Un bon « brol » d’air frais à l’ L
MAKEREEL,CATHERINE
Page 48
Mercredi 11 février 2009
Première édition du VRAK Festival pour s’abreuver de théâtre, danse, musique et arts visuels aux quatre coins d’Ixelles.
En effet, depuis avril dernier, le Théâtre de l’L est devenu l’L, « lieu de recherche et d’accompagnement pour la jeune création. » Un lieu qui, avec l’aide de sept partenaires ixellois, accueille des artistes en résidence pour donner un coup de pouce à leur projet. Des projets mêlant théâtre, danse, musique, cinéma et arts visuels à découvrir, en vrac, sous forme d’essai, de chantier ou de présentation pendant quatre jours sacrément sportifs.
Car la métaphore hippique de la brochure annonce aussi un événement qui se pratique au trot, dans une course passionnante où le saut d’obstacles se transforme en saut de lieux en lieux pour savourer une programmation elle-même hyperkinétique.
Voyez plutôt : Entre le « Trampoline » d’Isabelle Bats, monologues pour deux guitares électriques et une voix, le Métrage Variable d’Halory Goerger, performance enchaînant les pirouettes sémantiques dans un match « grotesque et doux », les majorettes de Sylvie Landuyt jonglant avec les conflits communautaires dans Godlieve & Clique, ou encore la Balançoire d’Anne-Sophie de Visscher, installation urbaine pour bercer notre imaginaire sur la Place Flagey, le VRAK va vous donner la bougeotte.
D’autant qu’il s’associe à l’asbl CyCLO pour louer des vélos (2 euros par jour) et vous faire découvrir, sans moteur, des formes qui roulent au turbo.
Pour cette « édition pilote », comme la nomme Michèle Braconnier, cheville ouvrière de l’L, pas moins de 24 propositions émergent. « Nous avons eu juste six mois pour mettre en place le festival, alors on y a tout simplement programmé tous nos résidents, » précise la directrice. « Les prochaines éditions seront peut-être plus sélectives. »
En attendant, ce premier cru bat tous les records de titres insolites, depuis « &&&&& & &&& », installation performance d’Halory Goerger et Antoine Defoort entre science et fiction, jusqu’au « Manteau long en laine marine porté sur un pull à encolure détendue avec un pantalon peau de pêche et des chaussures pointues en nubuck rouge », spectacle de danse de la compagnie Delgado Fuchs interrogeant l’art du spectacle en toute dérision. Sans oublier « J’ai gravé le nom de ma grenouille dans ton foie » de la Clinic orgasm Society et « Petit déjeuner orageux un soir de carnaval » d’Eno Krojanker et Hervé Piron, deux spectacles à ne pas manquer.
S’il se dégage un vent de fraîcheur de cette programmation, ce n’est pas simplement le fait de la jeunesse des artistes résidents, mais aussi celui de la liberté qui leur est accordée. « Ils n’ont pas d’obligation de résultat, alors ils osent se lancer. Et surtout, la spécificité de notre travail avec eux, et donc du festival, c’est que rien n’est figé. C’est l’idée du « K » dans VRAK : jusqu’au bout, les choses peuvent changer. Si les artistes veulent modifier la forme la veille de la présentation, ils peuvent le faire. Bien sûr, en proposant des formes en chantier, non abouties, on va à contre-courant des pratiques actuelles, mais c’est une manière d’inclure le spectateur dans le processus de création. » Un dynamisme qui semble susciter l’engouement, notamment chez les professionnels puisque 82 programmateurs étrangers se sont déjà annoncés.
Côté public, le festival devrait faire le plein avec son Pass à 10 euros donnant accès à tous les spectacles, oscillant entre des formes de trois minutes et des concerts de trois heures. Programmés par MuziekPublique, ceux-ci réuniront des styles aussi variés que Half Asleep, Matt Elliott, V.O., Cantango ou Dadmehr. Côté danse, les aficionados se réjouiront de retrouver Dorina Fauer, Erika Zueneli ou la Cie Giolisu.
« Si on arrive à persuader le public qui va à un concert de poursuivre la découverte en allant voir de la danse ou du théâtre, le pari sera gagné, » sourit la meneuse de l’L.
Et pour ceux que les températures hivernales refroidiraient, le festival organise aussi une « Séance en plein air » à Flagey sur le thème « Il fait super-chaud sous les tropiques alors qu’ici non ». Un collage ludique de petits films décalés des années 80 avec glaces, surfeurs désargentés et tigres crawleurs. Le tout sur les conseils de Godard : « Restez bien groupés devant l’écran ».
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