Transport Les dirigeants de la Sabena abusés ? Premiers indices d'un abus de confiance de Swissair

DEMONTY,BERNARD

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Mercredi 11 décembre 2002

Transport

Les dirigeants de la Sabena abusés ?

Premiers indices d'un abus de confiance de SwissairANALYSE

BERNARD DEMONTY

Pour la première fois depuis la faillite de la Sabena, le 7 novembre 2001, des soupçons sérieux d'abus de confiance, un comportement sanctionné pénalement en Belgique, pèsent sur Swissair (lire nos éditions de ce mardi).

C'est le juge d'instruction Jean-Claude Van Espen, saisi de diverses plaintes de membres du personnel de la compagnie faillie, qui a mis au jour des éléments susceptibles de constituer cette infraction. Ces informations ont filtré après que la commission d'enquête parlementaire sur la Sabena eut obtenu du juge Van Espen une copie de certaines auditions.

Les soupçons du juge envers Swissair se sont éveillés lors d'une perquisition au siège d'Airbus, à Toulouse, le 17 septembre dernier. Le juge a découvert que Swissair disposait d'options d'achats sur 21 avions Airbus depuis le début des années 90.

Une option d'achat est un droit d'acheter un avion à un prix déterminé. Swissair avait acheté ces options au prix de 330.000 dollars pièce. La compagnie suisse se trouvait donc devant l'alternative suivante : soit elle achetait les avions, soit elle perdait 330.000 dollars par avion.

En juin 1997, la question du renouvellement de la flotte de la Sabena s'est posée. A ce moment, d'après plusieurs sources parlementaires, Peter Gysel, un employé de Swissair chargé de conseiller la Sabena pour le renouvellement de la flotte, aurait modifié les options d'achat, avec l'accord d'Airbus, pour que celles-ci puissent désormais s'appliquer à la Sabena et non plus à Swissair, cette dernière ne souhaitant plus les exercer.

D'après plusieurs administrateurs de la Sabena, ni les dirigeants de Swissair, ni Peter Gysel, n'ont informé la Sabena de l'existence de ces options. Quelques mois après la modification de celles-ci, le conseil d'administration de la Sabena a décidé d'acheter 34 Airbus.

Si ce scénario se confirme, il est dès lors établi que Swissair avait un intérêt direct à ce que la Sabena achète des Airbus. Certaines sources parlementaires indiquent même que l'existence de ces options a pu pousser Swissair à inciter la Sabena à acquérir 34 Airbus, alors que la compagnie belge ne comptait en acheter que la moitié. En transférant le plus grand nombre possible d'options à la Sabena, Swissair évitait de perdre autant de fois 330.000 dollars.

Le juge devra toutefois établir le comportement frauduleux de Swissair. Pour qu'il y ait abus de confiance, il faudra qu'il prouve que Swissair a caché l'existence des options au conseil d'administration de la Sabena (ce qui semble établi) et que la compagnie suisse a imposé cet achat à la Sabena. Cette preuve ne sera pas facile à apporter car le conseil d'administration de la Sabena a toujours nié avoir acheté les 34 Airbus sous l'influence déterminante de Swissair. Précisons que nous avons tenté de joindre Peter Gysel au siège d'Airbus, où il travaille, mais qu'il n'a pas été donné suite à notre appel.·