Thuin - Le conseil communal unanime adopte le plan « Jeunes et citoyens » Tête haute face à la violence Toute la ville est « En marche pour Julien »

LEROY,MARCEL

Page 27

Samedi 16 avril 2005

Thuin - Le conseil communal unanime adopte le plan « Jeunes et citoyens »

Tête haute face à la violence

* Un éducateur de rue que les jeunes respectent ira à la rencontre du noyau dur de la délinquance. Comprendre les racines du malaise pour intervenir.

MARCEL LEROY

Thuin a tenu jeudi soir un conseil communal extraordinaire consacré à l'examen d'un plan en quinze points destiné à endiguer la délinquance urbaine émanant de quelques groupes de jeunes adultes. Un constat, tout d'abord. La criminalité, à Thuin, est loin d'être dramatique, même si des actes blessent cruellement. Toujours est-il que ces jeunes dépassent les bornes et font peur aux gens, après avoir consommé de l'alcool. Ils boivent dans leurs voitures, ne fréquentent guère les cafés, là où se dessine un cadre social, un échange qu'ils dénigrent. Ensuite, ils écument les soirées, adoptant des attitudes provocantes. D'où l'insécurité ressentie en ville mais aussi dans certains villages de l'entité. C'est une criminalité urbaine qui se déplace pour s'enkyster dans un milieu semi-rural. Les racines de la violence sont les mêmes partout. Manque de références, désoeuvrement, toxicomanie, absence de projet d'avenir... Et le danger, à Thuin, est de voir ces majeurs entraîner dans leur sillage des mineurs en quête de modèles. Or, des attitudes faussement rebelles - des appels sans doute inconscients à une forme de reconnaissance sociale - fascinent les plus jeunes. (Voir « Le Soir » du 9/4).

À Thuin, les élus ne se voilent pas la face. Le bourgmestre Paul Furlan a convoqué un premier conseil communal extraordinaire destiné à installer un règlement permettant de ramener chez eux les mineurs traînant par les rues au-delà d'heures décentes. Et, avant-hier, l'adoption du plan de prévention constituait la seconde phase d'une politique approuvée par la totalité des membres du conseil. Majorité comme opposition ont fait oeuvre de conscience pour affronter un problème social dépassant la Thudinie.

Paul Furlan a rappelé que l'AMO « Tu dis jeunes » (Aide en milieu ouvert) mène un travail de fond auprès des jeunes. Il sera renforcé de mesures appelées « Jeunes et citoyens ». Ce plan mis au point avec l'AMO (pour un an) se basera sur le civisme et la citoyenneté. Fait concret, l'engagement, par l'AMO, d'un éducateur de rue. Il rencontrera, en soirée, les jeunes adultes qui sont au coeur de la crise actuelle. Pour comprendre leurs agissements et les amener à changer. Le travailleur social chargé de cette mission n'est pas du genre à se laisser impressionner. Les jeunes le respectent. Essentiel.

Au-delà de ce travail de rue pouvant être renforcé par un second éducateur suit une stratégie s'articulant sur un plan de communication, une sensibilisation des commerçants au danger de la vente d'alcool à des jeunes, des rencontres sportives entre les jeunes et les membres des services publics, une action de prévention dans les écoles, une enquête de type sociologique sur les jeunes dans les rues de Thuin, l'organisation d'une plate-forme sociale, un dialogue permanent avec la zone de police, des animations dans les cités sociales (vacances), la prolongation de l'opération quartiers de foot, des rencontres avec des jeunes adultes ayant eu un vécu difficile et le lancement d'une maison de jeunes !

Un comité de suivi veillera à la mise en oeuvre de ces mesures et rendra compte de ses travaux devant le conseil.·

Toute la ville est « En marche pour Julien »

Alors que le comportement de certains jeunes - une minorité - conduit le conseil communal à réagir, le Centre culturel, l'AMO « Tu dis jeunes », la Ville et l'association « En marche pour Julien » travaillent depuis un an sur les moyens d'endiguer la violence. Ces partenaires disent l'urgence de résister à cette dérive s'érigeant en mode d'expression.

Chacun, lors de cette conférence de presse, pensait à Julien Coster, mortellement poignardé lors de la Saint-Roch 2004 par un autre jeune, venu de Marcinelle. Julien était né en 1980. Il aimait la musique et le foot, vivait dans une ville où il se sentait bien, entouré de sa famille et d'amis. Ceux-là mêmes qui, aujourd'hui, ont créé une association portant son nom (www.pourjulien.be). Une manière de continuer à marcher à ses côtés. À bord de la péniche Notger, Dominique Coster, le papa de Julien, - éducateur spécialisé travaillant à Charleroi et musicien amateur - a évoqué le juste combat pour la tolérance et la non-violence. Cet homme et ceux qui l'accompagnent refusent la haine. Ses propos courageux, engagés, élèvent le plus beau monument qui soit pour Julien. Et, le 30 avril, à l'arsenal des pompiers de Thuin, l'association invite à participer à un concert avec une douzaine de groupes. Julien aimait la musique, a rappelé Dominique Coster.

Quant au Centre culturel, il organise du 22 au 30 avril une semaine sur la violence avec des conférences, des débats, des ateliers pour les jeunes et des spectacles. Deux badges ont été réalisés par des écoliers thudiniens. Ils épaulent une charte poussant à la réflexion sur la solidarité et la nécessité d'être tolérant. Cette liste est le fruit d'un patient travail mené dans les écoles. Enfin, le 29 avril, à 19 h 30, au Jardinet, à Thuillies, l'entrée sera gratuite pour une soirée comportant une comédie musicale interprétée par les « Troubakids » de l'école de Gozée, des courts-métrages réalisés par des enfants de réfugiés politiques de Merbes et des élèves du Cefa de Thuin et « Faits de violence », spectacle créé et joué par des jeunes.·

M. Ly