Thoveron était « le » médialogue

VANTROYEN,JEAN-CLAUDE

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Vendredi 23 février 2007

Université Il est mort à 75 ans

Quand il écrivait à ses amis, il signait « Toto », avec un petit chapeau au dernier « o ». Gabriel Thoveron, qui a fait de l'étude des médias une véritable science, ne se prenait pas souvent au sérieux, tout en travaillant le plus sérieusement du monde à étudier tout ce qui le passionnait, l'opinion publique, la presse, la politique, la littérature populaire. Ce professeur de l'Université libre de Bruxelles a marqué des générations d'étudiants. Il est mort, durant la nuit de mercredi à jeudi. Il souffrait d'un cancer. Il avait combattu la maladie et, il y a quatre semaines, il semblait pouvoir la vaincre. Elle a eu le dernier mot. Thoveron avait 75 ans.

Il tenait à son ascendance bretonne et à sa nationalité française. Mais il était né à Liège, le 19 août 1931. Il a fait ses études dans cette ville. Il est licencié en sciences sociales de l'Université de Liège en 1957. Puis c'est l'Université libre de Bruxelles et une licence en journalisme. Roger Clausse y tient un grand rôle dans la formation des journalistes aussi bien qu'en sociologie. Thoveron devient son 'assistant dès 1969, tout en terminant sa thèse de doctorat : Radio et télévision dans la vie quotidienne. L'assistant est quasi le maître : Roger Clausse, indisponible, ne donne plus cours, c'est Gabriel Thoveron qui les assure : sociologie des moyens de communication, histoire et situation actuelle des moyens de communication, le public des moyens de communication, l'opinion publique et les médias. Il devient professeur ordinaire en 1980. Il donne, dès 1991, le cours d'histoire comparée des médias à l'Institut d'études politiques de Paris.

Arsène et Sherlock

Les journalistes l'interrogeaient souvent. Sur la politique, sur les sondages, sur la communication... Il avait toujours l'observation pertinente. Avec Roland Cayrol et J. G. Bluller, il a écrit La télévision fait-elle l'élection ? Il a publié La communication politique aujourd'hui, ainsi qu'une brève Histoire des médias et Un siècle d'affiches politiques en Belgique francophone, avec François Heinderyckx et Xavier Mabille.

La littérature populaire a toujours été sa passion. Il collectionnait les bouquins de la fin du XIXe, les « poches » des années 1920, les Jean de la Hire et les Jacques Spitz, les policiers et la science-fiction. Cet amour s'est mué en un livre plein de découvertes : Deux siècles de paralittérature. Il s'est de plus bien amusé et a amusé ses lecteurs à écrire un roman, Qui fait peur à Virginia Woolf ?, où Arsène Lupin et Sherlock Holmes mènent l'enquête. Quand il parlait du repérage des décors et des recherches pour ce roman, il avait l'oeil qui pétillait.