secteur considéré comme prioritaire par le nouveau CEO de GSK, Andrew Witty. « Il veut des produits qui offrent un réel bénéfice aux systèmes de soins de santé des différents pays. C’est le cas des vaccins. Trop souvent, l’industrie pharmaceutique s’est comportée comme une industrie de grande consommation, fabricant des produits sans beaucoup de valeur. Cela a terni son image. »

La crise ? Elle l’inquiète même si elle ne touche pas son secteur pour l’instant. « C’est la fin de la spéculation. La fin de l’économie artificielle. » L’ancien patron de l’Union wallonne des entreprises estime néanmoins que sa région est plutôt bien armée pour affronter ces temps difficiles. « Je crois que la Wallonie va résister beaucoup mieux qu’elle ne l’aurait fait par le passé. Elle souffrira, c’est certain. Mais à l’exception de la métallurgie, nous n’avons pas de pans d’activité fort exposés. Notre réseau d’entreprises est plus dense, celles-ci sont plus innovantes. » Il pointe néanmoins la persistance d’importantes faiblesses. « Nous n’arrivons pas à résoudre le fait que trop de jeunes sortent de l’école sans formation. C’est inquiétant. Ne faudrait-il pas étendre le système de la formation en alternance pour donner aux jeunes le goût d’un métier ? » Autre faiblesse : le manque d’incitants au travail pour les moins qualifiés. « Il faut résoudre le problème des pièges à l’emploi, étendre le système des titres-services. Rappelons que malgré la crise, il y a toujours des postes à pourvoir pour lesquels les entreprises ne trouvent pas de candidats. »

« Tant que je m’amuse, je reste »

Jean Stéphenne fait preuve d’une longévité aux commandes de GlaxoSmithKline qui en rassure plus d’un.

D’aucuns s’inquiètent de votre éventuel départ. Qu’en est-il ?

J’ai des cheveux blancs, et soixante ans en 2009, mais certains de mes collaborateurs me voient encore actif pendant vingt ans. J’ai ainsi encore jusqu’à mes 80 ans avant de prendre une décision. Je ne donne donc pas de date, mais tant que la passion ne diminue pas et que je m’amuse…

Rixensart et Wavre vont-ils

continuer à se développer ?

Plus que jamais vu que notre pipeline de vaccins est excellent. C’est d’ailleurs comme cela qu’on va maintenir l’emploi. Nous allons cependant, comme en 2004, marquer cette année un temps d’arrêt dans le recrutement. Ces quatre dernières années, ce sont tout de même 2.000 personnes qui ont rejoint l’équipe. Il importe à présent que les gens apprennent à se connaître et à travailler ensemble. L’on notera aussi au passage que nous avons toujours su garder la proportion de 30 % de cadres, de 40 % d’employés et de 30 % d’ouvriers depuis douze ans. Et si l’on fait aussi appel aujourd’hui à des intérims et à des contrats à durée déterminée, c’est pour nous permettre plus de flexibilité. Vous savez, on investit parfois deux ans avant de commercialiser un vaccin…

D’où les travaux

Vous avez pu voir en venant la finalisation de notre QG mondial administratif et de développement. Ce sera pour la deuxième partie de l’année avec plus de 1.200 bureaux pour un investissement de 80 millions d’euros. En face, là où une petite Butte du Lion se forme, nous entamons un bâtiment d’industrialisation (étape entre la recherche et la production), pour quelque 150 millions d’euros. Sans oublier un bâtiment de formulation (étape entre le vaccin concentré et celui sous forme injectable ou buvable par les patients) pour la même somme. Et dans 12 à 18 mois, peut-être un ou deux bâtiments de production…

Avec des soucis de mobilité ?

Les problèmes, on les connaît déjà. Moi, je vais de Rixensart à Wavre tous les jours. Je compte les trous. Et le personnel, lui, perd une heure le matin et une heure le soir dans les files. Pas évident pour la vie de famille… Ce qui fait que nous avons lancé des pistes pour le covoiturage et une navette de rabattement vers les gares. Le réaménagement de la chaussée des Collines va permettre un mieux, mais ce que nous attendons, c’est le contournement nord de Wavre. C’est d’une nécessité vitale.