UE-USA : le sommet de trop ?

LABAKI,MAROUN

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Samedi 4 avril 2009

Diplomatie Barack Obama rencontre les Vingt-Sept ce dimanche

L’essentiel aura été dit, au G20 et à l’Otan. De plus, sous présidence tchèque, l’Union n’est pas au mieux de sa forme. Reste le symbole.

La tournée européenne de Barack Obama le conduira ce samedi soir à Prague, où il a rendez-vous, dimanche midi, avec les chefs d’Etat ou de gouvernement des Vingt-Sept.

Fallait-il vraiment un troisième sommet en quatre jours ? L’urgence de l’heure – économique et financière – a été traitée au G20 à Londres, où six pays de l’Union étaient représentés, plus la présidence tchèque de l’UE et la Commission européenne. Quant au retour au multilatéralisme, il devait être célébré au sommet de l’Otan, ces vendredi et samedi, en présence de vingt et un chefs d’Etat ou de gouvernement des Vingt-Sept, et autour de thèmes aussi cruciaux que la Russie ou l’Afghanistan.

Qui plus est, c’est hélas ! une Union un peu en méforme qui va rencontrer le nouveau président américain. Depuis le début de l’année, en effet, l’UE est à peine présidée. Mirek Topolanek, le Premier ministre tchèque, n’est pas parvenu à s’imposer : parce que son gouvernement était bancal, parce que son engagement européen était incertain, parce que son ultralibéralisme était dépassé, parce que son président, Vaclav Klaus, est résolument antieuropéen et encore très influent, etc. Cerise sur le gâteau : le chef du gouvernement tchèque est officiellement démissionnaire depuis une semaine…

Aider Obama sur Guantánamo

Restent le poids du symbole, et quelques sujets de discussion. Dont Guantánamo. Ce vendredi, le commissaire européen chargé de la Justice, de la Liberté et de la Sécurité, Jacques Barrot, a annoncé à Bruxelles que les Etats-Unis avaient « formellement » demandé aux pays de l’Union de les aider en accueillant des détenus de la célèbre prison. Les réponses de l’administration Obama aux questions posées par les Européens, expliquait le commissaire, « font état d’une ferme volonté de créer un cadre de coopération visant à faciliter les accords bilatéraux avec les Etats membres qui seraient intéressés à accepter des ex-détenus. »

« Je salue aussi, poursuivait-il, la volonté des autorités américaines de fournir toutes les informations nécessaires à l’analyse cas par cas des situations des personnes actuellement détenues dans le centre de Guantánamo et je me réjouis de l’engagement réitéré des Etats-Unis de mener la lutte contre le terrorisme dans le plein respect des valeurs démocratiques. »

L’éventuel accueil de détenus innocentés de Guantánamo – qui ne pourraient retourner sans risque dans leur pays d’origine – est débattu par les Européens depuis l’automne. Sans grand enthousiasme. On en voudra pour preuve que la France a fait savoir hier qu’elle allait en recevoir… un, sur une soixantaine ! Mais il s’agit tout de même d’aider Barack Obama à effacer de la carte, sinon des mémoires, le centre de détention créé sous son prédécesseur.

Des sources diplomatiques affirment que – hors crise économique et financière – le nouveau président américain sollicite l’appui des Européens sur Guantánamo, l’Afghanistan et l’Iran. En échange, les Européens voudraient pouvoir compter sur Barack Obama pour le Proche-Orient (faire pression sur Israël), le réchauffement climatique et la sécurité énergétique.

Ce n’est pas Vaclav Klaus qui poussera Barack Obama à propos du climat : il ne croit pas au réchauffement…