Un catholicisme belge à deux visages Académicien en France... Un message du Dalaï-Lama Forte présence à la messe d'inauguration

GUTIERREZ,RICARDO; AFP

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Jeudi 21 avril 2005

Un catholicisme belge à deux visages

* Le rapport de force change entre le cardinal Danneels et l'évêque Léonard. Un effet collatéral, en Belgique, de l'élection de Joseph Ratzinger.

RICARDO GUTIÉRREZ

Le catholicisme belge a deux visages. Le cardinal Godfried Danneels, depuis Rome, et l'évêque André-Mutien Léonard, depuis Namur, les ont involontairement incarnés, dans la foulée de l'annonce de l'élection du pape Benoît XVI, mardi soir. Retransmise par nos confrères de la RTBF, la réaction des deux prélats cristallise, en somme, la perception mitigée des chrétiens de Belgique face au choix des cardinaux...

A Rome, deux heures à peine après l'élection de Benoît XVI, c'est un Danneels contrit, froid et distant qui a pris la parole, face à la presse. Sans le moindre enthousiasme, dans le cadre très formel du Collège belge. Le cardinal Ratzinger était-il l'homme de la situation ? C'est l'homme qui a été élu, réplique sobrement Danneels... Qu'est-ce que vous voulez ?... C'est un homme intelligent, c'est sûr. Pas trop conservateur ? En deçà du Concile, personne ne peut aller. Certainement pas Ratzinger (NDLR : « Ratzinger », dit-il, et pas « Benoît XVI » ou, à tout le moins, « le cardinal Ratzinger »).

A Namur, on découvre un Léonard jubilatoire, dans le cadre intime de sa salle à manger, captivé par les images télé retransmises depuis le Vatican... L'annonce de l'élection tombe, André-Mutien Léonard applaudit, sourire aux lèvres, yeux pétillants : Bien ! Quel bonheur ! D'emblée, l'évêque manifeste sa proximité avec l'élu : C'est lui que je connaissais le mieux. Enfin, à part le cardinal Danneels, bien sûr, corrige-t-il, lourd de sous-entendus... Vous allez le découvrir : c'est un homme d'une très grande douceur, dit-il, avant de dénoncer la fausse image que véhiculerait l'intelligentsia catholique (NDLR : Danneels ?).

J'espérais que ce soit lui, poursuit Léonard. J'ai assez souvent travaillé avec lui, au cours de ces 18 ans... Je crois que nous aurons d'assez belles surprises avec lui. Et la séquence se referme sur l'évêque, agenouillé, se signant face à l'écran.

Danneels et Léonard ont-ils vraiment assisté au même événement ? On en douterait presque, à entendre leurs propos, à en juger par leurs postures.

Les deux hommes ont, certes, des personnalités très contrastées. Mais pas au point d'expliquer une perception à ce point divergente de l'élection de M. Ratzinger... Et si l'un et l'autre ne reflétaient, en fait, que l'opinion mitigée des catholiques du royaume ?

L'hypothèse est validée par plusieurs observateurs de l'Eglise, proches ou moins proches des deux prélats... La plupart des catholiques de Belgique se retrouvent sans doute davantage dans la nature « extrême centriste » du cardinal Danneels. Mais il est effectivement une frange des fidèles, notamment dans les communautés nouvelles, comme les charismatiques, qui sont plus sensibles au message de l'évêque de Namur.

L'un comme l'autre sont dévoués à la communauté catholique, poursuit ce religieux, mais là où le cardinal Danneels est un homme de synthèse, qui répercute les attentes de la majorité des fidèles face au monde qui les entoure, l'évêque Léonard, lui, se pose davantage en théologien, et porte un message plutôt basé sur la transcendance que sur la nécessité de réformes.

Notre sondage sur les pratiques religieuses en Belgique distingue effectivement deux grands profils de catholiques : une nette majorité (74 %) qui estime que le message officiel de l'Eglise n'est plus en phase avec la modernité, et une minorité (24 %) convaincue du contraire. Minorité où on retrouve essentiellement ceux qui adhèrent à une conception plus sentimentale, affective et intime de la foi (notamment les 12 à 15 % de fidèles qui croient fermement aux miracles, aux apparitions de la Vierge ou qui réactivent le culte des saints).

Les premiers derrière un cardinal pragmatique ; les seconds derrière un évêque philosophe ? Opposer ainsi les deux hommes et les deux « catégories » est excessif, tranche cet homme d'Eglise, qui a connu de près Danneels et Léonard... N'est-il pas heureux que l'Eglise catholique de Belgique puisse répondre aux préoccupations et attentes de tous les fidèles, quel que soit leur « profil » ou leur pratique ?

Sans doute. Ce qui n'enlève rien au constat d'un certain rééquilibrage des rapports de force au sein de l'appareil belge de l'Eglise catholique...

Le cardinal Danneels, porté par un courant « libéral » en échec, sort bel et bien affaibli du conclave. L'évêque Léonard, que certains imaginent déjà revêtu de la pourpre cardinalice (lire nos informations en page 2), rayonne : c'est un homme avec lequel il a eu l'occasion de travailler et avec qui il partage les mêmes références théologiques, Joseph Ratzinger, qui est désormais à la tête de l'Eglise « universelle ».·

Académicien en France...

Le nouveau pape, Benoît XVI, est académicien en France, où il appartient depuis 1992 à la prestigieuse Académie des sciences morales et politiques, créée au XVIIIe siècle et héritière des Lumières. C'est la première fois qu'un pape appartient à cette Académie, a précisé un porte-parole de l'institution dont on est membre « à vie » une fois élu. Le cardinal Ratzinger avait été élu le 13 janvier 1992 membre associé étranger au fauteuil laissé vacant par le décès du dissident soviétique Andreï Sakharov. (AFP.)

Un message du Dalaï-Lama

Le Dalaï-Lama, chef spirituel des bouddhistes tibétains exilé en Inde, a félicité mercredi le pape Benoît XVI pour son élection et a souhaité poursuivre le dialogue avec lui. J'attends d'avoir l'honneur et le plaisir de rendre visite à sa Sainteté dans un avenir proche lors d'un de mes voyages en Europe, a déclaré le leader bouddhiste dans un communiqué. Le Dalaï-Lama, qui a rencontré Jean Paul II huit fois, la première en 1980, avait développé une amitié personnelle avec lui. (AFP.)

Forte présence à la messe d'inauguration

De nombreuses personnalités, principalement européennes, dont le chancelier allemand Gerhard Schröder et le Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin, assisteront dimanche au Vatican à la messe d'inauguration du pontificat du nouveau pape. Une forte délégation espagnole fera le voyage, emmenée par le roi Juan Carlos. La Belgique sera représentée par le prince Philippe et la princesse Mathilde. (AFP).