Mieux comprendre la douleur

MATRICHE,JOEL

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Mercredi 8 octobre 2008

ULg Importantes recherches sur l’état de conscience minimale

L’équipe du cyclotron mise à l’honneur. Pour une meilleure prise en charge des traumatismes cérébraux.

ENTRETIEN

Des patients qui survivent à un traumatisme cérébral grave, incapables de parler et de communiquer, perçoivent-ils la douleur ? Les chercheurs de l’ULg ont entrepris de répondre à cette question difficile de la perception de la douleur après un coma, et leurs travaux viennent d’être publiés dans la revue Lancet Neurology (1). Ils pourraient améliorer la prise en charge des patients, mais également raviver les débats sur la fin de vie. Explications de Steven Laureys, maître de recherche FNRS au « Coma Science Group » du Centre de recherche du cyclotron et du service de neurologie de l’ULg.

Quelle est l’origine de ces recherches ? Comment avez-vous procédé ?

Notre laboratoire cherche depuis longtemps à mieux comprendre les patients qui survivent à un coma. Nous avons donc utilisé des systèmes d’imagerie fonctionnelle pour étudier le ressenti de la douleur par ces personnes et ainsi, améliorer leur prise en charge. Avec les scanners du centre cyclotron de l’ULg, il est en effet possible de mesurer et visualiser l’activité du cerveau. Dans ce cas précis, nous avons comparé des sujets sains à des patients ayant subi un grave traumatisme cérébral. La question était : comment leur cerveau réagit-il à des douleurs provoquées par des stimuli électriques provoqués au niveau des mains ?

Combien de sujets avez-vous étudié ?

Nous avons analysé 15 volontaires en bonne santé, 15 patients en état végétatif puis cinq personnes en état de conscience minimale. Si nous n’en avons pas examiné davantage, c’est pour des raisons éthiques : il était inutile d’élargir l’échantillon car les résultats étaient sans équivoque.

Tous les patients réagissent-ils de la même façon ?

Chez les sujets en bonne santé, l’imagerie médicale montre clairement qu’une zone du cerveau appelée « cortex cingulaire » antérieur réagit à la perception émotionnelle de la douleur. Chez les patients en mort cérébrale, il n’y a clairement aucune activité. Les patients en état végétatif – on se souvient de l’Américaine Terry Schiavo, décédée en 2005 après une privation d’eau et de nourriture – réagissent à ces mêmes stimuli, mais de façon très faible et insuffisante pour qu’il y ait une conscience de cette douleur. Enfin, le cerveau de personnes en état de conscience minimale réagit quasiment de la même façon que le mien ou le vôtre.

Coma, état végétatif, conscience minimale… Comment définir et distinguer ces différents états ?

Le coma est souvent la conséquence d’un traumatisme, par exemple un accident de la route, ou d’une privation d’oxygène, après une noyade ou une intoxication au CO notamment. Leur état est proche de la personne qui a été anesthésiée à cette grande différence qu’on ne peut les réveiller. Ces personnes peuvent récupérer plus ou moins rapidement. Ou au contraire, évoluer vers un des autres états. La personne en état végétatif ouvre les yeux, mais elle ne réagit pas aux stimuli extérieurs, elle n’est animée que de mouvements réflexes. Enfin, l’état de conscience minimale suppose que la personne a conscience de son environnement, mais ne peut suivre des instructions simples de manière consistante. La question était donc de savoir si ces personnes, incapables de communiquer, ressentent la douleur.

Quelles sont les implications de cette recherche ?

Il faut reconsidérer le suivi thérapeutique et ne pas hésiter à prescrire des antidouleurs lors de certains actes médicaux. Ça concerne plusieurs centaines de patients en Belgique. Il y aura aussi des incidences sur les débats autour de la fin de vie : peut-on laisser mourir un patient en état de conscience minimale lorsqu’on sait qu’il ressent autant la douleur qu’un sujet en bonne santé ?

(1) www.thelancet.com/neurology