Tractebel: deux milliards dans un pipe-line mafieux Tractebel se prend les pieds dans un «kazakhgate» Trois instructions judiciaires, en Belgique et en Suisse, cernent le «trio kazakh» Comment Tractebel a vécu la crise MODE D'EMPLOI

LALLEMAND,ALAIN; DELVAUX,BEATRICE; REGNIER,PHILIPPE

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Lundi 27 décembre 1999

Tractebel: deux milliards dans un pipe-line mafieux

Une commission de 2 milliards FB versée par Tractebel termine sa course dans les réseaux liés au crime organisé kazakh.

Les parquets de Bruxelles et Genève enquêtent depuis plusieurs mois sur les conditions dans lesquelles un trio d'hommes d'affaires «kazakhs», que l'on soupçonne d'être liés au crime organisé eurasien, se sont associés en 1996, au Kazakhstan, à la société belge d'électricité et de gaz Tractebel. Plus précisément, les juges Roggen et Devaux tentent de savoir dans quel contexte une commission pour consultance de plus de 2 milliards FB (55 millions de dollars) a été versée par Tractebel en 1997 et 1998 à ce trio: il s'avère en effet aujourd'hui que cette commission aurait été en partie utilisée pour corrompre le Premier ministre kazakh de l'époque, Akhezan Kajegueldine - lequel dément -, et serait revenue en Belgique, pour une autre partie, sous forme de «kickbacks» versés à des personnes «prochesde Tractebel».

Informéee en juillet dernier par la justice suisse, la direction de l'entreprise belge a d'initiative collaboré avec les enquêteurs, déposant plainte le 10 novembre dernier, contre X et contre l'un de ses anciens haut cadres. Par ailleurs, vu le mauvais rendement de ses investissements dans ce pays, Tractebel a déjà provisionné ses opérations kazakhes à hauteur de 8 milliards.

La présence de Tractebel au Kazakhstan s'était justifiée au milieu de la décennie par l'opportunité de décrocher une concession exclusive pour le transport et le stockage du gaz sur l'ensemble du territoire de cette république issue de l'ex-URSS. Un marché qui semblait très prometteur, et représente une clé stratégique dans une région riche en énergie.

UN TRIO CONNU DE LA JUSTICE

Tractebel avait opté pour une collaboration avec des locaux, sensés l'aider à rentabiliser son investissement. Mais il s'agissait en l'occurrence de trois hommes suspects - depuis au moins huit ans, pour deux d'entre eux - de collusion avec le crime organisé. Les trois partenaires kazakhs, autrefois associés à la compagnie d'aluminium Transworld, font d'ailleurs l'objet d'une autre instruction judiciaire belge pour association de malfaiteurs, escroquerie, menace, faux et usage de faux: ils sont accusés dans cet autre dossier d'avoir pris le contrôle de sociétés kazakhes par la force et d'avoir dérobé des documents administratifs... en ayant recours à une bande armée.

Cette fois, dans le dossier Tractebel, le trio a perçu, via la société belge, 30 millions de dollars en juillet 1997, puis 25 millions de dollars en juin 1998, versés en Suisse sur le compte de l'une de leurs sociétés. Les montants de ces «consultance fees», ouvertement comptabilisés par Tractebel, ont ensuite été partiellement retrouvés à Londres, où ils étaient gérés, selon nos informations, par un proche de l'ancien Premier ministre kazakh.

Par ailleurs, la justice belge a retrouvé la trace d'opérations réalisées par le trio et qui ont eu pour finalité d'enrichir le patrimoine de cet ancien Premier ministre. D'autres largesses concerneraient la famille de l'actuel président du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaïev. De là à penser que c'est l'argent de Tractebel qui aurait été utilisé pour corrompre ces hommes, telle est l'hypothèse que les enquêteurs sont en train de vérifier.

Pourquoi Tracetebel s'est-elle associée avec un tel trio? Manque d'information en provenance de la Sûreté d'Etat? Naïveté dans la gestion d'un dossier confié à un homme quasi seul? La question reste grande ouverte. La société belge se refuse à tout commentaire sur un dossier désormais entre les mains de la justice. Une attitude également adoptée par Philippe Bodson, ex-patron de Tractebel, et Daniel Deroux, ex-patron d'EGI, la filiale internationale en charge du dossier kazakh.

ALAIN LALLEMAND

Dossier page 15

Tractebel se prend les pieds dans un «kazakhgate»

Quel lien entre un trio kazakh de malfaiteurs présumés, un ex-Premier ministre kazakh suspect de corruption et deux milliards baladeurs, versés par Tractebel?

A la mi-octobre, sans tapage, le parquet de Bruxelles envoyait une double commission rogatoire au Kazakhstan, république de l'ex-URSS: non seulement la destination semblait exotique mais, fait assez rare, un gendarme et un membre de la PJ de Bruxelles allaient y enquêter de concert sur un même trio d'«hommes d'affaires», dans deux dossiers distincts, pour le compte de juges d'instruction distincts. Dans la cible, trois hommes venus de l'Est et installés en Belgique.

Dans le premier dossier - une affaire de blanchiment instruite par la juge Roggen -, il s'agit de la corruption possible de l'ancien Premier ministre du Kazakhstan, Akezhan Kajegueldine, dont les fonds auraient en définitive atterri, après blanchiment, dans des placements immobiliers belges. Le deuxième dossier, entre les mains du juge Bulthé, porte sur une gigantesque escroquerie présumée au détriment de l'industrie minière kazakhe, avec faux, usage de faux, menaces, abus de confiance, association de malfaiteurs, le butin de ces malversations étant revenu en Belgique.

Belle double affaire... Et d'autant plus intriguante que le trio a visiblement le bras très long, tant à l'Est que dans notre pays, et qu'il évolue non seulement dans les sphères politiques et économiques mais également à la limite de l'affairisme et du mafieux.

Le 10 novembre dernier, coup de théâtre: la société Tractebel, l'entreprise belge de gaz et d'électricité, dépose à Bruxelles une plainte qui, elle aussi, concerne indirectement les mêmes acteurs. Au centre de ce nouveau dossier: une commission de 55 millions de dollars (plus de deux milliards de francs) versée par Tractebel dans la foulée de sa percée au Kazakhstan, et dont la destination finale est peu claire. Ces mouvements de fonds sont déjà mis à l'instruction en Suisse et devraient déboucher sur une nouvelle instruction à Bruxelles. Pot-de-vin ou commission pharaonique? La justice tranchera.

Dans l'immédiat, une question se pose: dix ans après l'implantation de la mafia russe à Anvers, la Belgique héberge-t-elle un nouveau type de criminalité financière venue de l'Est? C'est ce que tentent de savoir deux juges belges, un juge suisse, les services de renseignement belge et kazakh, la PJ et la gendarmerie.

ALAIN LALLEMAND

Trois instructions judiciaires, en Belgique et en Suisse, cernent le «trio kazakh»

A quels titres trois hommes d'affaires kazakhs, résidant en Belgique, sont-ils dans le collimateur du parquet?

1 Le dossier Kajegueldine. Tout commence en 1996 par une déclaration de soupçon (reporting ) de la Banque Bruxelles Lambert à destination de la Cellule de traitement des informations financières (CTIF). Il s'agit alors d'un transfert suspect de fonds entre une société néerlandaise et la Belgique, ceci aux fins de reprendre deux sociétés de droit belge nouvellement créées, fondées en juin et juillet 1996 à Molenbeek. Curieux: ces deux sociétés ont pour objectif le rachat d'un «château» et d'un terrain, lesquels changent ainsi de mains deux fois en peu de temps. Ces soupçons bancaires étant pris au sérieux, les faits présumés de blanchiment sont mis à l'instruction auprès du juge De Haan, qui le transmettra ensuite à la juge Roggen.

Le trio kazakh, qu'on découvre alors, intervient dans cette double opération immobilière via une de ses sociétés belges. En grattant, les enquêteurs se rendent compte que la société néerlandaise qui est à l'origine du financement dépend elle-même d'une société des Antilles néerlandaises, la «Lostona». Or qui apparaît derrière la «Lostona»? Mme Kajegueldina, épouse de l'homme qui est alors Premier ministre du Kazakhstan, Akezhan Magzhanovich Kajegueldine.

La suite est kazakhe: lorsque Kajegueldine démissionne, à l'automne 1997, il prend la tête de l'opposition politique au régime présidentiel et devient la cible des services de renseignement kazakhs qui lui reprochent d'avoir été corrompu par le trio, dont l'existence est dévoilée par la presse locale. La corruption aurait duré sur l'ensemble de la période 1994-1997, voire davantage, soit la grande époque de la privatisation du pays. Le service kazakh de sécurité nationale communique d'ailleurs que la police belge enquête.

M. Kajegueldine réagit, affirme qu'il dispose d'une fortune personnelle, qu'il n'a jamais été propriétaire de «château» en Belgique - ce que lui reproche la presse kazakhe, confondant le château d'un associé et le véritable bien immeuble de la famille Kajegueldine, à Waterloo - et s'enquiert, via son conseil de l'époque, de ce que lui reprocherait la justice belge. L'ex-Premier ministre reçoit une réponse qu'il interprète comme rassurante et affirme qu'il ne fait l'objet d'aucune enquête en Belgique. En fait, la section financière du Parquet a simplement affirmé qu'il n'était pas... inculpé à ce jour (octobre 1998).

En réalité, l'instruction se poursuit et menace désormais non seulement l'ancien Premier ministre et sa famille, mais également le président en exercice Noursoultan Nazarbaïev qui aurait lui aussi bénéficié de largesses. Depuis, la coopération judiciaire des autorités kazakhes avec la gendarmerie belge est devenue singulièrement plus problématique...

2 Le dossier Transworld. En décembre 1997, la représentation suisse d'une société des Bahamas, Trans-World Metals SA, porte nominativement plainte contre le trio kazakh pour faux en écritures et usage de faux, escroquerie, abus de confiance, menace et association de malfaiteurs. Les faits se sont passés au Kazakhstan, les avocats de Transworld sont basés à Londres, mais les trois Kazakhs suspects résident en Belgique. C'est dès lors le juge Bulthé qui est saisi du dossier. Il est épaulé par la PJ de Bruxelles.

Le profil du plaignant est complexe: Transworld est une société qui, en 94 déjà, était à la «une» du «Moscow Times» pour avoir été victime de pratiques mafieuses russes et s'être vu subtiliser par la force les 20% d'actions qu'elles détenait dans la compagnie d'aluminium de Krasnoïarsk (Sibérie orientale), l'une des plus importantes au monde. Elle connaîtra également des démêlés judiciaires au Kazakhstan, face à son partenaire kazakh - l'Etat - et sera déboutée. Enfin, elle a été liée à Lev Tchernoy, businessman de Tachkent (Ouzbekistan), sous instruction en Suisse, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne pour blanchiment d'argent (1). Il est aussi suspecté d'entretenir des relations avec le crime organisé russe.

Transworld se plaint cette fois - réplique exacte de ce qui lui était arrivé en Sibérie - d'avoir été dépossédée, en 1997, de sa représentation au sein de sociétés kazakhes, sociétés qu'elle a rachetées lors de leur privatisation en constituant des joint-ventures avec le trio kazakh. Trio qui lui avait d'ailleurs été présenté par Lev Chernoy. Passons aujourd'hui sur les noms de ces sociétés, mais après une prise de pouvoir via des procurations contestées, le trio aurait ensuite créé à Tortola, une des îles Vierges britanniques, une société destinée à siphonner la clientèle de Transworld. Cette dernière accuse d'ailleurs le trio d'avoir, pour empêcher toute poursuite judiciaire, envoyé dans une banque d'Alma-Ata des hommes armés afin de subtiliser les traces administratives de ces privatisations.

Le fruit de ces détournements supposés de sociétés et de matières premières (fer et chrome) serait ensuite revenu en Belgique, via les comptes belges de leur société de Tortola (on y a retrouvé quelque 44,4 millions de dollars) et son appendice, une nouvelle société de droit belge située avenue Louise, à Bruxelles.

3 Le dossier Tractebel. Dans le cadre du premier dossier, lors d'une commission rogatoire belge opérée au début de 1999, on découvre à Londres une multitude d'opérations financières au bénéfice de comptes ou de sociétés du trio kazakh. Gérant de ces comptes: le beau-fils de Kajegueldine. Pur prolongement du premier dossier? Non, car on repère dans ces mêmes flux 33 millions de dollars versés par... Tractebel, dans la foulée de son implantation, en 1996, au Kazakhstan. Montants identifiés comme «consultance fees» (honoraires de consultance). A la demande de la Belgique mais aussi sur base d'un dossier national, la Suisse enquête à son tour sur ces commissions, car c'est 55 millions de dollars que Tractebel a versés au total.

La curieuse découverte londonienne pourrait donner lieu à une instruction belge distincte. Mais Tractebel va devancer cette hypothèse: en juillet, la société apprend incidemment, par l'une de ses banques, que la justice suisse est sur la piste des 55 millions de dollars. Comme Tractebel a désigné un «manager de crise» pour ses investissements kazakhs - qui ne produisent pas le bénéfice escompté -, ce manager rencontre d'initiative la justice suisse. Laquelle parle d'argent de la corruption et de «quickbacks» reversés en Belgique à des personnes évoluant autour de Tractebel.

Tractebel réalise alors que l'un de ses anciens cadres, dont elle s'est séparée en 1998, a peut-être payé des pots-de-vin, déguisés en frais de consultance. Et décide de porter plainte contre cet ancien cadre et contre X. Ce qui est fait le 10 novembre. Cerise sur le gâteau: l'ancien cadre de Tractebel travaillerait maintenant pour le trio kazakh... Nous avons démarché, pour obtenir des interviews, de deux des membres du trio ainsi que de l'ex-Premier ministre du Kazakhstan. Sans succès.

A. L.

(1)«Switzerland, US and UK probe Russian aluminium magnate», in «Financial Times», 12 octobre 1999.

Comment Tractebel a vécu la crise

Juillet 1999. La direction de Tractebel est interpellée par son banquier suisse qui fait l'objet d'une demande de la justice locale, le priant de divulguer l'origine d'un versement d'argent. Outre l'intérêt purement suisse pour ces flux d'argent, une commission rogatoire belge vient en effet d'arriver en Suisse, dans le cadre d'une enquête sur deux industriels kazakhes domiciliés en Belgique et ayant travaillé pour Tractebel. Au centre de cette enquête, des soupçons de blanchiment et de corruption.

Chez Tractebel, on ne tombe pas tout à fait des nues: cela fait plusieurs mois que le «top» de l'entreprise considère que le dossier kazakh «sent mauvais».

C'est en 96 que Tractebel a succombé aux charmes énergétiques de la république kazakhe (lire le mode d'emploi ci-contre). Tout d'abord via la privatisation de deux centrales électriques à Alma-Ata, la capitale, ensuite par l'octroi d'une concession gazière. Ce dernier projet est majeur du point de vue géostratégique, permettant à Tractebel d'acheminer les prodigieuses réserves de gaz de l'ex-Union Soviétique vers l'Europe de l'Ouest et l'Europe Centrale.

Quatre-vingt-cinq millions de dollars (quelque 3,2 milliards de FB), c'est le montant payé pour être de l'aventure. Un montant divisé en deux parties: 30 millions vont directement à l'Etat kazakh en paiement de la concession gazière, le solde - soit 55 millions - est versé à trois intermédiaires locaux, des industriels qui ont pour mission d'aider l'homme de Tractebel, Nicolas Athérinos, vice-président d'EGI (bras international de l'entreprise belge) et président de la société kazakhe Intergas Central Asia.

UNE DES CLÉS DE LA PLAINTE:

NICOLAS ATHÉRINOS

Il faut notamment, pour assurer la rentabilité du projet, trouver des débouchés au gaz livré en nature par Gazprom, le gazier russe, au titre de paiement.

Quelques mois plus tard, on déchante: le front kazakh ne rapporte pas les bénéfices escomptés. Les centrales électriques? Le gouvernement empêche les augmentations de tarifs, prévues par contrat, qui assuraient la rentabilité du projet. Le gazoduc? Impossible d'écouler les volumes de gaz reçus de Gazprom. Et lorsque Tractebel arrive malgré tout à le vendre, c'est contre paiement en tengé, la monnaie locale dévaluée en 98. Les pertes pour 98 restent cependant supportables: elles s'élèvent à 208 millions de FB.

C'est en marge de ces avatars que l'on apprend le licenciement brutal de Nicolas Athérinos. Peu d'explications officielles à l'époque. Chez Tractebel, on a semble-t-il découvert qu'Athérinos prenait des engagements sans être couvert par Daniel Deroux, le président d'EGI - il aurait ainsi fixé les tarifs de la concession gazière à un prix inférieur aux exigences de Tractebel. On nourrit également des doutes sur son intégrité personnelle. Mais, faute d'éléments de preuve, dit-on aujourd'hui, aucune plainte n'est déposée.

L'éjection d'Athérinos ne ravit pas - c'est un euphémisme - le trio kazakh... qui vient trouver Philippe Bodson, président du comité de direction de Tractebel, à Bruxelles, pour demander des explications. Une rencontre qui, dit-on encore, se passe très mal.

Les mois s'écoulent à nouveau, marqués pour Tractebel par le départ de Philippe Bodson, en conflit ouvert avec l'actionnaire français Suez Lyonnaise des Eaux. Suivi peu de temps après par Daniel Deroux, le patron d'EGI. C'est alors que le Kazakhstan ressort brutalement du placard pour aboutir sur la table de Jean-Pierre Hansen, nouveau numéro un de Tractebel.

TOUT LE DOSSIER KAZAKH

EST DÉSORMAIS PROVISIONNÉ

Dès avril 1999 en effet, les signaux alarmants se multiplient, mettant notamment en évidence la rentabilité très faible des projets. Les pertes sont d'une telle ampleur qu'il faut sans attendre les provisionner dans les comptes semestriels, à hauteur de huit milliards.

Dans la foulée, Jean-Pierre Hansen nomme un manager de crise extérieur à l'entreprise qui se rend au Kazakhstan et fait, début juillet, un constat global très sombre, qui débouche notamment sur un tri dans les hommes qui gèrent le dossier sur place. Mais le constat du consultant est amplifié par les informations transmises soudain par les milieux judiciaires: primo, les trois Kazakhs qui ont eu la confiance de Tractebel, sont au centre d'un dossier de blanchiment et de corruption; secundo, une partie de la commission que l'entreprise belge leur a versée pourrait avoir servi à corrompre des hauts dignitaires locaux mais une autre partie serait revenue sur les comptes d'«hommes proches de Tractebel»...

Il n'y a pas photo: la direction de l'entreprise belge prend l'initiative de collaborer avec la justice et, dans la foulée, elle dépose plainte.

B. Dx.

MODE D'EMPLOI

Tractebel au Kazakhstan. Le groupe belge est présent au Kazakhstan avec la production d'électricité à Alma-Ata, et surtout une concession exclusive pour le transport et le stockage du gaz sur le territoire de cette ex-république soviétique.

Electricité. Tractebel a fait son entrée chez les Kazakhs en 96. En août de cette année, le groupe a remporté la privatisation d'Almaty Power Consolidated (APC), une société de production et de distribution d'électricité et de chaleur (de l'eau chaude pour le chauffage) dans la région d'Alma-Ata. Tractebel est propriétaire de quatre centrales électriques, trois au charbon et une hydraulique.

La société belge a été régulièrement confronté à la fronde des consommateurs locaux. La «facture Tractebel» est désormais célèbre - et très peu populaire.

Gaz. La véritable percée kazakhe de Tractebel devait s'effectuer dans le gaz. Le groupe énergétique a décidé d'investir ce secteur en juin 97, alléché par de formidables perspectives de vente et de transit de gaz - largement surévaluées, apparaît-il moins de trois ans plus tard: si rien n'était entrepris, Tractebel pouvait perdre cette année au Kazakhstan jusqu'à un milliard de nos francs.

Au départ, on était convaincu, à Bruxelles, qu'une entreprise privée battant pavillon d'un petit pays, allait réussir à débloquer les relations houleuses entre le Kazakhstan et les républiques gazières limitrophes d'Ouzbékistan, du Kirghizistan et du Turk- ménistan, et rétablir la circulation du gaz.

Contrats. Plusieurs contrats signés à l'été 97 accordent à Tractebel le statut d'unique concessionnaire pour le transport et le stockage de gaz naturel au Kazakhstan (produit au Turkménistan et en Ouzbékistan). Tractebel devait percevoir une «commission de transport».

En décembre 96, le gouvernement kazakh avait lancé un appel d'offres international pour l'exploitation de deux réseaux de gazoducs, longs de huit mille kilomètres au total, raccordés à ceux des trois républiques gazières et à celui de la Russie - ouvrant ainsi la perspective d'une position stratégique pour l'acheminement des réserves de gaz de l'ex-Union soviétique vers l'Europe de l'Ouest et l'Europe Centrale. L'offre de Tractebel avait été retenue en juin 97, coiffant sur le poteau celles d'Enron (Etats-Unis) et de Gaz de France. Une filiale kazakhe fut créée: Intergas Central Asia.

Officiellement, Tractebel devait payer au gouvernement kazakh, à titre de redevance, l'équivalent de 2 % du volume de gaz transporté et partager avec lui une partie des bénéfices tirés de l'opération. La concession était donnée pour vingt ans et susceptible d'être prolongée de dix ans. De très lourds investissements étaient prévus pour remettre les tuyaux en état et modifier le tracé du gazoduc, pour le ramener entièrement sur le sol kazakh, alors qu'il traverse le Kirghizistan voisin.

Kazakhstan. Cinq fois plus vaste que la France et indépendant depuis décembre 1991, le pays recèle de précieuses ressources naturelles, avec de formidables réserves de gaz et de pétrole, mais aussi des métaux ou de l'uranium.

Ph. R.

Demain:

les paravents financiers