Total brave l'embargo

REGNIER,PHILIPPE

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Vendredi 8 juin 2001

Total brave l'embargo PHILIPPE REGNIER

La compagnie pétrolière franco-belge TotalFinaElf va encore énerver les Etats-Unis. En cause: un projet de pipeline pour acheminer l'or noir de la mer Caspienne vers les marchés internationaux via l'Iran. Or, Téhéran reste la cible d'un embargo unilatéral voté en août 1996 par le Congrès américain (la loi d'Amato), avec des sanctions à la clé pour les entreprises américaines et... étrangères qui l'enfreindraient.

Le projet de canalisation avait été révélé la semaine dernière par le «Financial Times». Selon nos informations, un protocole d'accord pourrait être signé la semaine prochaine entre le pétrolier et le Kazakhstan, où se trouvent les gisements, pour effectuer une étude de faisabilité de l'investissement. L'entreprise est de longue date favorable au trajet iranien pour exporter le pétrole et le gaz de la région, pour des raisons économiques. Washington a par contre marqué son soutien politique à un projet d'oléoduc concurrent, plus avancé, qui relie Bakou en Azerbaïdjan au port turc de Ceyhan, via la Géorgie.

Total, qui a mis la main en 1999 sur la Belge PetroFina puis a fusionné avec sa compatriote Elf, est déjà présente dans quatre projets d'exploitation pétrolière en Iran. Et jusqu'ici, la compagnie n'a encouru aucune sanction américaine.

En fait, ces menaces de sanctions en cas d'investissement dans l'industrie des hydrocarbures iraniens n'ont apparemment jamais été exécutées. D'abord, parce que peu après l'adoption de la loi, le régime visé s'est assoupli avec l'élection en 1997 de M. Khatami. Ensuite, parce que les entreprises US convoitent aussi le marché iranien. Enfin, parce que ces dispositions à caractère extraterritorial, qui visent aussi la Libye, ont suscité une vive opposition des Européens, dont Paris. Washington avait d'ailleurs promis en 1998 que les entreprises européennes échapperaient aux sanctions.

Reste à voir quelle sera la position de la nouvelle administration républicaine à l'égard de ces dispositions - adoptées en 96 à l'encontre d'un pays «terroriste» par un Congrès à majorité républicaine. Mardi, le président Khatami a indiqué que la reprise du dialogue politique avec les Etats-Unis ne pourra s'effectuer qu'une fois l'embargo levé.