Un antidiabétique anticancer

SOUMOIS,FREDERIC

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Samedi 19 septembre 2009

Oncologie Certaines cellules résistant aux chimios actuelles pourraient être ciblées

L’antidiabétique Metformine est le médicament le plus prescrit dans le monde pour aider les diabétiques de type deux, c’est-à-dire le diabète acquis par l’âge ou le mode de vie. Il contribue à rétablir partiellement le mécanisme de l’assimilation du glucose face à la résistance progressive de l’organisme et des tissus à l’insuline.

Mais ces applications seront peut-être un jour beaucoup plus larges : combiné à l’anticancéreux Doxorubicine, il détruit plus efficacement les cellules souches du cancer chez des souris qu’une chimiothérapie seule, selon une recherche publiée cette semaine dans la revue Cancer Research. Ces résultats donnent du crédit à une thèse de plus en plus répandue qui veut que diabète et cancer flambent sur base de causes sinon identiques, du moins concomitantes, qui accentuent l’inflammation de l’organisme face à des facteurs extérieurs ou identifiés comme tels. De plus en plus de recherches tentent de vérifier si des molécules actives dans un domaine pourraient avoir un bienfait dans l’autre.

C’est le cas de ces travaux, qui viennent s’ajouter à d’autres indications préliminaires grandissantes dans les cultures cellulaires, effectuées tant chez les souris que les humains, selon lesquelles la Metformine pourrait bien contribuer à combattre le cancer du sein, écrivent les auteurs, de la faculté de médecine de Harvard. « Nous avons découvert une substance ciblant les cellules souches cancéreuses dans un traitement de première ligne contre le diabète de type 2 », souligne Kevin Struhl, professeur de chimie biologique et de pharmacologie moléculaire.

Cibler spécifiquement

les cellules souches du cancer

L’antidiabétique Metformine paraît ici agir indépendamment de sa capacité à améliorer la sensibilité à l’insuline et à réduire le niveau de sucre dans le sang, deux facteurs qui étaient déjà également liés à un meilleur pronostic pour le cancer du sein, expliquent les auteurs de la recherche. Les résultats de cette étude corroborent l’hypothèse des cellules souches cancéreuses selon laquelle un petit nombre de cellules malignes ont des capacités spéciales leur permettant d’alimenter la croissance du cancer et de promouvoir sa résurgence.

En d’autres termes, les cellules souches cancéreuses paraissent résister aux traitements conventionnels de chimiothérapie qui détruisent certes la plus grande partie de la tumeur, mais qui n’arrivent pas à la réduire totalement. « Selon l’hypothèse avancée, on ne peut pas guérir le cancer sans éliminer les cellules souches cancéreuses, et d’un point de vue purement pratique, cette idée pourrait être aisément testée chez les humains puisque l’antidiabétique Metformine est déjà prescrit comme traitement de première ligne. »

Dans les expériences conduites par cette équipe, la combinaison de Metformine et l’anticancéreux Doxorubicine a détruit les cellules souches cancéreuses et les autres cellules cancéreuses du sein dans une culture en laboratoire. Chez les souris, un prétraitement avec un cocktail Metformine-Doxorubicine a bloqué la capacité des cellules souches cancéreuses à former une tumeur. Durant les deux mois après la fin du traitement, la tumeur cancéreuse a réapparu et recommencé à croître chez les souris traitées seulement avec de la chimiothérapie mais pas chez celles soumises à la combinaison Metformine-Doxorubicine, soulignent les chercheurs. Ces bons résultats, prometteurs, ne doivent pas créer l’illusion que la Metformine est efficace seule comme traitement du cancer.