SUCCES AERMNIEN ET MENACE TURQUE APRES 4 ANS DE GUERRE DANS LE CAUCASE:KARABAKH: LE COULOIR DE LA VIE EST OUVERT

AFP; ASSOCIATED PRESS

Page 8

Mercredi 20 mai 1992

Succès arménien et menace turque après quatre ans de guerre dans le Caucase

Karabakh: le «couloir de la vie» est ouvert

Tournant critique dans le conflit sanglant qui oppose depuis quatre ans deux républiques du Caucase: le «couloir» du Karabakh est ouvert.

Victoire importante, peut-être décisive, dans l'évolution d'un conflit qui dure depuis quatre ans: les forces arméniennes ont commencé mardi à acheminer des approvisionnements vers l'enclave du Nogorny-Karabakh par le couloir qu'elles ont réussi à ouvrir lundi avec la prise de la ville de Latchine. Un convoi de 50 camions transportant du carburant, de la farine, du beurre et de l'huile devait quitter Erevan dans la journée.

Selon le ministère arménien des Affaires étrangères, ce serait les forces de défense du Nagorny-Karabakh qui ont levé le blocus et ouvert un couloir devant permettre d'envoyer à la population assiégée des vivres, des médicaments et d'autres biens de première nécessité. Un convoi arménien transportant des soldats blessés a quitté le Nagorny-Karabakh lundi avant de parvenir en quelques heures en Arménie, a rapporté l'agence Itar-Tass.

Simultanément, les combats sont signalés au Nakhitchevan, république autonome azerbaïdjanaise enclavée entre la Turquie, l'Arménie et l'Iran, située sur la frontière turco-arménienne. Les forces arméniennes l'ont attaquée lundi, en invoquant le «droit à la défense».

Succès arménien, l'ouverture du couloir est pour l'Azerbaïdjan un cuisant revers militaire. Alors que la situation politique dans sa capitale, Bakou, s'avère de plus en plus instable, le pays s'enfonce dans une profonde crise véritablement nationale. A Latchine, en effet, les forces arméniennes semblent avoir rencontré peu ou pas de résistance de la part des soldats azerbaïdjanais. Ils ont quitté Latchine dans des chars T-72 et des véhicules blindés, abandonnant la ville sans en avoir reçu l'ordre.

Bref, l'Azerbaïdjan a pratiquement perdu la guerre avec l'Arménie, ou, comme disait lundi Isa Gambarov, nouveau président du Parlement et président par intérim de l'Azerbaïdjan: Nous avons perdu la première partie de la guerre. Nous continuerons le combat.

TURQUIE: AVERTISSEMENT

Mais alors que les officiels du Front déclarent en public qu'ils ne souhaitent pas «internationaliser» le conflit, nombreux sont ceux qui, en privé, expriment l'espoir que la Turquie leur viendrait en aide, directement ou au moins en fournissant armes et finances. Selon un accord de 1920 entre l'Union soviétique et la Turquie, cette dernière est le garant formel de l'intégrité territorial du Nakhitchevan. Nos frères en Turquie ont subi des pressions pour qu'ils restent en dehors de tout ça, mais maintenant ils ont un droit d'intervenir, a estimé un député azerbaïdjanais. Le président turc Turgut Ozal, en convalescence à Houston (Texas) à l'issue d'une opération chirurgicale, s'est prononcé pour l'envoi de troupes au Nakhitchevan. Il faut les envoyer sans hésitation, sinon les événements du Nagorny Karabakh pourraient s'y répéter, a dit M. Ozal. Selon lui, il faut reprendre aux Arméniens Choucha et Latchine pour rétablir l'ancien statu quo et commencer des négociations. Le gouvernement turc a durci sa position. Il a appelé la communauté internationale à assumer ses responsabilités en vue d'empêcher la création d'une situation irréparable. L'Arménie sera tenue responsable d'éventuelles conséquences si elle ne change pas son attitude agressive, selon le communiqué du gouvernement turc.

L'Iran s'est manifesté également. La poursuite des combats entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie peut favoriser l'intervention des forces étrangères, a estimé mardi Radio-Téhéran. L'occupation de Latchine par l'Arménie et l'offensive arménienne contre le Nakhitchevan sont une violation flagrante du droit international, et constituent une agression contre un pays voisin, a ajouté la radio officielle.

MOLDOVA: 23 MORTS

En Moldova, les combats entre loyalistes moldoves et séparatistes russes dans la région du Trans-Dniestr ont fait, depuis lundi, au moins 23 morts et 87 blessés.

Ces combats, qui ont commencé dimanche, se poursuivaient mardi. Depuis que la région a voté en faveur de l'établissement d'une république de Dniestr et de sa sécession de la Moldova il y a six mois, les affrontements ont fait environ 160 morts. (D'après AFP, AP.)