Un examen de grec et de maturité

BERTI,CHRISTOPHE; VOLPE,ANGELO

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Mardi 26 septembre 2006

Ligue des champions Match clé pour le Sporting

P.35 Anderlecht affronte l'AEK Athènes dans une ambiance très chaude et avec la 3e place en tête.

ATHèNES

De notre envoyé spécial

L'Acropole, lieu de sagesse et d'intelligence, inspirera-t-elle les Anderlechtois ce mardi soir ? En tout cas, ils joueront, déjà, une bonne partie de leur avenir européen à deux pas du Parthénon, dans le magnifique stade olympique qu'ils ont découvert hier, après avoir défié le trafic automobile infernal de la capitale grecque, sans doute un adversaire aussi redoutable que l'AEK.

Après le match nul contre Lille, ce rendez-vous contre un club qui vit depuis des années dans l'ombre du « Pana » et de l'Olympiakos de Trond Sollied et Michal Zewlakow, ressemble déjà furieusement à un duel pour la troisième place du groupe. Franky Vercauteren réfute l'argument avant véhémence (voir par ailleurs), mais lundi, son président ne disait pourtant pas autre chose. « La rencontre contre l'AEK est le match-clé de notre parcours, explique Roger Vanden Stock. Dans un scénario idéal, pour être deuxième du groupe, il faut battre Lille et Athènes chez nous et prendre un point à l'extérieur, en comptant que Milan est au-dessus du lot. Or, nous n'avons pas battu Lille. Dès lors, la confrontation contre l'AEK, qui me semble le plus faible de nos adversaires, est déjà décisive. Si on prend un point, ce sera une belle option pour la troisième place. Une victoire serait un exploit. » On est loin, vous en conviendrez, de l'euphorie qui régnait dans le camp bruxellois au moment du tirage au sort.

Aujourd'hui, la délégation hésite entre confiance et doute. Et on la comprend car tout le monde est curieux de voir comment le Sporting va passer cet examen de grec qui sera aussi un examen de maturité. « On dit qu'on a fait une mauvaise opération contre Lille, intervient Yves Vanderhaeghe, le vieux sage du groupe. C'est la preuve qu'on a beaucoup progressé car l'an passé, on aurait parlé d'exploit si on avait pris un point contre les Nordistes. Moi, j'ai confiance. Ce groupe est plus uni, plus fort mentalement et tactiquement. On peut avoir des ambitions à Athènes. »

Surtout quand on sait que l'équipe grecque ne nage pas dans l'euphorie - elle n'a gagné qu'un match officiel cette saison - et qu'elle n'entretient pas une histoire d'amour torride avec la Ligue des champions, puisqu'elle n'a tout simplement jamais gagné le moindre match dans cette épreuve.

Si un « exploit » est possible, c'est bien à Athènes, c'est incontestable, malgré l'ambiance traditionnellement très chaude des stades grecs. Les Mauves disent qu'ils ont faim et qu'ils ont la carrure pour résister à la pression. Ils devront passer des paroles aux actes ce soir, contrairement au visage brouillon qu'ils ont montré à Charleroi. On leur rappellera quand même qu'ils voyagent mal en Europe : lors de leurs 15 derniers déplacements en C1, ils restent sur 12 défaites, 2 partages (Rome et Moscou) et 1 victoire, à Bétis, mais pour du beurre. Un succès ce soir, lui, vaudrait de l'or.

« Ce n'est pas le match décisif »

Ligue des champions L'entraîneur d'Anderlecht au centre de tous les débats

Avant d'affronter l'AEK Athènes, Franky Vercauteren s'est confié sur le parcours de son équipe et sur lui-même.

ENTRETIEN

Athènes

De notre envoyé spécial

La vedette de ce début de saison, à Anderlecht, c'est lui. Plus encore que Tchité, Boussoufa ou Zitka, Franky Vercauteren alimente toutes les conversations.

Par son côté hyperrigoureux qui provoque forcément une certaine impopularité, l'entraîneur d'Anderlecht maintient en permanence une pression énorme dans son club.

Ce soir, à Athènes, il passera à nouveau un examen important : celui d'un match européen en déplacement, le premier du Sporting cette saison. Un Sporting qui compte un point.

Franky Vercauteren, que savez-vous de l'AEK Athènes ?

C'est une formation peut-être moins impressionnante que Lille aux niveaux physique et collectif, mais la sous-estimer serait une erreur grossière. Elle possède quelques individualités capables de nous faire mal. Le 3-0 encaissé à Milan ne doit pas nous rassurer : les Grecs n'ont pas été ridicules à San Siro et ils ont même hérité de plusieurs occasions, mais les Italiens ont fait parler leur efficacité légendaire.

Après le partage contre Lille et avant de jouer deux fois contre l'AC Milan, on a l'impression que ce déplacement en Grèce est déjà décisif... pour la troisième place.

Je ne suis pas d'accord, ce match n'est pas décisif ! Qui dit qu'on ne forcera pas un exploit contre Milan ou qu'on n'ira pas gagner à Lille ? Les bilans se dressent à la fin. Même en cas de défaite, nos chances seront intactes. Mais comme toujours, on jouera pour gagner. A Anderlecht, on joue toujours pour gagner, même si certains n'en sont pas convaincus.

A ce propos, certains ont estimé que vous avez joué petit bras contre Lille et vous ont reproché un manque d'ambition.

Je ne veux plus revenir sur ce match, tout a été dit. Ceux qui disent que je manque d'ambition ne me connaissent pas. Je pense sincèrement avoir été le premier, à Anderlecht, à avoir dit haut et fort que le 2e tour de la Ligue des champions doit être notre objectif chaque saison. Mais il faut aussi être réaliste dans ses ambitions. Ceux qui, dans le club et en dehors, ont dit après le tirage que le 2e tour était presque dans la poche ne m'ont pas rendu service.

Aujourd'hui, que pensez-vous de ce groupe H ?

La même chose qu'il y a un mois : on peut finir deuxième ou quatrième. Des détails feront probablement la différence. En tout cas, contre Lille, j'ai vu de très bonnes choses qui me rendent confiant pour la suite.

Vous êtes un personnage curieux : Anderlecht n'a plus perdu un match officiel depuis six mois, vous disposez d'un noyau plus complet que jamais, vous avez le contrôle sur tout, ou presque, dans le club, et vous ne semblez pas heureux. Pourquoi ?

Je suis très satisfait, croyez-moi. Les résultats sont bons, la manière commence à l'être, le groupe est très disponible, le recrutement a été intelligent : j'ai obtenu tous les profils demandés sauf deux. Et le club est beaucoup plus professionnel qu'il y a cinq ans. Mais je suis ainsi fait : j'en veux toujours plus parce que je crois qu'on peut faire beaucoup mieux et que l'équilibre qu'on a trouvé est encore fragile.

Qu'avez-vous changé dans le club depuis que vous êtes entraîneur ?

J'ai essayé d'apporter une vision collective des choses. Aujourd'hui, le groupe pense en termes d'équipe et plus en termes d'individualités. Et les joueurs sont très réceptifs à mon message. Je sens une faim énorme, un souci du détail, une envie de progresser.

Vous avez tout pour être populaire et pourtant, vous ne l'êtes pas.

La popularité ne fait pas partie de mes objectifs. L'image que je donne n'est pas importante, c'est le club et l'équipe qui comptent.

C'est vrai que je dois souvent jouer au gendarme pour rendre Anderlecht plus professionnel, mais un peu moins que l'an dernier : l'autodiscipline s'installe à tous les niveaux.

On dit aussi, même dans le club, que vous êtes têtu.

Faux ! J'ai au contraire l'impression d'être très à l'écoute des autres et d'évoluer en permanence. J'ai toujours la même vision du football, mais mon approche est différente. C'est vrai que je ne soigne pas mon image vers l'extérieur, mais sincèrement, je n'en ai pas le temps.

Savoir se vendre, c'est aussi une qualité. D'autant que vous serez en fin de contrat en juin prochain. Où se situe votre avenir ?

Je serai en fin de contrat... comme entraîneur, mais j'en ai déjà signé un autre comme directeur technique. Je ne sais pas ce que je ferai dans un an. Ce sont les événements qui décideront. Ou plutôt non, ce sera moi qui déciderai, d'après les événements. Ce n'est pas la même chose, mais je n'y pense pas maintenant.

L'AEK Athènes court derrière un succès depuis 14 ans

Fondé en 1924 par des Grecs ayant fui la Turquie, l'AEK (qui se traduit par Union Athlétique de Constantinople) Athènes a été sacré champion national à 11 reprises.

La deuxième place, à seulement trois points de l'intraitable Olympiakos de Trond Sollied, conquise la saison dernière et un tour qualificatif rondement mené face aux Ecossais d'Hearts ont ouvert les portes de la Ligue des champions à un club qui participe à la plus passionnante épreuve européenne pour la troisième fois sur les cinq dernières éditions.

On ne peut cependant pas dire que l'AEK ait pris l'habitude de jouer un rôle très en vue dans les phases de poules puisque les Athéniens restent sur une série de 19 matchs (11 défaites et 8 partages) sans victoire. L'ultime succès de l'AEK en Ligue des champions, alors encore disputée partiellement avec une formule à élimination directe, remonte au 21 octobre 1992 face au PSV, une victoire (1-0, but de Dimitriadis) qui ne fut même pas synonyme de qualification puisque Romario signait quinze jours plus tard un spectaculaire triplé à Eindhoven.

Entraînée depuis juillet dernier par l'Espagnol Lorenzo Serra Ferrer, l'équipe grecque, qui a complètement manqué son départ en championnat, s'appuie sur un collectif d'où l'on a beaucoup de peine à extraire un élément de grande classe. On peut toutefois s'attarder sur le gardien italien Sorrentino (12 matchs en Serie A avec Torino), sur le jeune médian hongrois Tozser (une des rares satisfactions de ce début de campagne), sur l'attaquant grec Liberopoulos (36 buts au cours des trois dernières saisons en championnat) mais surtout sur les deux grands absents de ce deuxième match de C1. Le Brésilien Emerson (ex-médian du FC Porto et du Deportivo La Corogne) et l'international grec Dellas manqueront énormément à l'AEK dont la vraie vedette s'appelle Demis Nikolaidis. Le président, seulement âgé de 33 ans, a pris le pouvoir à l'AEK en août 2004 après y avoir brillé en tant que joueur (177 buts en 266 matchs sous le maillot jaune et noir). A la tête d'un consortium financièrement très solide, Nikolaidis s'attelle depuis lors à effacer une ardoise, qui dépassait les 100 millions d'euros, laissées par ses prédécesseurs dont la folie des grandeurs a failli rayer l'AEK Athènes du paysage footballistique grec.

échos

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A Athènes

Assistance. D'après les journalistes athéniens, on attend 50.000 spectateurs ce mardi soir au stade olympique, dont 700 supporters d'Anderlecht qui ont fait le déplacement pour soutenir leurs couleurs.

Ramadan. Quatre joueurs d'Anderlecht observent actuellement le ramadan : Boussoufa, Hassan, Tchité et Allagui. Leurs horaires sont quelque peu adaptés, dans la mesure du possible. Le plus difficile, outre les repas, est surtout de ne pas boire durant les entraînements. « Quand on joue à 20h45, ils peuvent encore manger quelque chose avant le match, précise Vercauteren. Quand on joue à 18h, c'est plus difficile. Cela pourrait constituer un problème pour samedi. » L'entraîneur fait référence à la venue de Genk au parc Astrid.

Van Damme. Il connaît le stade olympique d'Athènes puisqu'il y a joué, la saison passée, avec Brême, contre le Panathinaikos en Ligue des champions (défaite 2-1). « L'ambiance est terrible et les Grecs mettent le feu pendant les 20 premières minutes. Il s'agit de passer ce cap et après, tout est possible. »

Zetterberg. Le Suédois était bien à Zaventem lundi matin en même temps que l'équipe, mais pas pour accompagner la délégation à Athènes, puisqu'il se rendait en Scandinavie, pour une mission de scouting de quelques jours.

Van Holsbeeck. Insulté par Pietro Allatta dans une interview accordée samedi à un journal par l'ex-agent, le manager d'Anderlecht a choisi de ne pas répondre. (C. Be.)