Tous mordus de « Twilight »
HUON,JULIE; STIERS,DIDIER
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Mercredi 18 novembre 2009
P.14 zoom
MAD La critique
« Twilight » pour les Nuls
Que raconte cette histoire ?
La saga imaginée par l’Américaine Stephenie Meyer nous plonge dans les méandres de l’histoire d’amour complexe qui unit Isabella et Edward. C’est Roméo et Juliette mâtiné de La belle et la bête, ou presque… Bella Swan, l’ado solitaire, fille de parents divorcés, craque pour le mystérieux jeune homme au lycée où elle vient d’entrer. L’attirance est réciproque, sauf qu’Edward n’est pas supposé succomber : il appartient à une famille de vampires où l’on s’est juré de ne plus se nourrir de sang humain. L’intrigue se noue à Forks, petit bled maussade de la West Coast, à proximité de la frontière canadienne. Bella et son père chez qui elle vit y ont pour amis des membres de la tribu indienne des Quileute. Certains d’entre eux sont des loups-garous. Jacob Black, par exemple, qui a autant de mal à cacher sa nature que ses sentiments pour l’adolescente. Dans les parages rôdent d’autres vampires encore, assoiffés d’hémoglobine ceux-là, et emmenés par la séduisante Victoria. Le volume deux du récit, illustré par le film New moon qui sort aujourd’hui, s’intitule Tentation. Et pour cause… Il débute par l’anniversaire de Bella. Lors de la petite fête organisée pour l’occasion, elle se coupe avec du papier d’emballage. La vue du sang déchaîne les passions : prudents, les Cullen
décident de s’en aller de Forks. Edward annonce donc à Isabella qu’il la quitte. Très déprimée, celle-ci noue une relation plus étroite avec son ami Jacob. Mais elle ne peut évidemment oublier son amoureux, d’autant que son image lui apparaît à chaque fois qu’elle est exposée au danger… (D.S.)
C’est plutôt bien vu
On laissera aux chroniqueurs spécialisés le soin de disséquer les romans et leur (absence de) qualité littéraire. Personne ne niera par contre les quelques « plus » qu’affichent les deux films sortis à ce jour. Même si le second tombe dans pas mal de travers ou de clichés, il faut leur reconnaître un certain style, et pas seulement visuel. En plus de faire un pari risqué : celui de mettre l’accent sur la psychologie et les émotions des personnages plutôt que de donner dans le démonstratif et l’overdose d’effets spéciaux (par ailleurs pas tous très réussis). Blockbuster oui, mais pas à la manière des Transformers ! A l’image des séries américaines d’aujourd’hui qui cartonnent au petit écran parce que la musique y est aussi soignée que les images, ces deux premiers films sont en outre portés par une bande-son où fourmillent les groupes dont les fans se comptent déjà par milliers. Muse, Paramore et autres Linkin Park figuraient sur la première aux côtés de Rob Pattinson himself. Sur la seconde, disponible dès avant la sortie de l’épisode 2, la barre a été placée un cran plus haut. On y retrouve une fois de plus les trois Anglais de Muse, mais aussi Thom Yorke de Radiohead, les Editors et les Killers, de même que, histoire d’ajouter une petite caution arty, Bon Iver et Grizzly Bear. (D.S.)
Des héros au sang chaud
C’est beaucoup sur les « frêles » épaules de Robert Pattinson que repose le succès bœuf de Twilight. Ce James Dean londonien de 23 ans faisait la Une du dernier Vanity Fair, bible des magazines US, signe que le jeune acteur a définitivement « quelque chose ». Il y confiait, entre autres, que la notoriété – les fans se jetant sur son passage en suppliant « Mords-moi » – n’était pas vraiment sa cup of tea. Le hic, c’est que son personnage de héros romantique, mystérieux, sexy, torturé, loin du Cédric sain et cordial qu’il incarna dans Harry Potter et la Coupe de feu, chavire le coeur des ados de 12 à 72 ans. Sous ses canines, on trouve Bella (Kristen Stewart, Américaine, 19 ans), brunette en jean-baskets. « Elle est discrète, en retrait, n’essaie pas d’être populaire, analyse Valérie, 43 ans et licenciée en droit dans la vie, 13 ans et midinette dans sa tête. Edward lit dans les pensées de tout le monde, sauf de Bella. Bizarre, hein ? Et puis il y a Jacob, le loup-garou (Taylor Lautner, Américain, 17 ans). Ma fille l’aime bien, avec ses cheveux courts. Moi, moins ». Le Nosferatu de Murnau, en 1922, n’éveillait pas franchement
le désir féminin. Gary Oldman (le Dracula de Coppola en 1992) fit grimper la température. Mais c’est le Pattinson de Twilight, aujourd’hui, qui échauffe tous les sangs. (J.H.)
C’est « réaliste »
C’est peut-être là l’une des clés du succès de Twilight. Si le personnage d’Edward est de ceux qui font rêver les spectatrices, les demoiselles n’ont pas de mal à s’identifier à l’héroïne. Bella vit avec un père divorcé et dépassé, tient un journal intime sur son laptop et se sent mal dans sa peau jusqu’au jour où elle découvre l’amour au lycée qu’elle fréquente. Marre des caricatures d’ados comme en servent par camions entiers les comédies potaches ? Ceux de Twilight ont un quotidien plutôt classique… jusqu’à ce qu’y surgisse le fantastique. Et puis, comme dans la vraie vie, ils ont leur tribu. Point de bobos ou de punks ici, mais la classe moyenne et des Indiens, des vampires amateurs de design et de mode, des loups-garous vivant en marge de la société, torses nus et bermudas quand la colère ne leur a pas donné l’apparence de lycanthropes. Un peu à la façon de Da Vinci Code de Dan Brown, Stephenie Meyer aime mêler la légende et l’Histoire. Une partie de son récit se déroule ainsi à Volterra, authentique cité médiévale de Toscane où, raconte-t-elle, on fête à la Saint-Marc la victoire des humains sur les vampires… Et où les vampires survivants convertissent les touristes désireux d’en être ! (D.S.)
Une recette éprouvée
La preuve par Harry Potter : confier aux bons soins d’une brochette de scénaristes et de réalisateurs l’adaptation au grand écran de romans destinés à un public jeune peut être payant. Twilight est une saga romantique en quatre tomes qui compte parmi les best-sellers. Et née qui plus est sur un terreau propice : l’heure est aux vampires, écrivions-nous dans ces pages il y a un mois. L’heure est aussi à la « bit lit », avec « lit » pour « littérature » et « bit » pour « to bite ». Personnage central de ces bouquins qui partent comme des petits pains : le ou la vampire, donc. Stephenie Meyer (notre photo) en propose une version relookée, tout comme J.K. Rowling s’était attachée à rendre contemporain le personnage du sorcier. C’est passablement plus simplifié que du Anne Rice, mais peut-être plus efficace. Voire même plus en phase avec une morale amoureuse où patience et fidélité sont des vertus (Miss Meyer est issue d’une famille mormone). Portez le tout au cinéma dans une période morose où rêver et frissonner fait du bien, pensez marketing à destination d’un public essentiellement féminin parfois négligé par l’industrie du blockbuster, et il n’y aura plus trop de raisons pour que le box-office n’embraye pas. (D.S.)
Quelques chiffres
En millions, c’est le nombre de livres de la série Twilight vendus dans le monde. Traduits dans 43 pays.
Sur 100 lecteurs de bit-lit sont féminins. 40% de ces lecteurs ont entre 18 et 24 ans, 35% entre 25 et 34 ans.
En dollars (soit 205.466.423,50 euros), c’est ce qu’a rapporté Fascination, le chapitre 1 de Twilight, le film, au box-office mondial. Plus de la moitié aux USA.
En millions, c’est le nombre de DVD de Fascination vendus dans les premières 24h de sa sortie dans les bacs, en mars dernier aux Etats-Unis. Aussi bien que Pirates des Caraïbes 3, Le Chevalier noir, HarryPotter et l’Ordre du Phénix et Transformers.
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