Un appel à secouer l’idéologie du PS
COPPI,DAVID
Mercredi 26 août 2009
p.4 nos informations
Mayeur et Cornil secouent le PS
Politique Les deux adressent un courrier et lancent un « appel » à Elio Di Rupo
Les deux députés fédéraux réveillent à leur manière la rentrée politique. Ils signent – et nous transmettent – un appel en six pages denses, qui prend la forme d’un courrier adressé mardi à Elio Di Rupo, où ils pressent leur président de prendre les devants : « Nous pensons le moment opportun pour que tu proposes à notre parti, le PS, mais aussi à ses partenaires sociaux et associatifs un grand processus de réflexion idéologique qui doit nous permettre d’apporter les réponses du socialisme démocratique aux défis du XXIe siècle ». Pour les deux « une profonde réflexion doctrinale s’impose », et, au bout du compte, une « réforme de la ligne politique ».
Elio Di Rupo appréciera, ils n’en doutent pas : « Car, rappelez-vous à quoi tient surtout le redressement du PS aux élections de juin : à la rupture spectaculaire d’avec Didier Reynders et le MR à une semaine du scrutin, un “coup” de la part d’Elio, qui s’est révélé salvateur, providentiel, ce qui est symptomatique de ce dont nous avons besoin maintenant : de rupture, bel et bien ».
Le texte expédié au 13-Boulevard de l’Empereur est éloquent à cet égard : il faut « sortir du capitalisme », s’engager dans « un nouveau modèle de développement ». Un langage de gauche et de jadis retourné d’un coup vers le futur. « C’est un moment historique pour réfléchir à notre message, il ne faut pas le laisser passer », nous expliquent les parlementaires actifs en commissions des Finances, pour Mayeur, et du Climat, pour Cornil : « Paradoxalement, alors qu’avec la crise financière et la crise écologique, il y a une énorme attente de changement chez les gens, la gauche perd des plumes un peu partout, en France, en Allemagne, en Italie, en Grande-Bretagne, où elle se fourvoie d’ailleurs en querelles de leadership. Les valeurs de la social-démocratie restent pertinentes mais elles sont désormais insuffisantes, et son modèle d’équilibre entre État et marché arrive à son épuisement. Il faut relancer à travers tout le mouvement socialiste une réflexion intellectuelle et doctrinale par rapport aux enjeux planétaires, à commencer par l’environnemental ».
L’écologie, donc, et avec elle le « développement durable » (du reste, un concept social-démocrate à l’origine) comme nouvelle frontière du socialisme démocratique, mais revisitée en ces termes par Yvan Mayeur : « Les réponses de la social-démocratie aux questions sociales, notamment par la Sécu, ont été structurantes, solidaires et égalitaires. C’est leur originalité, leur force. Il faut opérer comme cela en matière d’écologie aussi, par des réponses structurelles, solidaires et égalitaires ». Jean Cornil ajoute : « Loin des réformettes environnementales avec un système libéral maintenu, qui individualisent les réponses et les comportements des gens, accroissant les inégalités ». Un appel ? Un cri. Les ex-quadras – 49 ans et 51 ans respectivement – ne lésinent pas sur les signaux d’alarme : « La crise écologique s’approfondit et le retour à un équilibre de la biosphère est définitivement exclu si nous ne modifions pas radicalement nos modes de vie (…) Le modèle de développement économique qui a permis le bien-être en Europe, en Amérique du Nord et au Japon est fondé sur de grandes inégalités, sur une exploitation des richesses des pays du Sud et sur une économie du gaspillage des ressources naturelles et de destruction des écosystèmes. Il conduit la
planète à la catastrophe. »
Au cataclysme écologique, ajoutez celui dû à la crise du « capitalisme financier », « dérégulé, sans plus de compromis social, avec une tension de plus en plus grande entre les revenus tirés des profits financiers et ceux du travail », qui provoque « fermetures d’entreprises, licenciements, pressions sur les travailleurs, augmentation du stress, sentiment général de dépression et de difficultés grandissantes pour les générations suivantes… »
L’heure est grave, des tabous à gauche peuvent tomber : il faut « s’interroger sur le principe même de la croissance, oser remettre en cause un productivisme qui menace la qualité de vie », réfléchir « à des programmes économiques de croissance sélective et solidaire et de décroissance sélective et solidaire, porteurs d’amélioration du bien-être ».
« Pas électoraliste », pas davantage voué à damer le pion à Ecolo – « Même si, aux Européennes en France, Cohn Bendit à deux points du parti de Jaurès, ça pose question… » –, l’appel de Mayeur et Cornil augure « une réflexion enthousiaste pour le changement ». « C’est tout ce qu’on veut. » Qui dit mieux ?
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