SUR LE REFUS DE JEAN-MAURICE DEHOUSSE DE S'EXPRIMER EN NEERLANDAIS

DUBUISSON,MARTINE

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Vendredi 28 octobre 1994

Claude

Eerdekens

RRSur le refus de Jean-Maurice Dehousse de s'exprimer en néerlandais.

Quelle a été votre réaction à l'attitude de votre collègue de parti, Jean-Maurice Dehousse, ministre fédéral de la Politique scientifique, qui a refusé, lors de la conférence sur la Mer du Nord à Ostende, de s'exprimer en néerlandais?

- Personnellement, j'estime que l'on a grossi des événements qui n'en valent pas la peine. Jean-Maurice Dehousse s'est exprimé en français parce que c'est une langue qu'il connaît bien, et en anglais parce que c'était une conférence internationale. Voilà. Mais en Belgique, on en fait une affaire d'État.

En tant que chef de groupe du PS, vous avez tout de même approuvé, hier, en commission de la Chambre, une motion déposée par le CVP et le SP demandant au gouvernement de prendre des mesures pour éviter, à l'avenir, de tels incidents.

- C'est au gouvernement à régler ce genre de problème par un code de déontologie, définissant, dans le cadre de la Constitution et de la loi, ce que les ministres peuvent faire et ne pas faire. Mercredi, il a d'ailleurs adopté une nouvelle déontologie, tout à fait satisfaisante, en la matière. À savoir: il n'y a aucune obligation constitutionnelle pour les ministres d'être bilingues, mais il existe une sorte de courtoisie qui veut que, lorsque l'on s'adresse à l'autre communauté, on prononce quelques mots dans la langue de cette communauté. Et le vice-Premier ministre PS, Elio Di Rupo, a approuvé ce code. Nous souhaitons poursuivre la pacification communautaire et ne pas faire d'une affaire mineure une affaire d'État.

Vous dites que «l'incident Dehousse» a été gonflé. Mais qu'en pensez-vous sur le fond?

- Je n'ai pas à le juger. Mais, à sa place, j'aurais prononcé quelques phrases en néerlandais, une langue que je ne maîtrise pas bien. C'est un problème de conscience: chacun agit comme il l'entend.

Vous n'avez donc pas été choqué par l'attitude de Jean-Maurice Dehousse?

- Non. Mais je comprends que certains aient été heurtés. Il faudrait arriver à ce que chacun respecte l'autre et sa langue, où qu'il se trouve... c'est-à-dire aussi en périphérie ou à Fourons.

Vous ne déplorez donc pas une «inutile provocation»?

- Je crois qu'il faut être très susceptible pour s'être senti provoqué. Je suppose que Dehousse avait ses raisons...

Le PS a-t-il pris position dans cette affaire, au bureau de parti par exemple?

- Non. Nous n'en avons pas parlé. Il n'y a eu aucune remarque, ni positive ni négative.

Pas de remous non plus au sein du groupe parlementaire?

- Non. Pour nous, c'est un incident mineur.

Propos recueillis par

MARTINE DUBUISSON