SUICIDE DE PATRICK ET TAEKO CROMMELYNCK

GUILLAUME,ALAIN; FRICHE,MICHELE

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Mardi 12 juillet 1994

Ils formaient un duo de pianistes renommés

Suicide de Patrick et Taeko Crommelynck

Au cours du week-end, la police locale a découvert, à Auderghem, les corps de Patrick et Taeko Crommelynck, deux pianistes classiques bruxellois de renom. L'homme et la femme (d'origine japonaise) s'étaient donné la mort par pendaison.

A leur arrivée, les policiers ont découvert un désordre considérable dans la demeure du couple, des traces de lutte, des traces de coups sur les deux corps. Plus que tout, les policiers judiciaires étaient intrigués par le fait que le corps de Patrick Crommelynck, mort par pendaison, gisait au sol, dépendu.

Le couple était cependant connu dans les milieux artistiques pour la vie orageuse et mouvementée qu'il menait. Les enquêteurs pensent qu'après une violente dispute, Patrick Crommelynck a décidé de mettre fin à ses jours. Quelque temps plus tard, Taeko l'aurait découvert et dépendu. Comprenant que son mari était mort, elle aurait alors décidé, elle aussi, de mettre fin à ses jours.

DES INTERPRÈTES

DE HAUT NIVEAU

C'est en 1974 que le pianistes Patrick Crommelynck et son épouse Taeko Kuwata fondèrent leur duo. Né en 1947, il avait fait ses classes dans le sillage de l'école russe, avec Askenase et Merjanov. Elle, née en 1945, venait de Tokyo. Ils se sont rencontrés dans la classe de Dieter Webber à Vienne.

En 20 ans d'une carrière sans fausses notes, ils ont sillonné tout le champ des quatre mains et des deux pianos, depuis les musts traditionnels jusqu'aux inédits, en passant par les transcriptions des symphonies, des opéras... Non seulement, ils étaient à la tête d'une abondante discographie, sans doute l'une des plus fêtées parmi les interprètes belges, mais chacun de leurs concerts se révélait un événement. En 1978, ils se lançaient dans une intégrale Schubert en cinq séances; ils récidivaient quelques années plus tard pour l'oeuvre de Brahms et celle de Dvorak. Ils s'attaquaient aux versions pianistiques des pages symphoniques et des ballets de Stravinsky ou de Debussy. Plusieurs oeuvres contemporaines furent écrites pour eux.

En 1991, leur contribution à l'année Mozart - «40 fragments et oeuvres isolées» pour piano seul, à 4 mains, et 2 pianos, parue chez «Claves» - émerveilla la critique discographique: «La sincérité, l'époustouflante tenue donnée à ces oeuvres, pourtant bien difficiles à reconstruire parfois, et la verve de diction qui leur est donnée, mêlée à une soif de découverte que l'auditeur finit par partager, rendent ce disque enthousiasmant. Il en est bien peu pour ouvrir de telles perspectives tout en pénétrant aussi facilement dans l'intimité du compositeur.» (Diapason). Il y eut aussi Bizet, Chabrier, Schumann, Strauss, Tchaïkowsky, gravés en grande partie chez Claves mais aussi chez Pavane...

Al. G. et M. F.