Tony Blair redit non à l'impôt européen

LABAKI,MAROUN

Page 14

Mercredi 21 décembre 2005

Union européenne Le Premier ministre britannique défend son accord budgétaire face aux eurodéputés

Un impôt européen ? A cette question, Tony Blair a répondu, hier à Bruxelles : « Nous n'avons jamais été favorables à des impôts européens. Mais quelle que soit la méthode que vous adoptez, vous devez trouver l'argent. La question est donc : quelle est la meilleure manière de le faire? » Face aux journalistes qui l'interrogeaient, le chef du gouvernement britannique a ajouté, dans un sourire : « Excusez-moi, j'ai déjà pas mal de pain sur la planche pour ne pas me lancer dans un argumentaire en faveur d'impôts au niveau européen... » Il est vrai que, depuis samedi dernier et l'accord sur le budget 2007-2013 de l'Union européenne (UE), Tony Blair est déjà assez critiqué dans son pays, principalement pour avoir accepté de réduire le « rebate » dont bénéficie le Royaume-Uni.

Le Premier ministre britannique était à Bruxelles pour défendre l'accord budgétaire, « son » accord budgétaire, devant les députés européens. Reconnaissant les imperfections du compromis dégagé sous sa houlette, il a appelé ses interlocuteurs au « réalisme ». « Avec tous les intérêts nationaux, la tâche n'était pas facile, s'est-il défendu. (...) Cet accord est le meilleur que nous pouvions obtenir ».

Les eurodéputés ont répondu à Tony Blair que ce budget ne leur convenait pas et qu'ils batailleront ferme pour en relever le niveau. « Maintenant, il va falloir négocier », a lancé Hans-Gert Poettering, le chef du groupe PPE (conservateur). A court terme, ce sera aux Autrichiens de négocier avec le Parlement européen, puisque c'est l'Autriche qui assumera, à partir du 1er janvier prochain, la présidence tournante de l'Union.

A moyen terme, « nous devons avoir une réforme fondamentale » du budget européen, a affirmé Tony Blair, qui a souligné que la Commission devra procéder pour 2008 ou 2009 à une révision complète des dépenses et des ressources de l'Union.

Actuellement, le budget de l'UE est financé à 75% par des contributions nationales. Le reste est issu majoritairement d'un prélèvement sur les recettes de TVA des Etats.

L'idée d'un budget financé par un impôt européen n'est pas nouvelle. Elle se heurte à l'opposition radicale de plusieurs pays.

Les Belges sont fâchés avec l'Europe

Les Belges sont fâchés avec l'Europe

Les Belges sont logiques avec eux-mêmes : ils se disent fâchés avec l'Europe, et, dans le même souffle, ils demandent plus d'Europe. C'est l'un des enseignements les plus intéressants que l'on peut tirer du dernier Eurobaromètre.

L'enquête d'opinion, publiée mardi, montre que l'image de l'Union européenne (UE) s'est très fortement détériorée en Belgique au cours des six derniers mois. Seulement 45% des personnes interrogées en Belgique disent en avoir une image positive, contre 56% voici six mois. Cette chute de 11 points est la plus forte de toute l'Union ! Le soutien à l'appartenance à l'Union a également baissé en Belgique, passant de 67 à 59%. Cette chute-là, de 8 points, est aussi la plus forte de toute l'Union ! La confiance dans les institutions de l'UE ? Patatras ! Elle passe de 67 à 62% pour le Parlement, de 67 à 61% pour la Commission, et de 57 à 50% pour le Conseil des ministres.

La Belgique a-t-elle bénéficié de son appartenance à l'UE ? Les Belges en arriveraient presque à en douter : 65% répondent par l'affirmative, contre 69% il y a six mois...

L'enquête a été réalisée, partout en Europe, entre le 10 octobre et le 5 novembre. Dans presque tous les pays, elle révèle un spleen européen. A mettre en rapport avec la panne que connaissait alors l'Union, après le coup de frein brutal des « non » français et néerlandais au projet de Constitution, et l'enlisement budgétaire de l'été...

Cela étant - et pour poursuivre dans la même veine -, les Belges voudraient que l'UE redémarre pour aller loin. De tous les Européens, ce sont les Belges qui sont le plus favorables à une Constitution pour l'Union : 77% sont pour (moyenne des Vingt-cinq : 63%). Ils sont également les plus enthousiastes à l'idée d'une politique de sécurité et de défense commune : 92% sont pour (moyenne : 77%).

Aller plus loin en étant plus nombreux ? Les Belges n'y croient pas : 47% seulement sont en faveur d'un élargissement de l'Union à d'autres pays dans les années à venir (moyenne : 49%).

« L'Union européenne doit maintenant consolider ses réalisations et se battre avec énergie pour regagner les coeurs et les esprits de ses citoyens », a commenté, avec un élégant réalisme, la commissaire européenne à la Communication, Margot Wallström. Belges, arrêtez de rêver : l'heure n'est plus aux embardées !