ASSOCIATED PRESS; AFP
Mercredi 6 septembre 1995
La France a procédé
à un essai nucléaire
L'explosion a eu lieu à 23 h 30 (heure de Paris). L'énergie dégagée était inférieure à
20 kilotonnes.
Au soir d'une interview télévisée où le président Jacques Chirac avait donné l'impression de lâcher du lest en annonçant l'arrêt des essais nucléaires bien avant la date initialement prévue (le 31 mai 1996), la France a procédé à un essai sur l'atoll polynésien de Mururoa. Cet essai destiné, rappelle le communiqué du ministère français de la Défense, à la «mise au point de la simulation» a eu lieu mardi à 12 h 30, heure locale. Il était onze heures plus tard à Paris.
L'atoll où le premier essai de la série a eu lieu est situé à 1.200 kilomètres au sud-est de Tahiti et à 18.000 kilomètres de la métropole. Il abrite depuis 1966 le siège du centre d'expérimentation du Pacifique. Sur cet anneau de corail de 28 kilomètres de long et 11 de large ont été construits une route circulaire, une piste d'aviation capable de recevoir le Concorde et d'énormes block-haus de tirs.
À Mururoa, comme à Fangataufa, les essais souterrains, qui ont succédé en 1975 aux essais dans l'atmosphère, ont eu lieu jusqu'en 1979 sous la couronne corallienne avant d'être exécutés au milieu du lagon afin d'éviter le tassement des récifs. La charge nucléaire, enfermée dans un conteneur, est descendue dans un puits d'environ un mètre et demi de diamètre et dont la profondeur varie entre 600 et 1.000 mètres. La charge comprend non seulement la «bombe» mais aussi tous les appareils de mesure qui permettront de recueillir, en quelques milliardièmes de seconde, grâce à un câble en fibre optique, toutes les indications recherchées.
«UNE ÉNORMITÉ»
SELON GREENPEACE
Cette reprise des essais français, annoncée par le président Chirac le 13 juin, met fin à un moratoire observé depuis plus de trois ans par les puissances nucléaires, à l'exception de la Chine dont le dernier essai a eu lieu le 17 août. À l'annonce de cet essai, Bruno Apoteker, porte-parole de Greenpeace, s'est déclaré «complètement choqué».
«Là, Chirac a fait une énormité. Je crois que le monde entier est en danger à cause de cette décision», a-t-il dit à Europe 1. Et d'ajouter : «Nous sommes plus que jamais déterminés à ce qu'aucun autre test n'ait jamais lieu. C'est un échec pour l'humanité, pas seulement pour Greenpeace. (...) C'est un échec pour tous les mouvements pacifistes à travers le monde et c'est un échec pour le mouvement de désarmement mondial».
Le premier essai nucléaire pouvait intervenir à tout moment à partir du 1er septembre.
Sept autres essais doivent suivre, du moins si la France demeure sourde au concert de protestations que va déclencher la première explosion.
205 ESSAIS FRANÇAIS
EN 35 ANS
Cet essai nucléaire est le 205e d'une série commencée en 1960 d'abord en Algérie et poursuivie dans le Pacifique où au moins trois de ces expériences ont entraîné une contamination radioactive admise par les experts français. Avant l'ultime campagne de tirs qui vient de débuter, la France procédait à ses explosions atomiques dans le plus grand secret. Ce n'est qu'en juillet dernier que son gouvernement a rendu publique la liste de tous ses essais avec lieux et dates, depuis le premier, le 13 février 1960, à Reggane, au Sahara, dans une Algérie alors encore colonie française.
Du 2 juillet 1966, date du premier tir sur l'atoll de Mururoa, jusqu'à l'annonce d'un moratoire en 1992, la France va conduire 175 essais à Mururoa et à Fangataufa. Quarante et un d'entre eux ont lieu en atmosphère libre, soit au sol, soit en altitude.
Les autorités françaises ont admis que trois explosions ont provoqué des débuts de contamination. L'incident le plus grave était survenu le 24 septembre 1966 avec l'essai Rigel qui nécessita la décontamination d'une petite partie de l'atoll de Fangataufa.
L'association humanitaire Médecins sans frontières a récemment critiqué «l'absence de préoccupation des autorités françaises quant à la santé» de la population et notamment des 10.000 Polynésiens ayant travaillé sur les sites de Mururoa et de Fangataufa. (D'après AP et AFP.)
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