SUR LA SECURITE DES CENTRALES NUCLEAIRES DANS LES PAYS DE L'EST

VANESSE,MARC

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Mercredi 8 juillet 1992

Guy

Frédérick

Sur la sécurité des centra-

les nucléaires dans les

pays de l'Est.

Vous êtes directeur du département nucléaire de Tractebel Ingénierie, l'une des sociétés conseillères de la Commission européenne, chargées des problèmes nucléaires dans les pays de l'Est. Actuellement, le G 7 réuni à Munich se penche également sur ce dossier délicat. Quels sont les risques liés à la sûreté de ces centrales?

- Ils sont essentiellement de deux ordres. D'une part, la conception des réacteurs, d'autre part, la manière dont fonctionnent les opérateurs de centrales. Certains réacteurs, souvent les plus anciens comme celui de Tchernobyl, ne disposent pas d'enceinte de confinement. Autrement dit, d'enceinte de protection permettant de maintenir la radioactivité dans le coeur de la centrale en cas d'accident. S'il est vrai que certaines centrales sont accompagnées d'enceintes de confinement, celles-ci n'ont pas été conçues avec un niveau de sûreté optimal. D'où les conséquences dramatiques de l'accident de Tchernobyl. Par ailleurs, les réacteurs de la première génération manquaient de stabilité, avec le risque de ne plus être maître de la réaction nucléaire en cas d'incident. Depuis lors, on a remédié au mieux à cette situation.

Quant aux opérateurs?

- Ces gens n'ont pas le même degré de responsabilité que les opérateurs de nos pays occidentaux. Ils ne sont pas suffisamment formés et impliqués. Un bon opérateur de centrale doit être motivé et accepter d'acquérir une culture de sûreté.

Ont-ils conscience de leurs lacunes?

- Heureusement oui! Ils sont désireux d'apprendre nos méthodes de travail et de formation.

Avant l'éclatement du bloc communiste, connaissait-on l'étendue du problème nucléaire?

- On savait effectivement que les conceptions de centrales avaient des points faibles. L'accident de Tchernobyl a été un catalyseur. Les populations, les scientifiques ont exigé des explications. Un exploitant conscient de ses responsabilités n'aurait jamais permis qu'un tel accident puisse survenir.

Combien y a-t-il de centrales nucléaires dans les pays de l'Est?

- Il y en a une quinzaine avec des réacteurs du type Tchernobyl et une cinquantaine avec des réacteurs d'autres types et principalement à eau pressurisée.

Quelles sont les actions possibles pour remédier à cette situation inquiétante?

- Il faut séparer le bon grain de l'ivraie. Voir les centrales qu'il faut arrêter à terme, celles qui doivent être améliorées pour être maintenues en vie. Le noeud du problème, c'est la nécessité économique de ces centrales. Elles produisent l'électricité indispensable aux besoins de la population. Ces pays sont à genoux. On ne peut pas décider de tout arrêter du jour au lendemain.

Qui financera les programmes de formation et les investissements nécessaires à l'amélioration de la sûreté?

- La CE veut bien prendre une part. Les Américains et les Japonais se font un peu tirer l'oreille. Je suppose que le G 7 en parlera. Tractebel fait partie d'un groupement européen visant à finaliser un programme d'aide à l'ex-URSS en matière nucléaire. Nous disposons de 53 millions d'écus pour mener des études. Par la suite, on verra qui de la Berd (Banque européenne de reconstruction et de développement), de la Banque mondiale ou de tout autre organisme, financera les programmes d'intervention. Actuellement, des experts occidentaux sont en Bulgarie auprès des exploitants de la centrale de Kozloduy. Ils les aident à prendre un maximum de mesures de sécurité, à former le personnel, à assurer l'exploitation. Ce programme d'aide est important.

La centrale yougoslave en Slovénie?

- Élément rassurant, elle a été conçue par les Américains de Westinghouse. Par contre, comment est-elle exploitée depuis le début de la guerre civile? Je n'ai aucune information à ce sujet.

Propos recueillis par

MARC VANESSE