FRICHE,MICHELE
Samedi 17 octobre 2009
Rien de frustrant, de désincarné, parce que l’assemblage dialectique des dialogues sortis de Dom Juan est finement articulé et reprend la plus grande partie de ses personnages, de ses actions et de ces champs d’interrogation, tantôt par l’énonciation des lieux, des faits, à la manière brechtienne, tantôt par le jeu ou par le dire.
Mais une telle radicalisation, imaginée et mise en scène par Claudia Gäbler et Herbert Rolland, les maîtres du Théâtre de la Vie, exige des comédiens à la hauteur de l’enjeu.
Et l’on est rivé à l’interprétation de Dominique Rongvaux, portant Dom Juan d’un bout à l’autre: un timbre de voix sombre et riche, une diction charpentée, claire, une mince silhouette qui n’est que nerfs et sangs maîtrisés, prête à s’enflammer (et elle explose dans la dernière partie), mais aussi toute d’ironie tranchante, sans illusion dont le moindre sursaut dans la sobriété laisse percevoir le doute qui l’assaille.
Face à lui, Antoine plaisant et Céline Bonaventure osent avec intelligence les diverses réparties. Le premier a tout de Sganarelle, de Pierrot, avec une aisance spontanée aussi réjouissante que l’est son articulation nette et volubile, tout comme celle de Céline Bonaventure, qui enfile Elvire et Charlotte mais aussi Sganarelle et Molière lui-même à l’occasion.
Ce Dom Juan vit aussi par la lumière sculptée du plateau, de ses planches disjointes (ce qui nous vaut un enfer de par-dessous!) de ses briques, de ses corps (Brunot Smit), et par le remarquable travail du son de Marc Doutrepont.
Par contre la musique de Jean-Jacques Lemêtre, répartie entre deux interventions, l’une d’essence baroque, l’autre plus romantique, laisse perplexe.
Et l’on verra aussi ces dialogues de Dom Juan sertis d’un prologue et d’un épilogue. Didactique, mais peut-être pas vraiment indispensable.