SUR LA PREMIERE CONVENTION LAIQUE ET LES RESOLUTIONS QUI Y ONT ETE ADOPTES

LAPORTE,CHRISTIAN

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Mardi 3 décembre 1996

Paul Danblon

Sur la première convention laïque et les résolutions qui y ont été adoptées.-

Vous avez présidé la première convention laïque de Wallonie et de Bruxelles. Pouvez-vous établir un bilan de la journée qui était aussi le point d'orgue de plusieurs mois de préparation ?

- J'ai été frappé par la très grande liberté d'expression des participants. Et par un franc-parler aux antipodes de la langue de bois. A la fois des représentants des associations et d'un nombre important de personnes individuelles. Certains ont même fait des déclarations tonitruantes qui ont eu le mérite de nourrir le débat.

Je pense, par exemple, à François Perin, fidèle à sa réputation de jeteur de pavés dans la mare ! Dans ce sens, on peut dire que la Convention a rempli sa mission puisque le peuple, le «laos» - d'où vient d'ailleurs le terme laïcité... - a pu largement s'exprimer face aux représentants institutionnels. Et ce n'est qu'un début puisque le principe de retourner en permanence vers la base est acquis pour le Centre d'action laïque (CAL). C'était l'objectif de la rencontre de Gembloux; il a été largement rencontré.

Autre constat : la jeunesse n'est pas indifférente aux idéaux laïques. J'en veux pour preuve la participation d'un certain nombre d'entre eux à nos travaux, notamment du Cercle du Libre examen de l'ULB. Ils n'ont pas manqué de nous titiller pour dépasser les discours au profit de l'action.

On ne peut s'empêcher ici de faire un parallélisme avec ce qui se passe actuellement dans la société belge : dans le monde laïque, il y a aussi une mise en cause des habitudes, des structures et de leur fonctionnement et une très nette demande pour revoir tout cela...

Cela s'est-il reflété dans les résolutions qui devaient ponctuer les travaux autour de la définition même de la laïcité (le matin) et de l'assistance morale (l'après-midi) ?

- Oui. On est allé plus loin puisque l'assemblée a adopté une résolution de plus que prévu - qui sera soumise comme les dix autres au conseil d'administration du CAL : on a vu se dégager une interrogation numériquement très importante sur le cours de morale. Tellement qu'on a décidé d'organiser une nouvelle convention ou une journée de réflexion sur ce seul thème ! La qualité de ce cours a été mise en cause tout comme la qualification de certains maîtres qui semblent indifférents à la laïcité. C'est un grave problème de contenu qui nous interpelle dans le contexte actuel.

La Convention s'est aussi positionnée clairement sur la place de la laïcité dans la Belgique actuelle...

- ... par une série de rappels utiles. Il est clair que la séparation de l'Eglise et de l'Etat n'est pas une réalité chez nous. A nos yeux, un certain nombre de cérémonies religieuses officielles violent encore ce principe. Sans parler du financement des cultes qui devrait relever de l'impôt physiquement dédicacé comme dans nombre de pays européens. On est donc loin d'un Etat laïque qui rejette toute transcendance et qui, selon la définition de Protagoras, fait de l'homme la mesure de toute chose. Pour nous, la valeur de l'homme est en lui. Pour faire passer ce message, nous avons estimé qu'il fallait mener une politique de communication plus active. Elle doit passer par les Maisons de la laïcité, lieux de rencontre et d'échange mais aussi de culture... On ne peut arriver à une marginalisation des athées et des agnostiques dans la société.

Il y a également eu une prise de position par rapport aux tenants d'autres convictions...

- Les laïques critiquent les religions pour les aliénations qu'elles charrient mais ils n'en expriment pas moins aussi une certaine tolérance faite d'une volonté de pluralisme et de complémentarité. Cela dit, pas question d'en rester à un consensualisme mou...

Cette fermeté n'exclut pas l'ouverture puisque la Convention a rejeté une résolution qui excluait les croyants de la famille laïque au sens large.

- A titre personnel, je m'en réjouis car il est évident qu'il y a des croyants qui sont très proches des idéaux laïques. Je ne vois pas pourquoi il faudrait les rejeter !

L'autre grand thème de la Convention avait trait à l'assistance morale depuis sa reconnaissance constitutionnelle.

- Comme le CAL organise une autre journée sur ce thème à Charleroi, le 25 janvier, la Convention a surtout parlé de principes. J'en retiens que, aux yeux des participants, il faut mettre sur le même pied les bénévoles et les conseillers rétribués, ce qui n'enlève rien aux responsabilités des pouvoirs publics. Pas question, évidemment, de voir les assistants se substituer à ceux dont c'est la mission !

Autre ligne de force : les laïques sont opposés à une démarche caritative qui maintiendrait le citoyen dans un état de sujétion. Plus que l'assistance, c'est l'éducation permanente qui doit être privilégiée...

Propos recueillis par

CHRISTIAN LAPORTE