Tendance 2012 : l’achat réfléchi

LEGRAND,DOMINIQUE

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Vendredi 27 janvier 2012

Marché de l’art La Brafa offre encore ses trésors tout ce week-end, à Bruxelles

La crise financière ? Une fille de l’ombre à la Brafa, la foire des antiquaires de Bruxelles, le tout premier grand marché d’art de l’année.

Tout va bien, à entendre des galeristes comme Patric Claes : « L’objet de qualité emporte l’adhésion, dans tous les domaines et surtout le nôtre : les arts d’Afrique centrale. Les plus belles pièces s’en vont en premier. Le reste, c’est un peu plus difficile. On entend parler partout de crise mais elle ne joue pas un rôle aussi important dans l’art que dans la vie quotidienne. L’art demeure un domaine de luxe qui ne subit pas beaucoup la crise. » Des pastilles rouges couvrent tout le stand de la Claes Gallery : tout est vendu, de l’impressionnant monolithe anthropomorphe Ekoi (Nigeria), une pièce très rare, à l’élancée statuette Dogon d’envergure muséale !

Même satisfaction sur le stand Ronny Van de Velde. Les monochromes de Marthe Wéry mais aussi la lumière piégée par Ann Veronica Janssens, les toiles de Dan Van Severen, Amédée Cordier, Denmark tout comme James Ensor, ont rencontré un public qui pratique l’achat réfléchi.

Plus de visiteurs avertis

« Jusqu’à présent, précise le président de la Brafa, Bernard De Leye, nous avons bien vendu au sein d’une foire qui accomplit un grand bond au niveau international. Nous comptons 25 à 30 % de visiteurs supplémentaires. Les gens réfléchissent, se renseignent davantage avant d’acquérir une pièce. L’achat relève du placement en valeur sûre. »

Les belles ventes, comme toujours, se sont réalisées en tout début de foire, avant que le grand public ne pénètre dans l’arène. Bernard De Leye s’en félicite aussi. Avec facture d’achat datant de 1682, son somptueux Bassin dit de David Teniers l’Ancien, réalisé par le maître-orfèvre gantois Philips Le Noir, change de mains mais reste en Belgique. C’est un particulier qui s’en empare, en dépit de l’intérêt de musées ou fondations belges.

Public très passionné, très averti, « pas de questions idiotes même le dimanche, jour des poussettes », public exigeant tenté par l’Art déco qui monte en puissance parallèlement aux Arts premiers, mais surtout par les valeurs confirmées, René Magritte en tête. « Nous menons une chasse aux trésors depuis 1969 et nous les remettons progressivement sur le marché, précise-t-on à la galerie parisienne Tamenaga. Renoir, Picasso, Chagall, Dufy demeurent des valeurs qui rassurent. »

Côté cour, les galeristes belges sont attentifs (et même vexés) : le nouveau train de mesures mis en chantier par le gouvernement fédéral ne plaît pas. Antiquaires et vendeurs de voitures d’occasion se retrouveraient dans le même panier étiqueté « chasse au paiement en noir ». Le paiement cash ne serait plus plafonné à 15.000 euros mais rabattu à 3 ou 5.000 euros. Gênant dans un secteur où beaucoup de choses se font à l’ancienne…

www.brafa.be.