Liège entame enfin l’après-gare

RENETTE,ERIC

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Vendredi 14 mai 2010

Transports Lancement des travaux d’aménagement du quartier début août

Le coup de sifflet de départ a été donné : les travaux d’aménagement de l’espace public en face de la nouvelle gare de Liège sont programmés pour août. Enfin ! Ce sera onze mois après l’inauguration de la gare Calatrava… et onze ans après le début des travaux. Du moins si tout se passe bien. Ce qui est loin d’être garanti. La SNCB, propriétaire d’un tiers des terrains situés devant la gare, le long de ce qui doit devenir la nouvelle percée vers la Meuse, n’a toujours pas marqué son accord sur le projet.

Cette percée, cette « rambla » moderne, est aujourd’hui quasi à l’état de terrain vague et de parking. L’habitat a été exproprié et démoli lors de la construction de la gare. Le nouveau projet relie la nouvelle gare au fleuve en ouvrant des perspectives immobilières importantes : 400 à 500 nouveaux logements, plus de 50.000 m2 de bureaux, de l’hôtellerie, des services… Et un point de vue direct liant la gare, la Meuse et le parc de la Boverie où un nouveau projet culturel est en préparation. Une perspective enthousiasmante qui, jusqu’ici, divise plus qu’elle ne rassemble. Ça tient au fait que le projet adopté par la ville est une version édulcorée/détournée/réduite de ce que la SNCB et son fer de lance EuroLiège TGV (aujourd’hui rebaptisé Eurogare) avait conçu avec l’architecte de la gare, Santiago Calatrava. Ce dernier imaginait une intervention plus massive, plus chère (notamment en expropriations), plus intrusive dans le quartier mais plus valorisante pour la gare, « plus ambitieuse pour la Ville » plaide l’architecte au bord de l’autosatisfaction.

Sous la même bannière « On dessine la Liège du XXIe siècle », la Ville et la SNCB s’entendent à ne pas se parler depuis des années. Chacun, fort d’un tiers des terrains, reste campé dans sa certitude, ses espoirs et ses moyens.

La SNCB-Holding entend profiter de la réussite populaire et architecturale de la gare pour rentabiliser les abords, valorisant ainsi au maximum ses terrains et son investissement (320 millions pour la gare et 117 pour les aménagements ferroviaires). Mégalo, crie-t-on à la ville où on rappelle qu’on n’est ni à Paris, ni à l’époque des grands boulevards d’Haussmann. À la Ville, dont les finances ne sont pas des plus florissantes, on admire le geste architectural mais on clame un urbanisme plus intégré dans une réalité urbaine que les riverains ne manquent pas de rappeler à chaque période électorale.

Mardi, pour la première fois, deux représentants de la SNCB-Holding ont assisté à un conseil d’administration de la SDLG (société de développement de Liège Guillemins), la société portée sur les fonts baptismaux en décembre dernier à qui la Ville a sous-traité les aménagements publics et les subsides européens (plus de 25 millions d’euros pour les aménagements structurels du quartier). Mais ils y ont assisté en tant que simples observateurs. La SNCB-Holding est claire depuis le début : elle ne participera à la nouvelle structure liégeoise qu’une fois en possession d’un plan financier et stratégique. La SDLG, présidée par le bourgmestre Willy Demeyer, leur a promis pour juin. Le temps que ces plans fassent le tour de la machine administrative ferroviaire et reviennent avec un éventuel « nihil obstat » et les travaux risquent d’être déjà entamés.

Quand on sait que le troisième « gros propriétaire », Fedimmo, une filiale de sicafi Befimmo, propriétaire d’un portefeuille de bâtiments loués à l’Etat belge (Justice et Finances) a lancé, de son côté, la construction d’une nouvelle tour de 120 mètres de haut pour reloger les 1.200 fonctionnaires fédéraux. Un cavalier seul qui ajoute aux problèmes de bon voisinage et une hauteur de tour qui pose visiblement un problème urbanistique. Enfin, dernier élément de la nouvelle équation ferroviaire liégeoise : les travaux subsidiés doivent être facturés avant 2014 sinon les subsides seront perdus. Le temps perdu à ne pas se parler ne se rattrapera pas… L’après-gare ne débutera qu’après la guerre des propriétaires.