UN BELGE INVITE PAR FIAT A DISPUTER LA MANCHE D'OUVERTURE DU CHAMPIONNAT DU MONDE AU MONTE-CARLO CE "MONTE", LARRY COLS L'A DEJA

MILECAN,GUY

Page 22

Mercredi 14 janvier 1998

Un Belge invité par Fiat à disputer la manche d'ouverture du championnat du monde au Monte-Carlo

Ce «Monte», Larry Cols l'a déjà gagné !

A 22 ans, le pilote verviétois va disputer son premier rallye mondial. Sur une voiture d'usine qui plus est !

Déjà, son prénom. Larry. A Verviers où il est né le 5 avril 1975, il est plus fréquent de s'appeler David, Jean-Lou ou Jeannot. Et son unique soeur de 19 ans, elle se prénomme sans doute Maureen ?

Non, Daisy ! sourit ce célibataire vivant toujours chez ses parents à Sart-lez-Spa. Pour moi, je sais que mon père a un cousin qui vit aux Etats-Unis et qui s'appelle Larry. Pour ma soeur, j'ignore la raison...

Son paternel, parlons-en. Champion de Belgique des rallyes inter en 1980, son nom ne figure pourtant pas au palmarès. Jean-Marie Cols roulait sous le pseudonyme de «Didi». Ainsi, aujourd'hui, Larry doit non seulement se faire un prénom, mais aussi un nom dans le milieu de la course ! Tiens, et pourquoi pas un pseudonyme comme papa ?

C'est devenu un luxe tellement la fédération demande cher pour en obtenir un. Et pour lui, c'était venu naturellement car un de ses frères ne parvenait pas à dire Jean-Marie et l'avait baptisé «Didi ». Tout le monde l'appelait comme ça. Encore maintenant. Et certains clients demandent après Monsieur Didi Motors, du nom de sa concession automobile !

Un garage Fiat-Alfa. En compétition comme à la ville, Jean-Marie Cols est un fidèle de Fiat. Même dans les épreuves historiques, il s'amuse encore à faire vrombir des modèles transalpins tels la Lancia Fulvia, la Fiat Abarth ou l'Alfa SZ Zagato. Alors le fiston, pas question qu'il manipule un volant étranger au groupe !

Dès que j'ai eu mon permis, j'ai acheté une Cinquecento 900 cc à un pilote du trophée français - en fait, de nombreux pays organisent un challenge national, pas la Belgique... - et avec mes 65 chevaux sous le capot, j'étais tout fier, en 1994, de terminer le rallye des Hautes-Fagnes, précise Larry. Puis, j'ai fait le Condroz. Pierre Moray et Eric Bertholet furent mes copilotes. Avec ce dernier, on a disputé 6 épreuves en 1995 de Spa à Huy. Le but était de terminer et d'emmagasiner de l'expérience.

Se présenta le «Trofeo Cinquecento» européen. Une aubaine. Travaillant à la facturation, puis dans l'atelier mécanique de la concession familiale, Larry, désormais accompagné par Philippe Droeven dans le baquet de droite, allait découvrir du pays. Sur une « 1100», baptisée «Sporting» dans la gamme et nantie de 100 chevaux : whoaw !

Nous n'avons pas fait évoluer notre voiture, haute, pesant 800 kg, mais courte et maniable tel un kart, comme les pilotes italiens du trophée, affirme notre interlocuteur. Je me suis personnellement chargé de l'entretien tandis que pendant les courses, un changement de pneus de temps en temps et un remplissage du réservoir suffirent. Rayon fiabilité, cette machine est incassable !

Au terme des 7 manches du trophée, le nom de Larry Cols figurait en deuxième position derrière un Italien. Présent à quatre reprises en Belgique aussi - J'ai terminé 25e à Spa sur ma 900 -, il remporta le titre dans la classe A5.

Cette saison 1996 ne nous coûta pas un franc grâce au jeu des primes allouées par Fiat, souligne ce pilote sans sponsor. L'édition 1997 fut moins heureuse avec 3 abandons, mais le budget reste raisonnable. Et, à la clef, j'ai été invité au Memorial Bettega où je me suis incliné en finale devant l'Italien Valter Ballestrero, lauréat du trophée aussi, et au Monte-Carlo 1998. Là, je disposerai, comme 14 autres privilégiés issus des compétitions nationales, d'une voiture mise au point à Turin, équipée d'une boîte 6 et de 110 cv ! J'aurai un camion de pièces, autant de pneus que je veux, deux mécanos et même un masseur !

Ce Monte-Carlo, où son père refera équipe avec André Pauly pour assurer le rôle d'ouvreurs, il l'a gagné en se révélant le meilleur des moins de 23 ans. Un marchepied idéal. Pourtant, à l'horizon, se dessine un énorme point d'interrogation. Fiat arrête son trophée et ne le reconduira pas avec la prochaine Seicento. En Belgique, Larry est un soldat inconnu. De quoi regretter son option internationale ?

Pas le moins du monde, claque sa réponse. Quel jeune possède autant d'expérience que moi ? J'ai visité tous les types de terrain, plats ou montagneux, asphaltés, en terre ou enneigés, je roule aux notes, assimile des spéciales de 35 km, de longues liaisons : malheureusement, je ne sais pas me vendre !

Son père l'aide, mais, avec cette Alfa 156 qui noircit son cahier de commandes, il n'a guère eu le temps. Sinon d'avoir une idée. Originale, une fois de plus : aligner dans le championnat belge deux Cinquecento rachetées au Monte-Carle pour son fils Larry et sa fille Daisy. La lettre, datée du 20 janvier, est dans les mains de l'importateur Fiat...

GUY MILECAN