Timides, mais ils se soignent Toujours pas de concerts pour XTC mais il y a «Wasp star»

STIERS,DIDIER

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Mercredi 17 mai 2000

Timides, mais ils se soignent Toujours pas de concerts pour XTC mais il y a «Wasp star»

Inutile d'insister, XTC ne montera pas sur scène. Andy Partridge n'en avait déjà plus envie dès 1982, alors vous pensez bien que dix-huit plus tard, il ne va pas changer d'avis. Impeccable dans son costume de gentleman-farmer rouille et noir, il dissimule toujours sa peur des planches avec un fair-play tout britannique: Nous n'en avons pas besoin. Ce pour quoi nous sommes là, l'art, c'est l'album, pas nous. Nous ne sommes pas des entertainers mais des faiseurs de disques. Que dire aux fans, alors, qui attendent peut-être toujours? Eh, grandissez un peu (rires)!

Pour enregistrer des disques, c'est toujours d'accord. A condition de ne pas trop les brusquer, lui et son complice de toujours, Colin Moulding. Voilà, «Wasp star» est sorti, nous espérons qu'il va mieux se vendre que l'album précédent, mais nous n'avons absolument aucune idée de ce que nous allons faire ensuite. Vraiment pas la moindre! Si XTC pouvait par exemple passer un peu plus souvent en radio, ce ne serait pas plus mal? Bien sûr, même si ce n'est pas pour cette raison que nous avons enregistré «Wasp star». Mais cela reste du domaine du possible, c'est un album un peu plus immédiat, plus socialement acceptable...

«Wasp star» pourrait intriguer ceux qui ont apprécié le côté ample de son prédécesseur. Le London Session Orchestra a rangé ses cordes, s'est effacé au profit d'un peu d'électricité; place, cette fois, à nettement plus de guitares. A l'époque où nous travaillions sur ce qui allait devenir « Apple Venus Volume 1», nous avons à un moment donné voulu quelque chose de plus tranchant, voulu en terminer avec ces grandes orchestrations. Les gens ont dû penser que nous avions été travailler à l'Albert Hall! Et puis, tout ce que nous avons enregistré pendant nos années de « frigo », c'était très guitare . Ajoutons également que par le passé, XTC a souvent été critiqué pour son côté un peu discordant. Or, ajoute Colin Moulding, nous aimons tous les deux la manière dont on construit une bande-son de film. Tout est dans la continuité des titres, c'est ce qui nous séduit le plus. S'il fallait attribuer une couleur à ces deux albums du «retour»? «Apple Venus», c'était de la couleur sur grand écran. Celui-ci, ce serait plutôt de la télé en noir et blanc ... Les deux formant, bien entendu, un tout.

Traditionalistes, les deux compères? Probablement, mais pas jusqu'à l'intégrisme, loin de là. Nous aimons les chansons. Or, toute cette musique électronique, c'est souvent un prétexte pour utiliser les dernières trouvailles technologiques. Ça ne fait pas une bonne chanson, juste un ensemble d'astuces techniques. Le tout, c'est donc de partir d'une bonne chanson. Il en va de même dans toute forme d'art. S'il n'y a pas une idée à la base ...

A propos d'art, Andy Partridge a souvent comparé la musique à l'architecture, allant même parfois jusqu'à parler de lui comme d'un architecte frustré. Equilibre, détails, structure... Ce sont des termes qui peuvent s'appliquer dans les deux cas. Un beau bâtiment, pour moi, c'est de la musique faite masse, dans laquelle on peut vivre. De la bonne musique, c'est une architecture harmonieuse qui entre dans l'oreille . Depuis «White music» sorti en 1977, XTC a toujours été considéré comme un groupe particulier, certes, mais aussi plus artistique qu'uniquement pop. Plus de vingt ans après, dont quatre ans d'une «grève» destinée à dénoncer le contrat le liant à sa firme de disques des débuts, Partridge et Moulding n'ont pas vraiment changé. A une époque où d'autres revenants de la pop britannique tentent de revenir au premier plan. Mission accomplie pour The The, nettement moins pour Scritti Politti: J'aime penser, rectifie Andy, que nous ne sommes jamais partis. Nous avons toujours continué à écrire. Mais je me méfie des come-back!

DIDIER STIERS

L'album: «Wasp star» (Music Shop)